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L'exposition "Peter Hujar :  Speed Of Life" s'ouvre au Jeu de Paume

Photographe américain encore trop méconnu, disparu en 1987, Peter Hujar dévoile sa vision frontale de l’humanité dans un noir et blanc des extrêmes, avec l’exposition “Speed of Life” au Jeu de Paume.
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La vie à toute vitesse” : rien ne peut être plus paradoxalement vrai pour définir l’œuvre de Peter Hujar, des images où le temps se suspend, se fixe, intimement liées à son intimité et à ses expériences. Mort du sida à 53 ans, en 1987, au tout début de l’épidémie, Peter Hujar incarne cette tribu d’artistes new-yorkais subversifs qui ont été décimés par la maladie.

Sa mort l’a évidemment mis en pleine lumière, lui qui aimait tant l’ombre et les chuchotements. Ses photographies donnent un instantané de New York à la fin du xxe siècle, depuis le loft au-dessus d’un théâtre de l’East Village qui lui servait de studio, jusqu’au Lower East Side où il traînait. Elles donnent aussi à voir la vie durant les seventies et les eighties : des émeutes fondatrices pour les droits LGBT du Stonewall Inn, un bar du West Village, auxquelles il a participé en 1969, au scandale de l’indifférence envers les malades du sida sous le gouvernement Reagan.

Admirateur des photographes Weegee et Lisette Model, Peter Hujar commence à travailler pour la mode et la publicité avant de faire le grand saut en 1973 pour ne plus vivre qu’en suivant son idéal. Proche de Helmut Newton, de Diane Arbus, et rival plus discret de Mapplethorpe, il est soutenu par Richard Avedon, qui lui écrit : “S’il y a de nouvelles photos que tu as envie de vendre, n’hésite pas à m’appeler car je suis ton collectionneur et j’admire énormément ce que je possède déjà de toi.”

Ses sujets sont presque tous ses amis : des outsiders, des drag queens... mais aussi des intellectuels et des artistes. Parmi eux, on trouve Susan Sontag (qui écrit la préface de son premier livre de photos en 1976), William Burroughs, Divine, John Waters, Cookie Mueller, la journaliste culte Fran Lebowitz, Andy Warhol, etc. Nan Goldin, dont il était proche, a écrit sur lui : “C’était un magicien, il hypnotisait ses sujets. Il ne forçait jamais l’exposition, il séduisait les gens pour qu’ils veuillent se révéler entièrement à lui. Ses photos sont fantastiques, tellement pures, elle vont tellement en profondeur.” Hujar photographiait aussi ses amants, comme l’artiste

Paul Thek ou l’écrivain David Wojnarowicz, lequel a été comme lui maltraité enfant puis livré à lui-même ado dans les rues de New York, mi-zone de danger, mi-terrain de liberté qu’il a aussi fixé sur pellicule, des parcs la nuit au Christopher Street Pier, vers l’Hudson, surnommé dans les seventies “le quai du sexe”. Ses paysages, souvent vides, ressemblent à des scènes de crime ou à des paradis perdus dans un jeu de présence- absence. Il capte aussi avec empathie toute la sensibilité des animaux, des chiens aux vaches, l’humanité troublante des nouveau-nés et celle, perdue, des enfants momies en costumes précieux dans les catacombes de Rome. Il joue des extrêmes en privilégiant les nus pour ses portraits et, d’un autre côté, les costumes des travestis comme l’artiste Greer Lankton ou le transformiste Ethyl Eichelberger, son modèle favori, qui pose en Nefertiti ou en impératrice du Mexique. Son image la plus connue reste celle de l’icône transgenre de la Factory, Candy Darling (en photo ci-dessus), sur son lit de mort à l’hôpital en septembre 1973, telle une star hollywoodienne lascive entourée de chrysanthèmes blancs “pour dire adieu à ses fans”. Ce n’est pas un hasard si son unique monographie s’intitule Portraits in Life and Death, car Peter Hujar a traqué sans relâche tout ce qui constitue notre âme, sans faillir, de la naissance à la mort.

Exposition "Peter Hujar :  Speed Of Life", au jeu de Paume, du 15 octobre 2019 au 19 janvier 2020

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