L'Officiel Art

Claude Viallat investit la Venet Foundation

Devenue l’un des rendez-vous-clés des parcours estivaux artistiques, la Venet Foundation, en Provence, accueille, dans un éblouissement de couleurs, une exposition des bâches peintes de Claude Viallat. Rencontre avec le directeur du lieu, Alexandre Devals.
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L’OFFICIEL ART : Depuis 2014, la Venet Foundation accueille des expositions annuelles autour d'une programmation des grands noms de l'art français et international, quel regard portez-vous sur ces six années d'activité ?

ALEXANDRE DEVALS : J’oscille entre l’allégresse et l’insatisfaction. Puisque vous m’y incitez, je me rappelle de la fébrilité qui était la nôtre avant chaque projet. Nous n’imaginions pas la première année que des institutions comme le Tinguely Museum et le Mamac, ou des Estates comme Fred Sandback ou Yves Klein nous fassent confiance. Lorsque nous avons inauguré la fondation en construisant la première architecture de Frank Stella, nous ne pouvions pas concevoir que deux ans plus tard nous construirions un Skyspace de James Turrell en pendant. Nous avons progressé dans l’accueil des publics, mais il reste beaucoup à faire. Nous voudrions développer les publications liées aux expositions… Notre fonctionnement est encore assez artisanal, ce qui fait son charme par ailleurs. Nous avons pu montrer une diversité d’artistes avec un même niveau de qualité, les faire découvrir aux publics locaux et renouveler le regard sur leur travail pour les amateurs internationaux qui nous rendent visite. A cet égard, l’exposition de Claude Viallat joue son rôle.

L'exposition consacrée à Claude Viallat porte un éclairage sur un ensemble d'une vingtaine d’œuvres réalisées à partir de la fin des années 1970 sur des bâches militaires : quelle est la genèse de cette série et comment s'inscrit-elle dans la production de l'artiste ?

A la fin des années 1970, Jean-Louis Froment invite Claude Viallat à investir l'espace immense du CAPC et lui demande sur quel matériau il rêverait de travailler. Viallat répond “une tente de cirque”, Froment lui envoie un camion de bâches militaires. D'abord déconcerté par la couleur très connotée, il recouvre totalement la bâche de peinture. Puis il se souvient des dessins du fauve avignonnais Auguste Chabaud sur des papiers de boucherie, des papiers verdâtres, et s'autorise à se réapproprier cette couleur. En découlent une série d’œuvres d’une puissance visuelle inédite dans laquelle Viallat généralise l’usage de la polychromie, les registres faisant danser sa forme dans tous les sens, on y redécouvre la puissance de Viallat comme peintre et coloriste dans des grands formats à faire pâlir les Américains. C’est cette série du CAPC que nous montrons. Elle intervient presque quinze ans après l’apparition de sa forme, le temps d’absorber l’avant-garde, et offre une rupture vers une libération formelle et chromatique que l’on peut observer chez nombre de ses contemporains : Frank Stella, Sol LeWitt, François Morellet, Daniel Buren, Bernar Venet…

 

Inscrites dans un domaine de 5 hectares, les œuvres de Bernar Venet et des artistes dont il a, au fil des années, collectionné les œuvres, trouvent ici un écrin rare pour s'exprimer pleinement : comment cette collection a-t-elle évolué, quels sont projets pour sa mise en valeur ? 

La collection dont le socle a été constitué dans les années 1960 et 1970 auprès des amis de Bernar Venet – artistes de sa génération – a été considérablement étoffée depuis cinq ans, notamment au gré des acquisitions de terrain. Nous avons ainsi pu dédier la rive droite de la Nartuby à la collection constituée, compléter les ensembles que nous avions de Robert Morris, Richard Long, Sol LeWitt... et développer la collection avec des œuvres de Larry Bell créées pour la Fondation, Philip King, Richard Deacon... La Fondation se déploie maintenant sur 6 hectares. L’expansion se poursuit…

 


VENET FOUNDATION, “Claude Viallat”, jusqu'au 13 septembre, Le Muy.

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