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Où dîner le soir de la Saint-Valentin ?

Il y a les rétifs contestataires, qui préfèrent en faire un soir comme un autre. Les snobs, qui optent pour un room service cinq étoiles. Et ceux qui y voient une occasion supplémentaire de jouir du théâtre mondain des restaurants. Cinq possibilités, pour cinq classiques de la chanson française.
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Photo de couverture : Aux Prés par Cyril Lignac
Le plus confidence pour confidence

Le Restaurant Sylvestre à l’Hôtel Thoumieux

Le boudoir imaginé par India Mahadavi joue sa partition en parfaite harmonie avec la cuisine de Sylvestre Wahid, une des plus fines, sensibles et poétiques de l’époque. Depuis son arrivée dans les cuisines de l’hôtel de la rue Saint-Dominique, il a réinventé un ton culinaire, avec une finesse joaillière et une sensualité d’étoffe rare.

À la carte : Tourteau, avocat, brocoli, caviar ; Homard, châtaignes et crosnes ; pamplemousse rose, shiso pourpre, poivre de Sichuan, huile d’olive nouvelle récolte…
 

Menus à partir de 190 euros. 
79 Rue Saint-Dominique
01 47 05 79 00

Le plus Madame Rêve

Epicure au Bristol

Dans les ors du Palace préféré de David Beckham, Eric Frechon est solidement installé au sommet de la gastronomie française : technicien hors pair, classique ultra-moderne, magicien des jus, il tient de fascinants fourneaux. Il est certain que Rue du Faubourg Saint-Honoré, on y flambe, on y flambe : vous expliquerez au banquier que c’était pour la bonne cause. 

À la carte : langoustines royales, juste cuites au thym-citron, condiment « oignon-mangue », bouillon des pinces aux agrumes et coriandre; sole cuite au plat, thym citron, coques et anguille fumée, émulsion de câpres au vinaigre, jeunes pousses d’épinard; pigeon laqué au miel épicé et crumble de pignons de pin, compotée de fenouil et oignon au cumin, jus à la diable; fèves de cacao, pépites de grué sablées à la fleur de sel, émulsion de lait fumé à la vanille, glace au grué de cacao…


Menu à 680 euros.
12 Rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
01 53 43 43 00

Le plus Comment te dire Adieu

Au salon Proust du Ritz

Au revoir, à jamais ? Cela arrive. Autant enrober la séparation de sucre. Au salon Proust, l’exceptionnel pâtissier François Perret a imaginé un dîner entremêlant salé et sucré – en une métaphore culinaire assez précise (à laquelle il n’avait pas songé, que l’on sache…). La soirée libérée, le bar Hemingway vous accueillera pour vous en remettre. Ou remettre ça, allez savoir…

À la carte : Un thé royal à la française.


88 euros/personne.

Le plus Ma Plus Belle d’Histoire d’amour...

Aux Prés par Cyril Lignac

Il a déjoué les pronostics des mauvaises langues qui, chacun sait, n’ont aucun goût. 18 ans d’exercice, et Cyril Lignac n’a cessé d’affiner ses gestes de cuisinier. D’un restaurant emblématiquement germanopratin, il a fait un bistrot métissé, aux plats vifs, colorés, pleins de punch et d’idées. 

À la carte : aubergine caramélisée au miso, galette craquette au tourteau et curry de Madras ; volaille laquée teriyaki, black cod caramélisé, risotto à l’algue kombu ; gaufre sauce gianduja….


Environ 50 euros par personne sans les vins.
27 Rue du Dragon, 75006 Paris
01 45 48 29 68

Le plus Il voyage en solitaire

Au bar du Relais Plaza

Infortune passagère ou choix durable, la vie de célibataire mérite bien de soigner ses sorties. La fabuleuse brasserie Art Déco du Plaza Athénée – dont la salle est dirigée par l’inégalable Werner Küchler – accueillera votre solitude avec bienveillance. 


Menu en cinq plats – 220€ par convive (boissons non comprises).
Hôtel Plaza Athénée, 21 Avenue Montaigne, 75008 Paris
01 53 67 64 00

Nota bene : les plats cités ne forment pas l’ensemble des menus, souvent bien plus conséquents.

