PHILANTHROPIE

Le sanctuaire des éléphants

Au cœur de la réserve nationale de Samburu, au Kenya, Tiffany & Co. et la campagne #KnotOnMyPlanet aident le Elephant Crisis Fund à assurer la survie des pachydermes tout en se battant pour mettre un terme au commerce mondial de l’ivoire.
Reading time 9 minutes

C’est le début de l’après-midi, en mars dernier, et mon guide, David Daballen, me dit calmement, mais fermement, de ne plus bouger. À une trentaine de mètres devant nous, une grande éléphante s’est arrêtée, sa trompe incurvée nous renifle. Elle adopte une posture qui reflète à la fois la curiosité et la méfiance: les oreilles en avant, tout le poids de son corps vers nous. Et pour une bonne raison. Derrière elle, un troupeau d’une quinzaine d’éléphants – parmi eux des bébés – passe à l’ombre d’un bosquet d’acacias feuillus et de kigelia pour se diriger vers un point d’eau à proximité, soulevant des nuages de poussière couleur rouille. À part le craquement des branches sèches sous leurs pattes et le bruit de leur respiration, le troupeau passe devant nous dans un silence surprenant. Alors que la queue de ce cortège approche, la grande femelle se détourne rejoignant le groupe dans sa promenade et mettant fin à notre confrontation. Avec une profonde inspiration, sans doute la première depuis la rencontre avec le troupeau, je me tourne vers Daballen qui me demande avec un grand sourire: “N’était-ce pas remarquable?”, je réponds sidéré “plutôt inoubliable !”

LA MENACE DES BRACONNIERS

Jusqu’à ce que vous ayez vu un éléphant de près et capté son regard, observé la tendresse entre une mère et son petit ou regardé un troupeau passer gracieusement à travers l’étendue sauvage d’une savane aux couleurs dorées, il est difficile de réconcilier l’image de la créature que nous avons appris à connaître dans la culture populaire avec un animal vivant. Rencontrer un éléphant dans la nature pour la première fois ne va pas sans faire naître un sentiment d’incrédulité, un choc qui accompagne l’observation réelle d’un animal longtemps aimé mais jamais vu. Et pour des groupes de protection de la nature comme Save the Elephants, cette révélation est exactement l’objectif.

Fondée par le zoologue et expert en éléphants Iain Douglas-Hamilton en 1993, l’ONG Save the Elephants (STE) mène des recherches appr fondies sur une population d’environ 900 éléphants de la réserve nationale de Samburu, située sur les rives de la rivière Ewaso Ng’iro au centre du Kenya. Pionnier dans son domaine, Douglas-Hamilton est reconnu comme l’un des premiers à avoir sonné l’alarme concernant les effets dévastateurs du braconnage de l’ivoire sur les populations d’éléphants en Afrique. Ses recherches de 1979 à 1989 ont contribué à l’interdiction mondiale du commerce de l’ivoire. Et tandis que de nombreux progrès ont été accomplis pour lutter contre le commerce de l’ivoire sur le marché noir, les décès causés par le braconnage constituent toujours une menace sérieuse pour les populations d’éléphants du continent africain.

Un simple coup d’œil sur les statistiques relatives à la mortalité des éléphants révèle l’ampleur du problème. Entre 2007 et 2015, la population totale des éléphants en Afrique a diminué de 110 000 individus. Certaines données de recensement plus récentes suggèrent que la population d’éléphants d’Afrique a diminué de 30 % entre 2007 et 2014. Dans les réserves et les parcs africains les chiffres sont tout aussi alarmants. Le parc national de Gambra, en Répu- blique démocratique du Congo, a vu sa population passer d’environ 10 000 éléphants au début des années 1990 à un peu plus de 1000 aujourd’hui. Au Tchad, le parc national de Zakouma a vu sa population d’éléphants baisser à environ 450, contre 5 000 recensés en 2002. Et la menace que représentent les braconniers pour les éléphants s’étend également à ceux qui veulent les protéger. En 2017, Wayne Lotter, écologiste de premier plan et cofondateur de PAMS, une ONG basée en Tanzanie responsable de l’organisation des e orts de lutte contre le braconnage dans le pays, a été abattu alors qu’il se dirigeait vers Dar es Salaam, la capitale. Et, bien que d’importants progrès aient été réalisés pour couper à sa source la demande d’ivoire en Chine et au Japon – la Chine interdit désormais la vente d’ivoire –, il existe toujours un marché noir florissant en Asie du Sud-Est, notamment dans les pays qui composent le Triangle d’Or, comme le Vietnam, le Laos et Myanmar.

