Hommes

Tyler, The Creator : "J’ai le sentiment que plein de gens ont pile le bon style"

Tyler Gregory Okonma, 28 ans, en choisissant d’adosser The Creator à son prénom, courait le risque du ridicule. Mais son parcours créatif — de disques en créations graphiques et désormais en mode via une collection réalisée avec Lacoste — désamorce toute possible malveillance : Tyler est bien un Créateur majuscule.
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Photographie par Daniyel Lowden
Stylisme par Loyc Falque

Au printemps 2019, Tyler, The Creator venait tout juste de faire paraître IGOR, album exceptionnel par sa profondeur de champ/chant, ouvrant grand les fenêtres sur une intimité éparpillée façon puzzle. Quelques mois plus tard, on n’en a toujours pas fait le tour. Tout a commencé en 2007, quand il fait ses gammes (pas très académiques mais follement excitantes) au sein du collectif Odd Future. Il devait prolonger les gestes esquissés en groupe dans sa carrière solo, démontrant au fil des disques une capacité sidérante à faire de ses doutes un carburant puissant, enrichissant sa palette de nouvelles nuances. En signant la collection Lacoste x Golf le Fleur, Tyler confirme l’acuité de son regard de styliste. Sens des coloris (délicieux litchi, impeccable mascarpone) et respect de l’héritage de la maison ont donné naissance à 16 pièces. Pièces d’archives détournées avec malice, ces silhouettes ressemblent à leur créateur : animées d’un esprit vivifiant, portées par une attention aux détails signalant que la créativité n’interdit pas l’humour, elles dégagent la force de leur évidente séduction.

L’Officiel Hommes : Tyler, The Creator, votre nom d’artiste, dit tout de vous...
Tyler, The Creator : C’était celui de mon compte Myspace, créé lorsque j’avais 16 ans. C’était plutôt une plaisanterie. Mais elle est restée.


Vous avez des talents protéiformes : chanteur, producteur, graphiste, vidéaste, scénariste... et designer. Où placeriez-vous votre savoir-faire de créateur de mode ?
Je n’en ai aucun ! Je fais ce qui me plaît, et ce qui me semble cool à porter, pour moi et mes amis. Mais le savoir-faire ne peut pas tout. Il y a des musiciens qui écrivent de très bonnes chansons et qui savent rapper. Mais leur musique n’est pas si bonne, et leurs concerts sont nuls. Je connais des pianistes qui savent tout jouer, mais ce n’est pas pour ça qu’ils sont créatifs ou singuliers. Le plus important n’est pas le savoir-faire, c’est de savoir ce que vous voulez faire.
 

Quand et pourquoi avez-vous décidé de faire de la mode ?
J’aime les vêtements. Je ne sais pas si j’aime la mode, mais j’aime beaucoup les vêtements. Et créer.
 

Vous avez lancé votre marque, Golf Wang, en 2011. Comment résumeriez-vous cette aventure ?
C’était formidablement excitant. Comme je viens de le dire, j’adore créer, me lancer dans de nouveaux projets chaque année, et observer les réactions. Je ne sais pas si cela continuera toujours, mais j’adore ajouter de nouveaux éléments. C’est ce qui m’amuse le plus.
 

Dans quelle mesure Golf Wang diffère de votre univers musical ?
Aucune. La marque représente exactement qui je suis, ce que j’aime. Il n’y a aucune différence entre Golf Wang et la musique.
 

Comment aimeriez-vous que le message de votre marque soit perçu ?
Il n’y a aucune règle, pas de code de conduite à suivre. Je veux que tout le monde le sache. Ce n’est pas parce que vous avez 17 ans que vous devez porter seulement des tee-shirts. Les cardigans ne sont pas réservés aux vieux. C’est un drôle de préjugé que d’associer les cardigans et les chaussures qui ne sont pas des sneakers à la vieillesse... Je ne vois pas ce que l’âge a à voir avec ce que l’on porte. Je souhaite que ma marque incite les gens à ne plus se soucier de ce genre de clichés.

