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Interview croisée : Ulysse Cottin et Klara Kristin

D’esprit radicalement décalé pour l’époque, notamment par son imposante structure en béton armé, la Villa Turque de La Chaux-de-Fonds, en Suisse, a été réalisée par Charles- Édouard Jeanneret, futur Le Corbusier, en 1916. Aujourd’hui propriété de la marque EBEL, elle est restée originale et singulière, à l’image de la maison horlogère et de ses protagonistes d’un jour : Ulysse Cottin, du duo pop Papooz, et Klara Kristin, du tandem amoureux Ulysse et Klara. Ils nous parlent de musique et de création à deux. Interview croisée d’un couple qui groove et garde le tempo.
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Photographe : Guen Fiore - Styliste : Laura Marciano
“Je commençais à m’intéresser à la musique. Ulysse m’a proposé de collaborer avec lui, et puis finalement, nous sommes tombés amoureux.” KLARA

L’Officiel Hommes : Ulysse, vous avez sorti avec votre duo Papooz l’album "Night Sketches" en mars dernier, et maintenant vous enchaînez les concerts, pour lesquels votre jeu de scène a fait parler. Comment définissez-vous l’esprit Papooz ?
Ulysse: Avant tout, c’est Armand et moi, et nos deux personnalités qui se mêlent. Nous sommes tous deux fascinés par la pop des années 60-70-80 et par les compositeurs anglo-saxons. Nous avons étudié le jazz, que l’on adore, et nous aimons aussi les musiques hawaïenne et brésilienne, le vieux RnB, la soul et le punk. La pop que nous créons est un mix de tout cela. Pour nos lives, nous sommes inspirés par des artistes comme Jonathan Richman ou même Mac DeMarco, rois de l’ambiance très cool. Pareil pour nous : nous essayons de donner le meilleur de nous-mêmes et de mettre un bon "mood".

Klara, vous vous êtes fait connaître en jouant dans le film Love, de Gaspar Noé, en 2015, puis dans la foulée, vous avez été une égérie de Saint Laurent. Aujourd’hui, vous continuez le mannequinat. Comment voyez-vous maintenant et la suite ? Quels sont les projets ?
Klara : Je suis mannequin, en exclusivité chez Louis Vuitton, ce qui me permet d’avoir le temps de travailler sur mon album, qui réunira des reprises françaises. Je l’ai enregistré cet été, avec une équipe de jazzmen danois très talentueux. Ce fut une expérience incroyable. La Nouvelle Vague m’inspire énormément et cela se retrouve dans mon travail. Mes chansons s’inspirent des belles harmonies, mélodies et paroles poétiques. Celles que je reprends sont magnifiques et méritent d’avoir une seconde vie, sublimées par nos nouveaux arrangements musicaux. Le résultat sera un vinyle qui devrait sortir vers mai 2020. Actuellement, Ulysse et moi travaillons sur un duo, qui devrait être dévoilé en fin d’année. J’ai également pour projet un EP, avec mes propres chansons en piano-voix, qui sera disponible en fin d’année 2020.

Dans cette série pour L’Officiel Hommes, et dans la vraie vie, vous formez un beau couple. Comment vous êtes-vous rencontrés et qu’est-ce qui vous a rapprochés ?
Ulysse: La première fois que j’ai vu Klara, c’était en backstage d’un concert des Red Hot Chili Peppers, à Bercy. J’étais allé voir mes amis, le groupe La Femme, qui assuraient la première partie, et Klara connaissait le chanteur des Red Hot. On peut dire que je l’ai rencontrée grâce à La Femme, et revue grâce à eux aussi. Ce qui nous a rapprochés ? Peut-être notre besoin d’amour à ce moment-là... Klara a beaucoup de douceur et de calme, et elle adore la musique. Nous avons beaucoup de points communs, et passons pas mal de temps à jouer de la musique ensemble.
Klara : A ce moment-là, je commençais à m’intéresser à la musique. Ulysse m’a proposé de collaborer avec lui, et puis finalement, nous sommes tombés amoureux.

Vous avez joué ensemble dans le clip de Papooz, “You and I”. Comment décririez-vous cette collaboration ?
Ulysse : Cela s’est fait très simplement ! Armand jouait l’ange et moi, le démon, et nous avions besoin d’une fille entre les deux. La référence, c’était Michelle Pfeiffer dans Scarface, et Klara a le style qui correspond. Pour filmer le clip, nous sommes allés au Balajo, rue de Lappe, qui ressemble à une sorte de vieux cabaret parisien. Nous nous sommes bien amusés, c’était très cool. Une expérience assez évidente.
Klara: Je suis habituée à être devant la caméra. Il paraissait naturel de mener ce projet ensemble. C’était vraiment drôle de travailler avec le groupe, je les adore.

