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Pourquoi L’Éclaireur de Lynd Ward est le coffee table book du moment ?

Cette édition collector des “romans sans paroles” cultes de Lynd Ward tient autant de l’exploit d’édition que de l’expérience artistique unique avec la redécouverte de six œuvres enflammées, politiques et universelles.
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Aucun mot, aucune légende : l’image seule raconte la cruauté, le désir, le pouvoir, l’ambition dans les pages des romans en gravure sur bois de l’Américain Lynd Ward. Un noir et blanc ciselé, qui emprunte autant à l’Art deco qu’à l’expressionnisme allemand. Les Éditions Toussaint Louverture publient cette œuvre unique en respectant les vœux de Ward : une seule planche par double page avec impression sur la “belle page” de droite, dans une encre veloutée, la “deep black”, pour plus de profondeur, les couvertures d’origines etc. Le coffret en lui-même est un objet merveilleux, un joyau d’édition conçu avec un dévouement peu commun. Lynd Ward, né au début du XXe siècle et mort en 1985, influencé par les œuvres des artistes allemands Frans Masereel et Otto Nückel, est devenu le pionnier du roman graphique en publiant, en 1929, son premier projet, Gods’ Man, qui eut un succès fulgurant. Ces œuvres ont été encensées par la Beat Generation et Allen Ginsberg puis admirées par Alan Moore (Watchmen), Will Eisner ou Art Spiegelman (Maus) .

Ces six romans prennent tous la forme de fables, centrées sur le thème du destin. Lynd Ward lui-même voit très tôt un signe du sort quand son professeur de primaire lui fait remarquer que son nom à l’envers signifie “dessiner” (draw). Le fatum ou la question du choix faustien se trouve au centre de Gods’ Man et de Prelude to a Million Years (1933). Dans Madman’s Drum (1930), on suit la malédiction qui frappe un homme devenu assassin pour un tambour. Wild Pilgrimage (1932) raconte les péripéties d’un homme qui tente d’échapper à l’oppression des usines et du réel (en noir) suivant ses rêves et ses désirs (en sanguine). Dans son esthétique expressionniste et symboliste, et son traitement de la puissance du fantasme et de la sexualité, ces romans graphiques font écho aux films du cinéaste King Vidor (La Foule, Le Rebelle) et aussi, plus étonnamment, aux dessins subversifs de Tom of Finland, avec des courbes ou des jaillissements aussi inquiétants qu’oniriques.

Lynd Ward, L’Éclaireur, coffret de trois livres (3000 ex.), Éditions Toussaint Louverture, 65 euros. Parution le 22 octobre.

Lynd Ward, L’Éclaireur, coffret de trois livres (3000 ex.), Éditions Toussaint Louverture, 65 euros. Parution le 22 octobre.

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