Dragon

La soirée la plus ringarde de l'année ménage néanmoins l'opportunité d'aller voir ailleurs. Entendons-nous : il n'est pas question de solliciter une personne extérieure à votre couple (enfin, c'est vous qui décidez). Plutôt d'y voir l'occasion, donc, de s'aventurer dans un nouveau restaurant. Qui ne l'est pas tout à fait : installé dans le paysage bistrotien parisien depuis un siècle, il existait depuis 10 ans sous la direction de Cyril Lignac, qui l'a réinventé en adresse marine de haute volée. (Parenthèse : on verrait bien là une métaphore des couples de longue durée, où la réinvention perpétuelle devrait être un impératif. Fin de la parenthèse). Une longue rénovation soigneuse et délicate, menée par le Suédois Martin Brudnizki, et le studio be-pôle, a donné au bistrot classé aux Monuments Historiques une chaleureuse allure Belle Epoque. L'atmosphère laisse sur la cuisine une empreinte sensuelle, travaillant par touches fines : bisque d’araignée de mer, encornets, chorizo et piment d’Espelette, en entrées soyeuses, amenant l'appétit vers les plats de partage, à l’image d’un sublime bar en croûte de sel, au moelleux d'oreiller, ou ces lobster rolls doudous, feront réfléchir en effet à l'opportunité d'inviter une troisième personne lors d'un prochain passage pour profiter de l'ampleur de la carte. Pour les desserts, réglons tout de suite un éventuel cas de conscience, et filez vers le coulant au chocolat et passion, dont on espère que l'ultime bouchée ne fera pas l'objet d'une dispute fatale. 
 

Et pour la soirée… Où boire les meilleurs cocktails de Paris ?

Avec le soin et tact intuitif qu’on lui connaît, Cyril Lignac ouvre un modèle de bars à cocktails. Le monde anglo-saxon, fidèle à son génie de la formule, inventa pour désigner un bar fétiche, le concept de "watering holes". Soit là où l’on prend plaisir à s’abreuver, se ressourcer. 

 

Qu’attendre d’un bar ?

D’y entrer en confiance, de sentir à peine la porte ouverte une étreinte amicale, offerte par les vibrations du décor, la musique perçue, l’accueil fait. Une attention à chaque détail, l’assise du tabouret, la texture de la carte entre les doigts, le brillant du comptoir. Avec son design signé Studio KO et une identité visuelle réalisée par be-poles, l’ambiance, jouant sur le pourpre, l’ivoire, le doré et la laque noire, envoie directement dans l’Asie des films de Hou Hsiao-hsien période Fleurs de Shanghai, ou le Hong-Kong du Wong Kar-wai de In The Mood for Love.  Enfin, parce qu’on y est pas entré seulement pour admirer les poissons japonais de l’aquarium, des cocktails. C’est peu dire que ce terrain de jeu est désormais quadrillé aussi bien par les bars de palaces que les caves de l’est parisien ou les anciens bars à fille de Pigalle. Mais de ce jeu-là, justement, Cyril Lignac a compris toutes les règles en confiant la carte à l’excellent Marco Mohamadi, déjà aux manettes du Bar des Prés coté elixirs. Du subtil, du délicat, du poétique - pour le brutal, passez votre tour - : Marco a le génie de l’équilibre, de l’essence des ingrédients, travaillant comme un cuisinier. Pourquoi accepterait-on dans son verre ce que l’on n’accepterait pas dans son assiette - trop de sel, d’épices, d’amertume ? Un cocktail est aussi affaire d'assaisonnement, de justesse non de cuisson mais des proportions. De de technique autant que de sensibilité. Une courte carte haute couture escorte les verres, pour les appétits picoreurs, d’une proposition ramassée d’assiettes brutes (jambon, caviar, fromage, le tout d’excellente extraction). 


Pour revenir à la question liminaire, un bar, il faut en sortir plus léger que l’on y entra, revitalisé, ravi. Mission accomplie par la grâce de ce dragon bienveillant. 


34, rue du Dragon 75006 Paris
Du mardi au samedi de 17h30 à 00h30

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