4 nez qui bousculent l'industrie du parfum
Hommes

4 nez qui bousculent l'industrie du parfum

Ils n’aiment que les jus dissonants ou impressionnistes, pas les sent-bon prévisibles, tirés à quatre épingles. Anatomie de la parfumerie contemporaine à travers quatre nez frondeurs qui bousculent une industrie à la papa.
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Bertrand Duchaufour.

Bertrand Duchaufour
Accords et désaccords

Ne vous fiez pas à son apparente réserve ! Mi-saltimbanque mi-alchimiste, ce styliste signe partout, tout le temps, pour L’Artisan Parfumeur, Penhaligon’s, Frapin, The Different Company, Aedes de Venustas (rien que des marques de niche). Au diable la prudence dans la création, bonjour l’excitateur d’imaginaire ! Il aurait pu faire sienne la phrase de Maurice Roger, alors président des parfums Dior : “Moins de tests et plus de testicules.” Après les chocs esthétiques des parfums “Avignon” (Comme des Garçons) et “Timbuktu” (L’Artisan Parfumeur), ce parfumeur indépendant trimballe son amour pour les notes résineuses, boiséesambrées et le patchouli un peu partout sur la planète parfum. S’il est tant demandé, c’est que sa parfumerie est un mix incandescent de virilité et de grâce. Ce styliste-né, collectionneur d’art primitif, qui ne dédaigne pas la difficulté, n’aime rien tant que les parfums sous haute tension et les accords classiques délurés.

Antoine Lie .

Antoine Lie
Hot stuff

Il s’est fait connaître en composant un parfum intitulé “Sécrétions Magnifiques”, sorte de beautiful chaos qui aurait pu le laisser au tapis pour longtemps. Imaginez : un parfum à odeur de sperme et de sang ! Avec sa gouaille tranquille, ce dandy au look de rock star a intégré le laboratoire japonais Takasago, plus conforme à ses envies d’audace. C’est que ce compositeur fantasque et facétieux dédaigne les extases vaporeuses, préférant les accords coup de poing et les beuveries olfactives. Il adore les notes animales et les parfums hypersexués qui font irruption dans une pièce, ceux qui ne vous laissent pas le temps de vous retourner et prennent le pouvoir instantanément. Que ce soit “Hyperbole” pour Courrèges (la provocation d’un tabac au féminin) et “Bruma” pour Cire Trudon (clair obscur charnel composé comme un conte), il n’y a décidément pas de faux-semblants chez ce parfumeur brut de décoffrage. Si l’histrion a bien grandi, il ne s’est heureusement pas assagi : il ose toujours les mariages impossibles, les télescopages olfactifs et on trouve toujours plus de vitriol que d’eau de rose dans ses compositions.

Christophe Laudamiel .

Christophe Laudamiel
L’art et la matière

Si certains en sont encore à se demander si le parfumeur est un artiste, il en est un qui a répondu depuis longtemps à cette question. Ce garçon au look techno punk – mi-Arturo Brachetti mi François Bégaudeau – adore casser les règles juste pour la beauté du geste. Ce Clermontois pur jus se balade allègrement sur la marge du métier, quelque part entre le Berghain, temple de la techno berlinoise, et le Guggenheim de New York, où il a créé “Green Aria”, opéra olfactif diffusé dans le noir où tout passait par les oreilles et le nez (les spectateurs recevaient 33 bouffées parfumées en provenance d’un orgue à parfums conçu pour l’occasion, chacune incarnant un personnage). Esprit fondeur, ce parfumeur formé chez IFF (multinationale américaine du parfum) est représenté par les galeries Dillon + Lee à New York et Mianki à Berlin. Creusant seul dans son coin son sillon arty, il vient de lancer The Zoo, sa marque d’auteur qui propose au client d’acheter le même parfum sous deux noms différents, histoire de démontrer le pouvoir des mots sur l’odeur. Marqué au sceau de la subversion, son travail a été distingué en 2017 par l’Institute of Art and Olfaction, centre d’art de Los Angeles.

Geza Schoen.

Geza Schoen
Punk parfumeur

Il est Allemand et vit à Berlin, loin des centres de création du parfum que sont Paris et New York. Parce qu’il croit que le parfum fait partie intégrante de la pop culture. Désinvolture arty et sourire d’adolescent à perpétuité, Geza Schoen est passé du rang d’outsider à celui de star en lançant en 2005 son étonnante marque alternative Escentric Molecules, entre expérimentation et manifeste. Au moment où toute l’industrie avait honte de la chimie, lui la revendiquait et brandissait bien haut les molécules de synthèse belles et bizarres qui ont offert l’abstraction à la parfumerie. Il ajoutait ainsi une dose de street style à un univers compassé. Après avoir composé l’odeur de la femelle du troll (“L’Eau de Trollette”) pour la Biennale de Venise et lancé un projet à trois parfumeurs (avec ses deux potes Mark Buxton et Bertrand Duchaufour) intitulé “The Renegades”, genre de western olfactif où ces outlaws de la création osent à peu près tout, il propose ce mois-ci une nouvelle collection hommage à l’intelligence et à la créativité des femmes : “The Beautiful Mind Series”, sorte de claque aux égéries Sois-belle-et-tais-toi de l’industrie.

Illustration par Chiara Terraneo

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