Horlogerie

Quel est le bastion allemand de la haute-horlogerie ?

En matière de savoir-faire horloger, peu de régions peuvent rivaliser avec le Jura suisse... sauf une certaine vallée saxonne où se tient le bastion de l’horlogerie allemande : la ville de Glashütte, non loin de Dresde. C’est d’ici que la manufacture Glashütte Original, forte d’une histoire et d’une tradition centenaires, travaille à sa renommée, déjà 100 % acquise auprès des connaisseurs. Retour sur une saga pleine de tumultes, dont le fil conducteur serait l’amour de la précision et du travail bien fait.

La passion de Glashütte pour la mécanique horlogère remonte au milieu du XIXe siècle. À cette époque, l’épuisement des mines d’argent prive la région de sa principale ressource et laisse la classe ouvrière sombrer dans la misère. L’horloger Ferdinand Adolph Lange a l’idée de mettre à profit cette main- d’œuvre sinistrée pour créer, en 1845, la première entreprise horlogère de la vallée saxonne de la Müglitz, à vingt kilomètres au sud de Dresde. Il est bientôt rejoint par Julius Assmann, Moritz Grossmann et Adolf Schneider qui deviennent à ses côtés les pères fondateurs du bassin horloger à Glashütte. Leurs créations acquièrent une réputation de qualité et de précision qui dépasse rapidement les frontières de la Saxe. Ce succès, qui s’étend à l’international, réclame de plus en plus d’ouvriers qualifiés : c’est ainsi que la première école allemande d’horlogerie de Glashütte ouvre ses portes en 1878. Travaillant en bonne intelligence, les manufactures de Glashütte prospèrent jusqu’à la Première Guerre mondiale. Le succès de la montre-bracelet va même permettre à Glashütte de traverser la crise de 1929 grâce à une production qui va peu à peu dépasser le stade purement artisanal pour intégrer les techniques industrielles. L’avènement du IIIe Reich et l’approche de la guerre ont, eux, des conséquences désastreuses pour les manufactures de Glashütte, contraintes de participer à l’effort de guerre en ne produisant plus que de l’outillage militaire. Devenue une cible privilégiée des troupes alliées, la ville et ses bâtiments industriels sont pilonnés sans ménagement par l’aviation soviétique en 1945. Après la reddition allemande, les outils de production encore intacts sont confisqués par l’Union soviétique, au titre des réparations de guerre. Ne reste alors plus rien ou presque de l’industrie horlogère à Glashütte. 

A l'Est, du nouveau

Un nouveau chapitre va cependant rapidement s’ouvrir, avec la nationalisation des compagnies horlogères dès 1946, puis la fusion de ces dernières en 1951 au sein d’une grande entreprise d’État baptisée Glashütter Uhrenbetriebe (GUB). L’industrie horlogère est-allemande entre alors dans une nouvelle ère : il s’agit désormais de concevoir et d’assembler des montres destinées au plus grand nombre pour un usage quotidien et à des prix accessibles. Avec un défi immédiat pour la GUB : celui de produire localement des composants auparavant importés. Dans les années 1950, Glashütte relance ses exportations de montres et d’horloges, d’abord vers les pays du bloc de l’Est, la Chine ou la Corée du Nord, puis vers l’Allemagne de l’Ouest. L’augmentation de la production demande un effort considérable en matière de formation. Dès 1951, la GUB intègre une école horlogère où sont formés chaque année plus de 100 stagiaires. En 1959, Glashütte crée son premier mouvement automatique, suivi d’un calibre extra-plat en 1964. Baptisé “Spezimatic”, ce dernier équipera une large gamme de montres- bracelets et reste aujourd’hui le modèle le plus emblématique sorti des ateliers de la GUB. Dans les années 1980, cette dernière emploie plus de 2 500 personnes afin de répondre à une demande en constante augmentation, y compris à l’export où les montres assemblées à Glashütte sont distribuées sous des noms divers et variés, et ce dans près de 30 pays. Après la chute du Mur, l’activité économique marque un nouveau temps d’arrêt, mais paradoxalement, les décisions mises en place sous l’ère communiste permettront au secteur horloger de renaître sur des bases solides après la privatisation des manufactures en 1994. La même année, l’ancienne union des entreprises horlogères est rebaptisée Glashütte Original et devient une marque à part entière. 

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S’appuyant sur une main-d’œuvre qualifiée et un savoir-faire ininterrompu dans la production de montres mécaniques de qualité, la manufacture opte pour une nette montée en gamme à partir de la fin des années 1990. L’histoire singulière et la maîtrise unique de Galshütte Original convainquent Nicolas Hayek de reprendre la maison en 2000. Depuis, le groupe Swatch a consenti d’importants investissements pour donner à la manufacture les moyens de ses ambitions. En 2002, elle intègre sa propre école et, dès l’année suivante, elle inaugure des locaux flambant neufs. Chaque année, l’école Alfred Helwig (du nom d’un célèbre maître-horloger), entièrement gérée par Glashütte Original, forme douze horlogers et trois outilleurs. Elle est logée dans le même bâtiment que le Musée allemand de l’horlogerie – Fondation Nicolas G. Hayek, inauguré en 2008. Ouvert au public, ce musée est un passage obligé pour tout amateur désireux de se plonger dans l’histoire pleine de soubresauts de Glashütte. D’autant qu’il présente les autres manufactures aujourd’hui présentes dans le village, comme A. Lange & Söhne – la plus célèbre avec Glashütte Original –, Nomos, Wempe ou encore Junghans. 

