L'Officiel Art

Rencontre avec Didier Guillon, initiateur de la Fondation Valmont

Depuis sa création en 2015, la Fondation Valmont a engagé une démarche de collection et de monstration d’art contemporain, en Suisse et à l’international. Ainsi, après avoir fait l’acquisition d’une partie du Palazzo Bonvicini à Venise, elle y présente – durant la 58e édition de la Biennale –, une exposition collective de dessins, peintures et sculptures. A cette occasion, rencontre avec Didier Guillon, président du Groupe et collectionneur.
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L’OFFICIEL ART : Quelles ont été vos motivations dans la mise en place d’une collection rassemblant, au sein de la Fondation Valmont, quelque trois cents œuvres d’artistes ?

DIDIER GUILLON : Dès le moment où j’ai pris les rênes du Groupe Valmont, l’une de mes préoccupations a été de trouver un moyen de me différencier des sociétés de cosmétiques multinationales. Or, je suis issu d’une famille particulièrement attachée au domaine de l’art, qui m’a transmis cette fibre. Qu’il s’agisse d’art ancien, moderne ou contemporain : j’ai été très tôt immergé dans l’univers de l’art, de la création via les visites de musées et d’expositions, mais également par le biais de la passion que mon père nourrissait pour l’art de son époque. L’art a ainsi constitué pour moi un moyen de connaissance du monde, d’expression. Peu à peu, j’ai procédé à l’acquisition d’œuvres en passant toujours par le contact personnel avec l’artiste. En effet, cette relation est à mes yeux essentielle pour mieux décrypter le travail, mais aussi enrichir sa propre pratique. Peu à peu l’idéed’intégrer l’art au sein-même du Groupe Valmont par le biais de la Fondation s’est fait jour : mon souhait étant, non pas de peupler uniquement mes intérieurs privés, mais de partager cette matière à réflexion en exposant mes œuvres dans des lieux insolites, des spas, nos Maisons Valmont et parfois même dans des grands magasins partenaires. 

 

Votre propos est donc, dans le cadre de cette collection d’entreprise, d’offrir aux employés mais également à l’ensemble de la clientèle des spas et des points de vente Valmont une expérience singulière par la présence des œuvres de la Fondation ? 

A cet égard, les retours de noter clientèle sont très enthousiastes et nous encouragent à poursuivre et consolider la démarche. Je ne considère pas ce geste comme relevant du marketing, car via nos accrochages, nous souhaitons véritablement partager une émotion. Je pense, j’espère, que notre clientèle perçoit notre spontanéité et sincérité. Je dois d’ailleurs souligner que sans ma femme Sophie, CEO du groupe Valmont et en charge du développement de nos produits, cette belle aventure artistique n’aurait jamais pu exister.

Comment cette collection évolue-t-elle ? 

Elle grandit chaque jour, au gré de mes voyages et rencontres. Ainsi, il y a quelques mois, je me trouvais en famille à la Nouvelle-Orléans, et en visitant le mémorial de l’esclavage, j’ai découvert un artiste auquel j’ai acheté une sculpture, ceci sur le conseil de mes enfants, car après avoir reçu, je transmets aujourd’hui cet intérêt à mes trois enfants. Cette sculpture est destinée à être exposée dans la prochaine Maison Valmont que l’on va ouvrir aux Etats-Unis : San Francisco ou New York, le choix de la ville n’est pas encore fixé. Il arrive que l’acte d’acquisition ne soit pas issu d’une rencontre avec l’artiste mais d’une confrontation avec l’œuvre exposée. L’échange avec l’artiste a ceci de particulier qu’il permet d’aller plus loin que l’acquisition d’une œuvre. Réfléchir à un projet d’exposition, mener une collaboration telle la création d’une collection de sacs, par exemple, avec une jeune artiste de Hong Kong à qui j’avais acheté de très beaux dessins... Elle travaille actuellement à une série de dessins destinés à des sacs qui seront commercialisés en 2020 dans nos Maisons Valmont. 

 

Quelle image entendez-vous donner de la marque Valmont, illustrée également par la Fondation Valmont ? 

