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Que vaut Coya, dernière hype nippo-inca ?

Entre Asie et Amérique Centrale, Coya, qui multiplie les adresses dans le monde, pose ses pianos à Paris. Verdict mi-cru mi-cuit.
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Découvrir un restaurant devrait revenir à recevoir ses propositions en toute innocence. Comme s’il était le premier. Comme si ses plats étaient les premiers jamais goûtés. Comme si sa décoration n’avait jamais été vue ailleurs. Devrait. La réalité et le privilège d’être un peu déniaisé, font qu’il n’en va plus ainsi. Qu’aurait-on pensé de Coya si l’innocence nous guidait encore ? Que le décor est emballant, dans ses grands volumes pop, ses couleurs vives, et dynamise l’enthousiasme curieux - Coya, c’est autant une marque qu’une adresse : à Londres, Monaco, Dubai, Abu Dhabi, la table fait tourner les têtes. Les mêmes croisées chez Ran, au Costes, sensible aux scénographies, moins inquiètes de l’assiette que de leur quête de ne pas rater la vague du cool.  Aiguisés par la promesse d’une cuisine nippo-péruvienne, les appétits mondains s’y pressent. Qu’y trouvent-ils ? Des plats Radio Nova  : des ceviche, des brochettes de volaille au piment et ail, du bœuf grillé sauce chimichurri, des tiraditos, des tacos, du guacamole…et de la burrata, assez curieusement - on ignorait la place qu’elle occupait dans les répertoires revendiqués. Est-ce bon ? Oui, parfois (la brochette de volaille, le bœuf), voire très : à l'image du Arroz Nikkei, manière de risotto au bar, merveille d'onctuosité iodée. Mais souvent, d’un rien le plat manque sa cible.Ainsi, les poissons, à l’évidence d’excellente extraction, sont abîmés par des assaisonnements maladroits, trop poussés - la nacre délicate des ceviche se trouve ainsi submergée par les sauces soja et ponzu. (Et comment peut-on encore, en 2019, facturer les accompagnements ? Certes, Coya est loin d’être le seul restaurant à suivre cette nouvelle tendance, mais quelle idée…) Qu’en garder ? Le souvenir d’un service délicat. D’une gourmandise enfantine picorant d’un continent à l’autre, sympathiquement ludique, mais sans éclat. D’un concept culinaire ni daté ni neuf, mais pas vraiment incarné par un geste de chef, un peu lisse, à l’enjouement un peu fabriqué, dont on sent bien qu’un rien, de la mesure, du punch, de l’abrasif, suffirait à bousculer, pour le sortir de cette impression de déjà-vu, déjà-mangé. Pour en faire précisément une expérience, et pas une adaptation anonyme d’une recette éprouvée, goûtée ailleurs et comme arrivée ici par avion cargo, en escale avant sa prochaine étape. 

83-85 rue du Bac, 75007, Paris

Tel: +33 1 43 22 00 65

Reservations: reservations.paris@coyarestaurant.com

 

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