Voyage

Comment la technologie a-t-elle changé notre façon de voyager ?

On ne voyage plus comme il y a dix ans. Les millennials en rupture, la technologie et les préoccupations environnementales bouleversent les habitudes. Agences qui permettent de travailler tous les mois dans une autre ville, hôtels qui migrent d’un lieu sublime à l’autre, clubs d’un nouveau genre : Instagram n’est pas seul à entretenir notre soif de mouvement perpétuel.
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Les chiffres de l’Organisation mondiale du tourisme le montrent, le tourisme ne cesse d’augmenter, partout et tout le temps. Il est bien plus facile et moins coûteux de voir le monde qu’auparavant, et l’industrie du voyage est en ébullition permanente. Les millennials tournent le dos à notre société de consommation, la nouvelle génération d’ultrariches perçoit le luxe différemment, les familles fuient les destinations surpeuplées, on dirait que la quête de sens s’impose désormais comme une priorité. Avec quelques contradictions... Tour d’horizon des grands mouvements.

 

Il y a bien longtemps qu’Internet a révolutionné notre manière d’explorer le monde mais les smartphones, la géolocalisation, l’économie du partage et les réseaux sociaux ont encore, depuis, changé radicalement la manière dont on arpente la planète. Qui, il y a dix ans, songeait à louer l’appartement d’un inconnu pour passer quelques jours à New York? À cliquer sur son téléphone pour se faire conduire par un autre inconnu au lieu de héler un taxi? À aller dormir chez quelqu’un qui prête son sofa, au Caire, à Tokyo ou à Nairobi ? Airbnb, Uber ou Couchsurfing ont  inventé un nouveau modèle économique en développant un tissu social, et ont tant perturbé l’économie traditionnelle que de nombreuses villes commencent à les encadrer sur le plan juridique.

Épidémie de selfies 

Ils ont surtout, presque miraculeusement, rendu escapades urbaines ou périples lointains accessibles à tous. Moins cher, plus simple. Ça tombait bien, puisqu’en 2010, année du lancement d’Airbnb, on jalousait déjà depuis un moment sur Facebook, en direct ou presque, les vacances de nos amis, prérequis d’une vie parfaite. Lorsque Instagram prend son élan en 2012, on y voit beaucoup de photos d’ailleurs, et des coins encore secrets deviennent vite incontournables. Pour certains, Instagram a gâché le voyage en transformant des paradis sauvages en lieux de pèlerinage du nouveau nomadisme. Pour d’autres, il l’a plutôt sublimé en mettant sur leur liste un nombre incalculable de futures destinations. Des influenceurs de voyage sont nés, détenteurs  de ces comptes de nomades sponsorisés sur lesquels chaque photo dans le Grand Canyon ou à Byron Bay est soigneusement mise en scène. On ne photographie plus pour se souvenir, on photographie pour se montrer. On ne décrit plus la beauté, on la hashtague. L’épidémie de selfies peut gâcher les plus  beaux paysages comme les plus beaux musées, il suffit d’avoir tenté d’apercevoir  Angkor Wat ou Mona Lisa pour le savoir. Des restaurants, des hôtels et parfois des quartiers entiers semblent tristement devenir des mises en scène pour Instagram. À Los Angeles, une nouvelle peinture murale n’est accessible qu’aux influenceurs avec plus de 20000 abonnés! Et pourtant rien de tel qu’Instagram, ou n’importe quelle application sociale dotée de géolocalisation, pour se faire une idée vraie d’un endroit en temps quasiment réel. Sur les milliers de tags qui apparaissent pour chaque lieu, on trouve évidemment des clichés ultraléchés et narcissiques mais aussi tant d’autres, plus bruts, où finalement la réalité est plutôt  bien représentée, presque comme une live cam qui nous montre, avant l’arrivée, précisément ce qui nous attend. Sans filtre.