A mes yeux, l’art est fédérateur, il permet de toucher un large public. Si Valmont est une marque de luxe, les points de vente, les Spas et nos maisons sont ouverts à différents publics dans le cadre de visites commentées des œuvres d’art qu’ils abritent. Ainsi, à Munich où nous avons ouvert la dernière Maison Valmont en début d’année, j’ai appris qu’en l’espace de quelques jours trois classes s’y sont rendues pour voir l’exposition “L’Elégante Symétrie du Gorille”. C’est une véritable source de satisfaction. Par ailleurs, outre l’intérêt culturel et esthétique pour ces jeunes visiteurs, il est à considérer que parmi eux se trouvent peut-être de futurs clients de la Maison Valmont. Nous avons donc là un moyen inédit d’entrer en contact avec un éventail de clients existants mais aussi potentiels. Faire des pas de côté par rapport à l’image de produits de soin extrêmement sophistiqués permet de donner voix à l’esprit artistique et à la créativité de la maison, qui vient soutenir le domaine scientifique.

“Je souhaite que le public perçoive l’enthousiasme et la dynamique qui ont prévalu au travail préparatoire collectif que nous avons réalisé pour mener à bien l’exposition.” DG

La Fondation est active dans le domaine des acquisitions mais également des expositions...

Effectivement, depuis 2013 nous organisons régulièrement des expositions, soit avec mes propres créations – c’était le cas par exemple avec “L’Elégante Symétrie du Gorille” montrée à New York l’an dernier, puis à Munich avant d’être mise en place chez Globus, à Genève. Par ailleurs, nous organisons des expositions collectives, comme c’est le cas cette année durant la Biennale de Venise, autour d’une réinterprétation du thème d’Hansel et Gretel. Tout le travail de réflexion de cette exposition a été réalisé en Grèce, à Hydra, une île inspirante, que j’aime particulièrement. J’avais rassemblé plusieurs artistes et deux curateurs, auxquels j’ai communiqué simplement le titre de l’exposition : “Hansel et Gretel”, avec comme ligne directrice de réinventer les symboliques petits cailloux blancs dans le monde actuel. Un monde que l’on a créé, et dans lequel on a malheureusement tendance à s’égarer : comment, dès lors, retrouver son chemin ? A l’issue de quatre jours de riches échanges nous avons nourri le thème et mis au point la scénographie. Bien entendu, le “verdict” consistera en l’impact qu’aura cette exposition sur le public. Je souhaite que le public perçoive l’enthousiasme et la dynamique qui ont prévalu au travail préparatoire collectif que nous avons réalisé. 

Aux fins d’exposition à Venise, vous avez acquis un étage du Palazzo Bonvicini : quelle est la destination future de ce lieu ?

Il s’agit d’un espace dédié à la création artistique pure. C’est-à-dire qu’il n’y aura pas le moindre lien avec les produits, si ce n’est que ces expositions seront organisées et financées par la FondationValmont. C’est la seule occurrence où apparaîtra le terme Valmont, à nous de faire en sorte que ce mot résonne en perspective avec la partie commerciale, puisque nous avons besoin de vendre des produits pour financer nos événements. Après l‘exposition “Hansel & Gretel” qui se tiendra tout au long de la Biennale, nous envisageons d’y présenter deux expositions annuelles. Parmi elles, l’une dédiée au plasticien Silvano Rubino, qui a réalisé une magnifique série de photos grand format, et un prodige du verre, Aristide Najean. Puis en 2021, se déroulera le troisième volet de ce que je nomme “Nos Contes sans Queues ni Têtes”. Il y a eu “La Belle et le Bête“, “Hansel et Gretel”, et l’on va clore le chapitre avec “Alice au Pays des Merveilles”. Et ceci via une approche sans aucun esprit de logique. L’idée étant d’emmener le visiteur au gré d’un parcours initiatique, totalement réinventé et nourri d’absurde.

 

Entendez-vous poursuivre les collaborations entre les artistes et La Maison Valmont?