"Ce que je peux vous dire, c’est que j’étais dingue de Lacoste quand j’étais adolescent, totalement obsédé par leurs polos. Cela correspond à l’époque où ils commençaient à varier les coloris et à proposer des polos en rose, en pastel. J’adorais le rose ou le bleu clair... ils me rendaient fou !"

Lequel de vos amis voudriez-vous dans une campagne pour Golf Wang ?
Je choisirais plutôt quelqu’un rencontré dans la rue, par hasard. Il peut avoir 43 ans ou 16 ans, mais en ce moment, j’ai le sentiment que plein de gens ont pile le bon style. C’est ce que je veux voir dans mes publicités ou mes loobooks. Ils sont imparfaits, mais absolument uniques. Lorsque je croise un type de ce genre, je prends sa photo, ses coordonnées. C’est comme ça que j’ai fait le casting de mon dernier défilé : j’avais rencontré un des mannequins dans une librairie. Un des visages de la campagne de ma collaboration avec Lacoste est celui d’une fille qui était dans une de mes boutiques à Los Angeles.
 

Comment s’est déroulée cette collaboration avec Lacoste ? Quelle image aviez-vous de la marque auparavant ?
J’aimerais bien vous raconter une super histoire, mais honnêtement, je n’ai aucun souvenir de comment cela a débuté. Ce que je peux vous dire, c’est que j’étais dingue de Lacoste quand j’étais adolescent, totalement obsédé par leurs polos. Cela correspond à l’époque où ils commençaient à varier les coloris et à proposer des polos en rose, en pastel. J’adorais le rose ou le bleu clair... ils me rendaient fou ! Travailler avec eux sur cette collection était très simple, leurs équipes m’ont laissé très libre, ils aimaient tout ce que je leur envoyais. Dès le début, je voulais que la ligne soit principalement unisexe. Je n’ai jamais compris pourquoi il fallait que les versions masculines d’une pièce féminine soient plutôt noires ou bleu foncé. J’ai voulu qu’il y ait beaucoup de belles couleurs, adaptées à tous les genres.


Vous avez d’autres projets avec la marque ?
À ce stade, j’en sais rien. Je peux simplement vous dire que tous les gens avec qui j’ai travaillé sont extraordinaires.

Comment s’appelle le crocodile, quel âge a-t-il, où vit-il ?
Stany a 68 ans, il déteste sa famille mais lui achète des sandwiches tous les jours. Il habite dans le Nebraska.


Avec quelle autre maison ou designer aimeriez-vous travailler ?
Avec Phoebe Philo, où qu’elle soit. Avec Marni ou Chanel, pour aller plus loin sur les sacs, les accessoires, les souliers.


Plus jeune, quel était votre style ?
Je crois qu’il était unique. J’en changeais régulièrement. Je ne porterai plus certaines pièces que j’aimais à une certaine époque, mais à mes yeux elles étaient cool.
 

Que porteriez-vous pour votre tout dernier concert ?
Rien d’autre que mon chapeau préféré. Et des chaussures que j’ai réalisées, les Converse Golf le Fleur*, idéales pour sauter dans tous les sens.
 

Vous adorez jouer avec les mots... Votre univers créatif a des aspects surréalistes. Pouvez-vous nous improviser quelque chose ?
Honnêtement, quand j’avais 16 ans, oui. Mais hier, la pomme de terre s’est envolée vers 5 heures. Le micro ne pourra pas hurler demain. Je ne comprends pas un mot de ce que dit ce petit chien. Si vous mettez de la confiture dans le moteur, la voiture roulera plus vite. Demain, vous pourrez attraper votre avion. J’ai rencontré hier un chauffeur de taxi qui ne parlait pas espagnol, je lui ai donc offert une maison.
 

Quel(le)s créateurs ou créatrices, mort(e)s ou vivant(e)s, aimeriez-vous inviter à dîner ?
Steve Jobs.

 

Retrouvez cet interview et davantage de contenu dans le numéro de Septembre de L'Officiel Hommes Plus et sur @lofficielhommes.

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