Pop Culture

Non, le tourne-disque n'est pas dépassé

by Matteo G. Dall'Ava
12.09.2017
L’audiophile est le gentilhomme de la musique, un “arbiter elegantiarum” des instruments, soucieux de trouver celui en mesure de dessiner des silhouettes sonores évoluant au gré de ses caprices. Le monde des tourne-disques épouse cette philosophie en volant à l’artisanat les particularités du sur-mesure. La question à se poser n’est pas de déterminer lequel est le meilleur mais lequel est capable de restituer le meilleur son–selon vous.

Traduction par Alessandra Daniel

Artisanal, sur mesure, personnalisé… ces adjectifs propres au monde de l’habillement trouvent tout naturellement leur place dans celui de la hi-fi haut de gamme. À l’atelier de couture succède le laboratoire numérique et, si précieuse que soit la technologie, le travail manuel comme celui de l’oreille confèrent aux inventions la même poésie que celle d’un produit artisanal.
Des sociétés prestigieuses telle Origin Live de l’Anglais Mark Baker ont joué un rôle majeur dans la valorisation des platines. Leur signe distinctif est ce petit coussinet de précision du plateau qui fluctue sur une fine pellicule d’huile brevetée ; la même technologie utilisée dans les microscopes électroniques pour éliminer toute vibration, la même qui permet donc au modèle “Voyager” d’offrir aux auditeurs intransigeants un son pur. Ce petit détail coûte 14 000 livres sterling. Et si on parle de bespoke parmi les icônes des platines, nous trouvons sur le podium le “Masselaufwerk” de Sperling Audio. Les fondateurs, Ansgar Sperling et Michael Bönninghoff, l’ont voulu personnalisable : tête de lecture, contrepoids, etc. Il pèse 50 kg car il faut savoir que plus un tel appareil est lourd, plus la dispersion des vibrations est grande… Le bras, en plus d’être double, est réglable en distance et angulation par rapport au disque pour une perfection du son digne du Livre Guinness des records. Cet univers emprunte également à la mode son goût de l’édition limitée et de la collection capsule.

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Le “Masselaufwerk-1” de Sperling Audio, à partir de 55 000 €.
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“SheetRock” par Pink Donut, en vente sur Kickstarter pour la modique somme de 15 $.
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La “Runwell Turntable” de Shinola, 2 500 $… et désormais introuvable.
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L’enceinte en colonne de Nautile Acoustique composée de différents types de bois, d’épaisseurs variées, peut canaliser les vibrations vers des zones de sortie spécifiques afin d’obtenir un son limpide. À partir de 39 000 €.
Le “ON” de Giuseppe Pinto, déjà produit à plus de 300 exemplaires.

En édition limitée

La maison américaine Shinola – connue pour son sens de l’artisanat pointu – a livré sa “Runwell Turntable”, en édition limitée (500 pièces), à 2 500 dollars avec une garantie à vie. Elle est désormais introuvable. La ligne “Technological” de la collection d’accessoires “Zegna’s Toyz” lancée par la maison Ermenegildo Zegna propose des enceintes et des casques mis au point avec la respectée firme Master & Dynamic. Et si vous pensiez révolue l’époque de l’inventeur enfermé dans son garage, c’est que vous n’avez encore jamais mis en route la création de Giuseppe Pinto. Le technicien italien a construit son premier “ON” (Old and New) dans sa cave. “ON” est une platine “plug and play” capable de gérer toutes les sources, de l’analogique au digital. La grande spécificité des nouveaux acteurs du secteur tient à leurs modes de financement. À la différence de l’artisanat, envisager de nouvelles créations implique des investissements élevés. Les ingénieurs de la société slovène MAG-LEV ont fait appel au site web de crowdfunding Kickstarter pour financer leur projet : un mécanisme sans moteur ni courroie qui fonctionne avec un système de sustentation magnétique. S’il évoque un produit luxueux, son prix est bien inférieur à celui des modèles cités plus haut : 780 dollars.
“Love” a été parmi les premiers à apparaître sur le site de financement participatif. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un tourne-disques, car c’est lui-même qui tourne autour du disque qui, lui, ne bouge pas, grâce au bras tangentiel. “Love” peut être géré par une application dédiée, qui permet de choisir l’ordre des titres sans devoir passer par la tête de lecture. Toujours sur Kickstarter, on remarque le projet néerlandais “Wheel” dessiné par Miniot. De l’étui en bois, Peter Kolkman est passé à la création d’une platine avec un système de lecture tangentiel placé sous le plateau. “Le disque tourne aussi bien verticalement qu’horizontalement et émet un son en totale autonomie”, déclare le fondateur.

Le “MAG-LEV Audio”, disponible en précommande sur Kickstarter.

Des créations exceptionnellles

Les amateurs de tweaking (le fait d’apporter des améliorations en ajoutant ou en changeant les éléments standards par des composants d’exception) ont bien sûr la possibilité de customiser la couleur, de choisir les pick-up, les câbles, selon le son et le rendu désirés. En général, l’écoute se fait dans le salon ; mais si l’audiophile voulait écouter sa musique ailleurs ? Une réponse nous vient du lecteur de vinyles “RokBlok”. Quand on le regarde, on dirait une simple petite boîte en bois. Les créateurs de Pink Donut affirment que ce “petit lecteur de disques a été imaginé pour pouvoir écouter ses disques grâce à des diffuseurs intégrés ou une connexion sans fil. Il suffit de trouver une surface plane pour le poser.”
La start-up californienne a aussi créé la platine de poche “SheetRok”, une simple feuille de papier à laquelle il a été ajouté une tête de lecture. Elle fonctionne sans courant ; il suffit de poser le disque sur la feuille et de le faire tourner avec la main. Mais revenons dans la salle de séjour. Des créations aussi exceptionnelles exigent des amplifications de la même trempe. Parmi ces dernières, la petite société savoyarde Nautile Acoustique, la haute couture du son, donne le ton. Les mains du maître artisan Pascal Marie réalisent dans le petit laboratoire toutes les pièces du système audio HR-d15 VLTS. de cette manière, la structure de l’enceinte, composée de différents types de bois, d’épaisseurs variées, peut canaliser les vibrations vers des zones de sortie spécifiques afin d’obtenir un son limpide. Son aspect traditionnel et plus de 400 heures de travail justifient un budget d’environ 39 000 euros. Toujours made in France mais avec un design davantage futuriste, le “Phantom” de Devialet, a été primé plusieurs fois. Un objet unique qui, grâce à la technologie révolutionnaire HBI (Heart Bass Implosion), est en mesure de développer des basses fréquences dans un espace très compact. Voilà votre prochaine obsession : comment personnaliser la vieille platine de papa…

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