Nous avons mené plusieurs collaborations avec un verrier de Murano, Leonardo Cimolin, avec lequel j’ai développé des éditions limitées pour accompagner des lancements de parfums. Nous allons poursuivre dans cette voie, mais toujours dans une perspective exclusive et d’excellence : ainsi, à mes yeux une édition limitée comporte entre 50 et 200 pièces, jamais davantage. 

Etes-vous un amateur des grandes foires internationales ?  

J’ai beaucoup visité les foires, notamment Bâle, je le fais moins régulièrement, mais je me rends principalement à Hong Kong où se trouve une petite foire – Central Art Fair –, assez cosmopolite, que j’apprécie. Je préfère une approche plus intimiste, puisque je dispose de mes propres espaces, et que ces espaces vont se multiplier : Londres, New York, San Francisco, Toronto... Je vais mettre à profit ces lieux pour y montrer des expositions, des créations spécifiques... Je suis attentif aux nouveaux modèles de lieux d’exposition, tels ceux qui proposent pour un prix bien défini d’exposer un artiste. C’est une sorte d’expression collective, ce n’est pas le galeriste qui décide, il met à disposition un espace. C’est en réaction aux foires qui deviennent des outils commerciaux, qui tuent les galeries. En effet, beaucoup de visiteurs ont déserté les galeries au profit des foires. Il est donc important de conserver du brick and mortar, des espaces durs, dans lesquels, quand on va se promener à Soho par exemple, on peut aller voir des galeries. S’il n’y a plus qu’une foire universelle, c’est dramatique. 

Comment déterminez-vous l’itinérance ce vos expositions ?

Elle répond parfois à l’histoire elle-même comme pour l’exposition “L’Elégante Symétrie du Gorille”. En effet, la figure du gorille est née à Berlin, à l’occasion d’une visite du zoo avec ma fille cadette, Valentine. Il est logique qu’après avoir voyagé il revienne à Berlin, où on le remet dans sa cage… A l’origine, ma fille me taquine tout en me lançant un défi : “il est magnifique mais triste ce gorille, comment peut-on le faire sortir de sa cage ?”, ce à quoi je lui réponds qu’il n’y a qu’une seule solution, le transformer en œuvre d’art, et le faire voyager. Or, pour ce faire, il me faut disposer d’espaces qui puissent l’accueillir car il est incarné via plusieurs médias (sculptures, grands vinyles…). C’est ainsi que chez Globus, à Genève, où je dispose de cimaises, il sera prochainement exposé. Le concept ainsi que l’espace sont déterminants.
 

Quelles sont les sources d’inspiration de votre propre démarche artistique ? 

J’ai été très marqué personnellement par le mouvement minimaliste américain : Carl Andre, Dan Flavin, Sol LeWitt… c’était à l’époque une forme de rébellion par rapport à un environnement familial. Donc ce minimalisme américain a un avantage extraordinaire, c’est qu’il ne nécessite pas une formation académique poussée. Je suis incapable de reproduire un corps humain… Et j’aime le principe de la cage ouverte, parce qu’on peut y mettre ce que l’on veut, c’est très philosophique. Je l’ai réutilisée dans la communication produit au sein d’une gamme appelée l’Elixir des Glaciers, et c’est devenu, l’image centrale de cette communication. Par ailleurs, mes origines italiennes par ma mère, et la passion que j’ai pour Venise m’ont amené à une réflexion sur le principe du masque, sujet absolument passionnant car doté d’un spectre extrêmement large... Je capte différents éléments, puis je les recycle, je les utilise, je les transforme, je les manipule. Ainsi, sur le principe du “the truth worth it”, je me suis amusé à sélectionner des pages du New York Times et à dessiner dessus. C’est le cœur de l’exposition “Dis-moi la vérité” qui se tiendra à La Maison Valmont Munich à partir du mois d’avril. Pourquoi cette ville ? Car cela m’amuse d’aller provoquer un peu le milieu munichois très bourgeois, très aristocratique, avec quelque chose qui est tout de même gentiment décalé. Une manière de faire bouger les lignes, d’interpeler, d’attirer l’attention.
 

“Hansel & Gretel, with Traces in Search of Your Self”, du 11 mai au 24 novembre, Palazzo Bonvicini, Venice.

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