Le tourisme durable 

Cette curiosité pour la planète a évidemment des conséquences écologiques. On évalue l’impact du tourisme à 8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde... Sans parler de la consommation de plastique. Pourtant, ce sont ceux qui aiment découvrir le monde et explorer sa beauté qui sont souvent les plus conscients de sa fragilité et de cet impact. Un tourisme plus conscient s’est donc imposé au cours de ces dix dernières années. Le transport reste le plus gros problème mais les compagnies aériennes contribuent toujours plus à des programmes de compensation des émissions de CO2 et cherchent comment réduire celles-ci, comme Qantas qui a récemment effectué son premier vol propulsé par du biocarburant. Certaines des sociétés organisatrices de croisières bannissent le plastique de leurs bateaux. C’est néanmoins la valeur de l’hospitalité qui est la plus en pointe avec souvent des projets innovants dont l’impact environnemental est quasi nul. Il est même devenu inconcevable aujourd’hui de développer un hôtel dans un lieu encore préservé sans y apporter la conscience environnementale et sociale la plus pointilleuse. Mieux encore, de nombreuses initiatives philanthropiques impliquent désormais leurs clients, pour qui c’est devenu une exigence.

“Par la prise de conscience environnementale, le tourisme commence à s’imposer comme une force de changement. Ce n’est nulle part plus évident que dans le voyage de luxe.”

La communauté 

Grâce à la prise de conscience environnementale, le tourisme commence à s’imposer comme une force de changement. Ce n’est nulle part plus évident que dans le voyage de luxe. Pendant longtemps, le haut de gamme était synonyme d’opulence, de draps épais et de chaînes internationales dans un circuit sans surprise. Aujourd’hui, la définition du luxe a bien changé et se  résume en un seul mot: l’authentique. Valeurs essentielles désormais: la reconnexion à soi-même et la curiosité de l’ailleurs, le retour à la nature et à ce qui a du sens. On n’a jamais payé autant pour se couper du monde et surtout pour vivre une aventure dont la rareté fait le prix. Les lodges perdus dans les montagnes ou les îles désertes se multiplient et partout se développent les concepts uniques. 700’000 heures, par exemple, est un nouvel hôtel itinérant qui, tous les six mois, s’installe dans un nouvel endroit, qu’il s’agisse d’une villa traditionnelle en Italie ou de plusieurs lieux réunis sur un itinéraire soigneusement imaginé au bout du monde. Ou comment fabriquer des moments exceptionnels et des souvenirs inoubliables. Ces nombreux nouveaux venus, comme 700’000 heures, ont en commun plus que l’aventure: ils fonctionnent souvent sur un modèle de club privé. Quoi de plus exclusif, en effet, qu’un accès payant et sur dossier à un groupe de voyageurs initiés? Et pourtant, bien plus que l’exclusivité, c’est cette idée de groupe choisi qui s’impose aujourd’hui comme la nouvelle tendance. Sans parler de luxe, certains lieux ou festivals ont toujours agi comme des regroupeurs d’individus animés du même état d’esprit, créatifs et pionniers. Quelques entrepreneurs visionnaires ont récemment su bâtir des lieux dans lesquels se retrouve une communauté qu’ils ont fondée, et qui adore ce sentiment d’appartenance, de mode de vie et de valeurs partagés. Car ces nouveaux clubs reposent sur une philosophie, celle d’Habitas par exemple, qui après avoir inauguré sa première propriété à Tulum, ouvre des clubs de ville et construit d’autres hôtels en Namibie, aux Bahamas ou à Malibu. Impact environnemental zéro, engagement philanthropique, expériences uniques, le groupe coche toutes les cases des nouvelles valeurs fondamentales mais repose sur une vision particulière: la connexion à l’humain.

Le nomadisme permanent 

“Vous n’avez pas à choisir entre le travail et le voyage, vous pouvez avoir les deux.” C’est le slogan de Remote Year, une compagnie qui fournit à ses clients l’organisation pratique pour vivre pendant un an dans une ville différente chaque mois tout en travaillant. Logistique, appartement, espace de travail partagé dans un lieu ultramoderne et même les vols. Après le succès de WeWork, l’entreprise qui, dans le monde entier, donne accès à des bureaux cool, pointus et partagés, ce nouveau modèle impose un nouveau rêve de réussite professionnelle. Pour beaucoup de millennials, ce rêve, c’est la liberté totale, le nomadisme digital. La vie d’un nouveau type de voyageur citoyen du monde.

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