Raffinement technique et morceaux de bravoure

Aujourd’hui, Glashütte Original emploie environ 750 personnes, dont 600 rien qu’à la manufacture. Pour pouvoir apposer le nom de la ville sur ses cadrans, une marque horlogère doit y produire plus de 50 % des pièces d’un mouvement. Chez Glashütte Original, le pourcentage s’élève à 95 %. La quasi-totalité des composants des montres sont en effet fabriqués en interne. Depuis 2012, Glashütte possède même sa propre usine de cadrans. Le design et la conception sont eux aussi réalisés au sein de la manufacture. Il faut entre trois et cinq années pour développer un nouveau mouvement. À titre d’exemple, le calibre 36 présenté en 2016 aura nécessité quatre années de développement. Pour les plus complexes, comme celui équipant la “Cosmopolite Tourbillon”, la moyenne peut monter à sept années pour le développement. Chaque nouveau mouvement nécessite entre 80 et 90 % de nouveaux composants. Une montre en contient chacune entre 150 et 600, en fonction du nombre de complications qu’elle propose. La “Panorama Date”, l’un des best-sellers de la marque, en renferme précisément 296. L’assemblage d’un mouvement demande entre une journée et une semaine, voire plusieurs mois pour les grandes complications. Les montres signées Glashütte Original se reconnaissent à leur allure classique, sinon intemporelle. La maison revisite également son histoire à travers ses gammes sixties et seventies, dont le look vintage, parfois pop, s’inscrit dans une tendance très actuelle. À l’image d’une berline de luxe allemande, les finitions sont de haute volée, et la robustesse est au rendez-vous. Sans oublier un raffinement technique qui fait chavirer les amoureux de mouvements d’exception. Rappelons que la marque compte plusieurs morceaux de bravoure à son actif, comme le tourbillon volant mis au point par Alfred Helwig dans les années 1920, l’une des meilleures date-panorama du marché avec
ses deux disques concentriques parfaitement accolés ou encore une montre GMT affichant 37 fuseaux horaires : la “Senator Cosmopolite” présentée en 2015. Elle sait également étonner, comme en 2014, avec la présentation de la “PanoMaticInverse” qui révèle son mouvement côté cadran, grâce à une inédite inversion du positionnement de ses composants. La présentation du calibre 36 l’an passé a marqué une étape décisive pour l’avenir de la marque. Ultra-performant avec ses 100 heures de réserve de marche, ce dernier est en effet appelé à équiper une large partie de la gamme. Dans la gamme actuelle, les modèles “Senator” reprennent des codes plus classiques que les “Pano” (Panograph, PanoInverse, PanoMatic...) qui jouent davantage sur l’asymétrie au niveau des cadrans. Mais l’élégance et la sobriété restent, quoi qu’il arrive, au rendez-vous. Présente à Baselworld, la grand-messe de l’horlogerie, Glashütte Original n’y met en valeur chaque année qu’un nombre restreint de nouveautés. En 2017, quatre nouveaux modèles y ont été lancés, dont une nouvelle version de la “Senator Perpetual Calendar”, équipée du calibre 36, une “Senator Chronograph Date Panorama” au look plus sportif et deux nouvelles “Senator Excellence” (Panorama Date et Panorama Date Moon Phase). Des nouveautés à découvrir dans le nouveau agship parisien de la marque, inauguré en grande pompe en 2016, rue de la Paix. Une vaste boutique qui place Glashütte Original sur le devant de la scène du luxe parisien, au même rang que ses concurrentes helvétiques. Car une chose est sûre : armée de son savoir- faire unique, témoin de son identité propre, ainsi que de la force de frappe du groupe Swatch, la manufacture saxonne se sent une âme de conquérante. 

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PanoMatic Lunar
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Senator Chronometer
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Senator Excellence Calendrier Perpétuel
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Senator Skeleton Phase de Lune
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Sixties Panorama Date

Dix infos à connaître

· 1845 : création de la première manufacture horlogère de Glashütte
· 2000 : rachat par le groupe Swatch
· 2016 : installation de la boutique au 6, rue de la Paix à Paris
· 750 employés dont 600 à la manufacture
· 95 % de composants fabriqués en interne
· 4 années de développement pour le calibre 36
· 100 heures de réserve de marche pour le calibre 36
· 296 pièces pour la “Panorama Date”
· Entre 10 000 et 30 000 € le prix moyen des montres
· 6 400 € : le prix d’accès (“Vintage Sixties” trois aiguilles acier) 

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