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Jamais les voitures n’ont proposé autant de fonctionnalités

Le tableau de bord est la pièce centrale d’une voiture : c’est là que se noue la relation avec la mécanique. Curieusement, jamais les voitures n’ont proposé autant de fonctionnalités, et jamais leurs intérieurs n’ont paru aussi épurés, voire simplifiés…
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Début janvier 2019, au Consumer Electronic Show de Las Vegas, le constructeur chinois Byton a créé l’événement en dévoilant le M-Byte, un luxueux SUV électrique qui devrait prochainement concurrencer les productions Tesla. Mais plus que la ligne ou le rayon d’action de la voiture, on n’a finalement retenu qu’une chose: cette voiture dispose du plus grand écran jamais installé à bord d’une voiture. Avec ses 48 pouces (122 cm) de diagonale, celui-ci déroule ses pixels dans tout l’espace entre les portières, et se complète de deux autres écrans: le premier, de 7 pouces, s’intègre au volant, tandis que le second, de 12 pouces, prend place dans la console centrale. Du jamais-vu dans l’automobile, même s’il s’agit d’une évolution logique pour un objet qui s’apparente de plus en plus à un smartphone sur roues. Autonomisation aidant, on y téléphonera, on y travaillera et on s’y distraira, pour déléguer la tâche de conduire à une intelligence artificielle de plus en plus affûtée. Et cette création Byton, pour extrême qu’elle apparaisse, n’est que le prélude à ce qui nous attend à bord de nos chères voitures: plus de fonctions et moins de boutons! 

“Des îlots demeurent où l’on cultive encore la passion […] fidèle au bon vieux compteur de vitesse à aiguille.”

Commande vocale, commande gestuelle 

Il est loin le temps où une voiture de caractère digne de ce nom se devait d’afficher une batterie de manomètres à aiguilles: pression et/ou température d’huile, température d’eau, niveau de charge de la batterie faisaient partie des informations que le gentleman driver voulait pouvoir contrôler en permanence, en complément de la vitesse et du nombre de rotations à la minute exercées par le vilebrequin. Aujourd’hui, c’est nettement plus simple: sur les voitures modernes de grande diffusion, quelques diodes font office de compte-tours et la vitesse s’affiche sur un bloc digital, tandis que les informations périphériques relatives à la mécanique se nichent dans des menus et sous-menus auxquels le conducteur n’accède finalement que très rarement. À la place, le conducteur (moderne lui aussi) préfère avoir sous les yeux ce qui a trait à la navigation ou aux données multimédia. Avec son smartphone relié à sa voiture, il accède à son audiothèque en permanence. Les plus de 40 ans qui lisent cet article se souviennent- ils de la place que prenaient les boîtes de cassette dans les habitacles?

La tendance est à la commande vocale: on parle à sa voiture pour téléphoner ou régler la température ou monter le volume du système multimédia. Mieux, chez certains constructeurs comme BMW, on peut aussi pratiquer la commande gestuelle: une caméra installée au plafond scrute les mouvements de la main droite du conducteur, on tourne l’index pour régler le volume, on balaye dans un sens ou dans l’autre pour prendre ou refuser un appel, et on se prend pour Tom Cruise dans Minority Report. Les constructeurs et équipementiers dépensent des fortunes pour soigner l’ergonomie et l’accessibilité de fonctions toujours plus nombreuses. Paradoxalement, cette complexification s’accompagne d’une simplification spectaculaire du tableau de bord.Tout est géré par l’électronique, et les bons vieux boutons semblent avoir fait leur temps. À bord de la nouvelle Tesla Model 3, merveille de technologie, le seul poussoir apparent est celui de la commande de warning, et tout le reste est confié aux bons soins d’une interface numérique!

Le dépouillement n’est donc qu’apparent à bord de véhicules toujours plus propres, connectés, autonomes et sécurisants. Où il y a du zen, il y aurait donc du plaisir? Pendant le salon CES 2019,Amazon a annoncé avoir déjà reçu plus d’un million de commandes de son assistant personnel Echo auto, lequel permet d’embarquer la fameuse Alexa à bord. Choisir de la musique, lancer un film sur l’écran disposé à l’arrière, trouver sa route ou une réponse à une question, le champ des possibles est à peu près illimité avec les équipements de ce type. La voiture devient donc un appareil électroménager comme un autre, ou presque. Car des îlots demeurent où l’on cultive encore la passion: la Bugatti Chiron, merveille technologique développant quelque 1500 chevaux et facturée 2,4 millions d’euros, reste ainsi fidèle au bon vieux compteur de vitesse à aiguille, lequel est gradué jusqu’à… 500 km/h. Un choix pleinement assumé par la marque: “Le tachymètre est analogique, pas digital, parce que si un petit garçon se penche par la fenêtre quand la voiture est garée, on veut qu’il ait la possibilité de voir les chiffres.” Merci pour lui… et pour nous tous.

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