L'Officiel Art

Entente cordiale façon David Zwirner

Son installation à Paris en octobre dernier a cristallisé l’attention des acteurs et observateurs du monde de l’art. Le galeriste David Zwirner, parmi les plus puissants et respectés au monde, signe par ce geste hautement significatif un chapitre nouveau pour la capitale, longtemps portée aux abonnés absents de la création contemporaine.
Reading time 5 minutes

Vingt-six ans après l’ouverture de sa première galerie à New York – suivie de deux autres dans cette même ville, puis d’espaces à Londres et à Hong Kong –, l’Allemand David Zwirner plante pavillon à Paris, dans les quelque 
800 mètres carrés autrefois occupés par l’emblématique Yvon Lambert (1986 à 2014), puis par la galerie VNH.
 Un emplacement stratégique, au cœur du Marais, à quelques encablures de l’Autrichien Thaddaeus Ropac (établi à Paris en 1990) et de l’Américaine Marian Goodman (installée dans la capitale en 1995). Et suffisamment loin de son compétiteur number 1 : Larry Gagosian qui, lui, a préféré prendre de la distance avec l’épicentre pour inaugurer un espace dans le 8e arrondissement (en 2010), puis au Bourget, en prise directe avec les propriétaires et usagers de jets privés qui, à n’en pas douter, connaissent chacune de ses quatorze galeries dans le monde. Face à cette transfiguration du milieu et du marché, Yvon Lambert déclarait en 2014, à l’aube de 
la fermeture de sa galerie : “Ce n’est pas une décision politique, mais l’effet du temps, le constat que le monde de l’art est différent de celui que j’ai aimé. Je veux faire autre chose de plus humaniste, moins axé sur l’argent et l’obsession des prix”. 
Les montants faramineux des transactions de l’art contemporain ces quelques dernières années en
 témoignent : si dans “argent”, il y a “ar”, désormais il y a surtout beaucoup d’argent dans l’art... Alors, si pour les grandes galeries étrangères en veine d’implantation en Europe, Londres – de par le nombre et l’énergie de ses institutions, 
la densité des collectionneurs et sa puissance financière – a longtemps constitué la base et
 le sommet, le Brexit a sérieusement modifié la donne. 

“Paris est une très belle ville qui a consolidé son prisme contemporain avec, notamment, une programmation muséale stimulante et de nouveaux lieux dynamiques. Je réfléchissais depuis un moment à y établir
 une galerie. Le Brexit a fait office d’accélérateur.” DZ

“Paris est une très belle ville qui a consolidé son prisme contemporain avec, notamment, une programmation muséale stimulante et de nouveaux lieux dynamiques. Je réfléchissais depuis un moment à y établir 
une galerie. Le Brexit a fait office d’accélérateur. En effet, à partir
 de novembre ma galerie
 de Londres sera une galerie britannique, et non plus européenne. Or, je suis Européen
et je veux le rester”, a déclaré David Zwirner le 14 octobre dernier, lors de la présentation 
à la presse de son espace du 108, rue Vieille-du-Temple,
 en compagnie des directrices du lieu : Justine Durrett, dépêchée de New York où elle assurait la direction des ventes de Zwirner NY; et Victoire de Pourtalès, cofondatrice en 2015 avec Hélène Nguyen-Ban de la galerie VNH, active durant quatre ans.

Les lieux ont été habilement recomposés par David Zwirner pour assurer un large espace central de monstration sous verrière, et trois autres salles permettant une déambulation plus intimiste. Cette configuration bénéficiera dès le printemps prochain de 
la marque de l’architecte-star, Annabelle Selldorf, compagne de travail des tout débuts,
 qui interviendra, notamment, sur l’éclairage.
En exposition d’ouverture, pas de calibre tapageur mais les dessins de l’Américain Raymond Pettibon, accrochés à même les murs en constellations entêtantes. Une réussite. À manquer d’autant moins que l’artiste n’a pas été exposé dans la capitale depuis 1995. Forte d’un cortège d’une soixantaine d’artistes et d’Estates prestigieux, la galerie promet une programmation rythmée d’intenses moments... L’avisé Zwirner – avec un chiffre d’affaires annuel de près de 500 millions de dollars, et entouré de sa brillante garde new-yorkaise, en la personne de Justine Durret, au français impeccable (enfance en Suisse oblige) – devrait montrer 
le chemin à d’autres belles étrangères... appelées à suivre dès 2020. Ainsi de l’arrivée annoncée de White Cube et de Hauser & Wirth. Paris brûle- t-il ? Du feu de la création, assurément... 


Galerie David Zwirner, 128, rue vieille-du-Temple, Paris 4e.
Exposition Raymond Pettibon “Frenchette”, du 16 octobre au
 23 novembre.

Articles associés

Recommandé pour vous