Beauté

Et si l’équilibre de la peau tenait à un retour aux sources ?

Toujours plus d’ingrédients complexes dans la composition de nos produits de beauté. Et si nous conservions que l'essentiel ?
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Signe avant-coureur de cette aspiration à davantage de simplicité, le come-back spectaculaire sur le devant de la scène cosmétique de l’huile, un produit à la fois ancestral et basique dont on ne cesse de redécouvrir les propriétés. Au croisement de la consommation intelligente, de l’efficacité, de l’authenticité et du plaisir, elle a fait bondir les ventes du segment démaquillage et s’installe avec un succès croissant sur celui du soin cheveux. Un engouement qui ne surprend pas le moins du monde Pascale Brousse, consultante en bien-être et fondatrice de l’agence prospective Trend Sourcing : “L’industrie cosmétique a longtemps été dominée par l’idée que, pour être efficace, un produit devait forcément avoir fait l’objet de nombreux brevets et être composé d’actifs high-tech. C’était le règne de la science, qui seule semblait pouvoir rendre les formules crédibles. Mais entre surenchère, promesses non tenues et complexification des gestuelles, les femmes ont fini par se lasser et sont naturellement revenues vers une forme d’épure.” Pour se débarrasser du superflu, elles se sont ainsi tournées vers des marques aux gammes plus courtes, proposant des listes d’ingrédients réduites, des packagings épurés et des messages simplifiés. “Mais sobre ne veut pas dire moins efficace”, constate Michèle Evrard, fondatrice de la marque Cosmetics 27. “Pour moi, la beauté doit être préventive et naturelle. À travers mes soins, je cherche à apporter des réponses pointues et adaptées basées sur le principe de l’homéostasie, cette capacité de l’organisme à s’auto-équilibrer.” Résultat, onze produits formulés avec un minimum d’ingrédients, où les matières inertes issues de la pétrochimie sont exclues et “qui disent ce qu’ils font”.

Une philosophie également adoptée par de nombreuses marques convaincues que le stress, la pollution et la banalisation des procédures esthétiques rendent la peau plus irritable et qu’il faut limiter les facteurs de risque en éliminant au maximum les parfums, les conservateurs et les tensioactifs. “Le nombre de personnes déclarant avoir la peau sensible ne cesse d’augmenter”, confirme le Dr Élisabeth Briand, directrice recherche et développement de la marque Skintifique, “ce qui est notamment dû à une exposition continue à des facteurs irritants. Les marques comme la nôtre ont pris le parti de ne sélectionner que des ingrédients actifs ayant démontré leur douceur pour éviter les formules à rallonge potentiellement agressives. Car moins il y a d’ingrédients dans le produit, moins vous avez de chances de tomber sur des ingrédients néfastes pour votre peau ou votre santé.” Cette analyse incontestable a d’ailleurs totalement transformé le segment du vernis à ongles. Il y a encore une dizaine d’années, les laques affichaient sans complexe des formules au phtalate de dibutyle (utilisé comme agent fi lmogène pour donner sa souplesse au vernis et l’empêcher de craqueler, mais fortement suspecté d’être un perturbateur endocrinien), au toluène (un neurotoxique) ou encore au formaldéhyde (potentiellement cancérigène). Quant à l’acrylate, réputé pour sa capacité à créer un fini brillant, il était surveillé de longue date par les dermatologues à cause de son fort pouvoir irritant. Actuellement, les trois premiers composants cités, connus sous le nom de Big 3, sont encore utilisés car difficiles à remplacer. Pourtant, l’alternative aux abus de chimie existe bel et bien, comme le professe Christian David, cofondateur de la marque de vernis verte Kure Bazaar, qui revendique 85 % d’ingrédients végétaux : “Nous avons par exemple remplacé le solvant, généralement issu de la pétrochimie mais indispensable pour lier les composants, par une distillation végétale.” Une nouvelle façon de penser la cosmétique observée de près par les grands groupes, qui revoient activement leur copie afin de proposer davantage de transparence, de créer des vernis plus safe mais aussi des produits de soin simplifiés et multi-usages, voire de lancer des kits DIY, comme on a pu le voir récemment chez la marque bio Sanoflore, propriété de L’Oréal.

Photographie par Pauline Caranton

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