Ce clip est signé par Victoria Lafaurie, qui est la copine d’Armand. Papooz, au départ un duo, c’est finalement un peu une histoire de couples, non ?
Ulysse : Carrément, en fait. Dans la vie ou dans le travail, il faut s’associer à des gens qui sont proches de vous et avec qui vous vous entendez bien, et ne pas trop se compliquer la vie avec des gens que vous ne connaissez pas, avec qui vous allez avoir du mal à échanger des idées. Dans le groupe, nous partageons les mêmes goûts, les mêmes envies, c’est beaucoup plus simple.
Klara : Victoria et moi sommes devenues très amies. En fait, je m’entends très bien avec tout le groupe, il y a de bonnes vibes. Maintenant, nous sommes comme une famille, nous partons même en vacances ensemble.

“Quand j’écris une chanson, je me sens bizarrement plus léger, comme si j’avais exorcisé quelque chose. En fait, j’écris pour me sentir mieux. Mais le but est aussi de faire partager les émotions d’un instant précis, pour que tout le monde puisse se reconnaître dans l’histoire.” ULYSSE

Partager à la fois le quotidien et la création en tant que couple, c’est un choix ? Allez-vous continuer à mener des projets à deux ?
Ulysse: Cela se fait plutôt naturellement, je ne parlerais pas exactement de choix. Klara aime beaucoup la musique, alors nous avons plaisir à en jouer ensemble. Nous reprenons de vieux morceaux de jazz, de Julie London par exemple, ou encore Blossom Dearie, que Klara adore. Du Gainsbourg aussi... Il paraît évident que nous allons continuer à faire des choses ensemble. Même si nous ne sommes plus ensemble un jour, d’ailleurs... parce qu’en plus de partager la musique, nous nous admirons mutuellement.
Klara: Je ne peux pas parler pour Ulysse, mais mes projets et mon travail ont une très forte importance. C’est presque la chose la plus importante dans ma vie, sans compter ma famille et mes amis, bien sûr. Si je ne produis ou ne crée pas quelque chose, je déprime.... alors, être tombée amoureuse d’un homme créatif, c’est l’extase. C’est incroyable de partager cette passion.

Vous avez vraiment toujours les mêmes goûts musicaux ?
Ulysse : Oui, nous partageons les mêmes goûts. C’est vrai qu’à chaque fois que j’aime quelque chose, elle a tendance à l’aimer aussi.
Klara : Ulysse m’inspire énormément. Comme il a fait de grandes études musicales et joue depuis plus de six ans dans Papooz, il a une immense connaissance de l’histoire de la musique. C’est donc surtout lui qui me fait découvrir des chansons et qui m’apprend des choses, mais c’est parfois l’inverse. J’ai été élevée dans une famille qui aime le jazz et les Beatles, et j’ai fait cinq ans de piano classique. Nous avons les mêmes goûts, à l’exception de Lana Del Rey. Je suis une grande fan, et même si Ulysse pense qu’elle est talentueuse, c’est trop théâtral et “girly” pour lui, qui préfère la musique plus groovy.

Comment décririez-vous chacun votre style ?
Ulysse : En ce moment, je m’inspire de Gainsbourg. J’ai des costumes deux pièces que je dépareille avec un jean et différentes couleurs. De manière générale, je suis attiré par le style des rockers de années 70, c’est plutôt dandy.
Klara: Mon style de tous les jours est chic et cool. J’aime bien porter un costume, et l’accessoiriser avec des lunettes de soleil et des bottines basses cow-boy vintage. J’aime aussi beaucoup me déguiser, pour des soirées. Je laisse mes cheveux au naturel et je ne porte presque jamais de maquillage. Juste un peu de rouge à lèvres orangé.

Quel est votre leitmotiv dans la création?
Ulysse: Faire sortir une émotion qui est blo- quée en moi. Quand j’écris une chanson, je me sens bizarrement plus léger, comme si j’avais exorcisé quelque chose. En fait, j’écris pour me sentir mieux. Mais le but est aussi de faire partager les émotions d’un instant précis, pour que tout le monde puisse se reconnaître dans l’histoire.
Klara : Je retranscris mes émotions dans quasiment toutes mes créations. C’est une “thérapie” qui me permet de mettre des mots sur mes maux.

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