Hommes

Non, le monogramme n'est pas over

by Felix Besson
06.02.2017
On l’associe (trop) souvent à un yacht plein de politiciens bedonnants, le cigare au bec, et de jeunes blondes à fortes poitrines. Ou aux vendeurs de contrefaçons autour du métro Barbès. Le monogramme, emblème du consumérisme des années 2000, n’est pas mort, et revendique plus que jamais son statut d’intemporel, aidé par le retour en force de la street culture.

Qui peut se vanter d’avoir oublié la toile Vuitton multicolore sur fond blanc signée Takashi Murakami, le travel-kit de 10 pièces siglé Gucci, ou encore l’illustre imprimé Gorgone qui orne l’intégralité des coussins du Palazzo Versace ? Personne. Parce qu’avouez-le, vous y étiez accro. Les excès et déboires du monogramme ont rythmé la première décennie du IIe millénaire, et entraîné avec eux une déferlante d’images ultra-sexualisées qui ont forgé les clichés de beauté made in 2005.

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Dapper Dan, précurseur de la logomania version street, qui fait un pied de nez aux ténors du luxe en insérant le monogramme sur l'intégralité de sa silhouette, les campagnes Gucci par Tom Ford où le logo devient même une atteinte à la pudeur, le duo Dolce & Gabbana qui bombarde le globe de ses ceintures où leurs initiales s’entremêlent : les consommateurs des années 2000 plongent sans hésiter dans la folie du monogrammé. En 2006, 25 millions de Japonais possédaient au moins un produit Louis Vuitton, le chiffre d’affaire du Gucci Group enregistrait une hausse de 38%  et D&G explosait toutes les attentes en dépassant les 600 millions d’euros de chiffre d’affaire.

Mais comme chaque bonne chose a une fin, le succès planétaire du luxe siglé a également programmé son obsolescence. La faute en partie à la crise économique retentissante de 2008, qui stoppe presque net le consumérisme excessif de la décennie passée. Dès lors, la discrétion est de mise, on ne parle plus que de réinventer les classiques, de miser sur une élégance effortless où le noir, le gris et le navy sont les maîtres du jeu.

En 2006, 25 millions de Japonais possédaient au moins un produit Louis Vuitton.
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Suite à sa chute, on le pensait mort et définitivement relégué aux masses populaires qui l’exhibent  en signe de reconnaissance, sans succès. Mais c’est sans compter sur le talent de visionnaires, qui signeront son retour au milieu des années 2010. En conquérant la plupart des podiums, pour commencer. Kim Jones rend ses lettres de noblesses à la petite pochette de dealer recouverte du monogramme Louis Vuitton, mais en accumulation et sur un manteau "monsieur" en cachemire beige. En janvier dernier, la maison se paye même le luxe de collaborer avec le label street Supreme, et pave l'intégralité des pièces de la collection des deux logos respectifs.

Chez Fendi, le logo maison orne sacs cabas, bandeaux tennis et se tatoue à même le crâne. Même chose chez Dior Homme, où il se transforme en "Hardior", et chez Gucci, où il innonde littéralement l'ensemble des catalogues de la maison dans ses versions les plus diverses, du GG Supreme au Gucci Ghost.

Encore plus intriguant, c'est la papesse du minimalisme, Pheobe Philo, qui réédite une série d'accessoires mixtes siglés du double C maison revu et corrigé par la créatrice. Le doute est alors permis, même si l'issue du problème semble se préciser. Le retour du monogramme est-il encore une fois temporaire ? Pas le moins du monde. Le monogramme est devenu un essentiel que l'on ressort au même titre que son attaché case en cuir Saffiano, sa première cravate Hermès ou sa Corvette C4, que l'on fait muter chaque saison mais qui, finalement, n'a jamais été autant en accord avec son temps.

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