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La fabrication des imaginaires sur l’immigration

En prise avec les questionnements sociétaux cruciaux, le Musée de l’Histoire de l’immigration poursuit sa série d’expositions visant à explorer, via un solide travail scientifique, les différentes facettes des immigrations qui, dès la fin du XIXe siècle et au gré des colonisations, ont imprégné l’Europe. La Grande-Bretagne et la France, ex-empires coloniaux, ont dès le début des années 1960 été confrontés au prisme de la décolonisation. Benjamin Stora, historien et président du conseil d’orientation du Palais de la Porte Dorée nous éclaire sur le sujet. Une exposition à ne pas manquer, tenue dans l’un des édifices les plus intéressants de la capitale.
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“Dès les années 1960, la France et la Grande-Bretagne entament une période de forte croissance économique et font appel à une main d’œuvre immigrée en provenance des anciennes colonies, notamment dans les industries en déclin et les services publics. La vulnérabilité des populations immigrées contraste avec les bénéfices de la société de consommation. Si les conflits de la décolonisation ont eu des développements différents en France et Grande-Bretagne (au cœur des traumatismes, la guerre d’Algérie pour l’une et la partition de l’Inde pour l’autre), l’exposition montre que ces pays partagent un même processus de fabrication des imaginaires sur l’immigration et de ‘mémoires de revanche’. Le paradoxe est identique : ces migrations sont économiquement souhaitées mais politiquement refoulées. La fin des empires façonne ainsi des représentations autour des peurs de l’étranger. L’exposition compare deux histoires urbaines dont les voies sont inversées. La relation entre centre et périphérie engage des processus de paupérisation opposés : à Londres, la ségrégation touche les quartiers centraux alors qu’à Paris, c’est surtout la banlieue des grands ensembles. Ces zones de relégation de l’immigration vont être le théâtre, dès les années 1960, des révoltes contre la pauvreté, les violences et les discriminations. Mais aussi des espaces alternatifs animés par des artistes marginaux où des cultures underground se mêlent aux cultures immigrées. Londres précède Paris d’une décennie. Les affrontements de la jeunesse contre les violences subies y engendrent un militantisme qui va investir la musique comme canal principal des luttes urbaines. Il faut attendre la fin des années 1970 pour que Paris emboîte le pas en tissant des liens avec Londres. L’exposition “Paris-Londres. Music Migrations 1962-1989” propose un premier inventaire des recherches sur l’histoire des migrations à l’échelle des quartiers et des réalités quotidiennes. Observer ces infraterritoires nous éloigne des généralisations et des clichés.”


Paris-Londres, Music Migrations 1962-1989”,
Palais de la Porte dorée - Musée de l’Histoire de l’immigration,
293, Avenue Daumesnil, 75012 Paris
jusqu'au 5 janvier 2020.

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