CHANGER LES PERCEPTIONS

Ces dernières années, STE a adopté une approche unique dans sa mission de protection des éléphants, une approche qui fait appel au monde de la mode et aux célébrités pour aider à transmettre son message aux consommateurs potentiels d’ivoire. Avec le Wildlife Conservation Network, STE a aidé à fonder le Elephant Crisis Fund qui distribue des subventions aux organisations qui sont en première ligne sur le terrain, comme PAMS. Le joaillier américain Tiffany & Co. est un partenaire clé du Elephant Crisis Fund et lui reverse 100 % des bénéfices de sa collection “Save the Wild”. Dans le cadre de la campagne #KnotOnMyPlanet, avec des ambassadrices prestigieuses telles que Cara Delevingne, Doutzen Kroes ou Naomi Campbell, Tiffany a permis de récolter des fonds qui permettent à plus de 70 ONG d’effecteur leur travail.

Mon guide David Daballen, qui est aussi le chef des opérations de STE sur le terrain, est le mieux placé pour comprendre l’impact du nancement de Tiffany. En surveillant les éléphants à l’état sauvage, en s’en approchant le plus possible, Daballen est en première ligne de la mission de STE. “Le soutien économique de Tiffany”, ajoute-t-il, “ainsi que leur capacité à faire passer le message dans le monde entier, apporte un soulagement énorme, car plus de gens sont au courant, plus de gens sont éduqués en ce qui concerne la faune, mieux ce sera.” Pour Douglas- Hamilton, le soutien de Tiffany est essentiel au succès du programme de conservation des éléphants qu’il a fondé.“Sans l’aide de Tiffany”, me confie-t-il un après-midi dans notre camp de base en plein milieu de la savane, “beaucoup de choses que nous avons accomplies aujourd’hui n’auraient pas été possibles.”

Une autre initiative de STE, en partenariat avec Tiffany, et la campagne #KnotOnMyPlanet qui consiste à amener des influenceurs, des célébrités et des mannequins venus d’Asie à créer du contenu axé sur les éléphants documentant des expériences concrètes dans le but de changer la perception du commerce de l’ivoire pour une nouvelle génération de consommateurs potentiels en Asie. Lors de mon voyage à Samburu, le président de STE, Frank Pope, et sa femme Saba Douglas-Hamilton, la fille de Iain, ont accueilli un acteur chinois de premier plan et une influenceuse et mannequin très populaire au Japon, orchestrant des séances de photos dans la nature et organisant des survols aériens pour recenser les populations d’éléphants ainsi que des visites des installations de STE.

Un soir, lors d’un repas organisé dans le lit asséché de la rivière Ewaso Ng’iro, près du Elephant Watch Camp – un lodge écologique accueillant les visiteurs de la réserve et fondé par Oria Douglas- Hamilton, la matriarche du clan –, Saba discute de l’importance de ces échanges culturels et du pouvoir qu’ils ont de modifier la perception du commerce de l’ivoire. “Grâce à l’interaction avec les éléphants”, explique-t-elle, “ces animaux deviennent très réels pour les personnes qui les rencontrent.” Selon elle, le but est de tracer une ligne directe entre l’ivoire qui est vendu et l’animal vivant et de dissuader les gens d’acheter le produit de la contrebande. Si des personnalités influentes en Chine ou au Japon soutiennent l’interdiction de l’achat d’ivoire, on espère que leurs légions de fans feront de même.

Certes, il reste encore beaucoup à faire pour assurer la survie et la protection de la population d’éléphants en Afrique. Face aux menaces qui pèsent de plus en plus du fait l’expansion des communautés locales sur des habitats autrefois sauvages – résultat de la croissance de la population –, le danger que les éléphants encourent reste encore très présent dans l’esprit des militants écologistes. Et pourtant, parler avec des membres du STE ne décourage pas sur l’avenir des éléphants. De fait, leur dévouement incroyable et leur détermination profonde pour leur mission sont palpables tout comme, ce qui est peut-être encore plus frappant, leur gratitude de pouvoir partager la vie de si remarquables créatures.

Tiffany Save the Wild x L'Officiel

Articles associés

Recommandé pour vous