Femmes

Carlotta Kohl : "J’explore les thèmes du sexe, du désir et du corps-objet"

by Saintbarth
25.04.2017
Connue pour ses autoportraits, Carlotta Kohl a toutefois accepté de nous céder le contrôle et de jouer les muses pour nous à la villa mythique Vue de Rêve où les Kennedy ont séjourné.

Photographies : Edouard Plongeon 

Parlez-nous un peu de vous. Qu’est-ce qui vous a donné envie de commencer à prendre des photos ?
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Carlotta Kohl: Mon père était un photographe de talent, et ma mère, un mannequin des années 1980- 90. Elle a travaillé avec des photographes géniaux comme Paolo Roversi, Herb Ritts, Horst P. Horst, et a souvent posé pour Helmut Newton. J’ai grandi entourée de photos. J’aimais la manière dont une photo pouvait parler directement à mes émotions. C’est presque comme ressentir de la nostalgie pour des expériences que l’on n’a pas vécues. La photographie est un langage complexe. J’ai commencé à prendre des photos pour représenter ce que je voulais voir – un flou entre le fantasme et la réalité centré sur un sentiment. 

De quoi parle votre travail ?
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J’explore les thèmes du sexe, du désir et du corps comme objet. Je suis obsédée par la nudité et ce que cela peut signifier. Ce qui fait que quelque chose est nu ou dénudé, pur ou sexuel ? Je trouve cette dialectique fascinante et c’est quelque chose qui m’attire depuis mon plus jeune âge. Mon travail paraît souvent doux en surface, innocent, rose bonbon, mais quand on creuse un peu on découvre des thèmes très chargés émotionnellement, de l’agressivité, de la colère. Mon travail est une réaction au regard étroit de la société. C’est une tentative de subvertir les clichés et de révéler des vérités plus profondes concernant l’expérience féminine.

Vous peignez également...

J’ai fait une école de photo parce que je voulais en faire mon métier. Avec le temps, je me suis sentie très frustrée par mon travail. Tout me paraissait si technique et distant. Je voulais vraiment que mon ressenti puisse s’exprimer physiquement. Toucher, modeler. Pour moi, on a un plus grand sens de la connectivité de l’art quand on utilise ses mains. C’est comme ça que j’ai commencé à travailler l’encaustique. C’est une expérience très cathartique de faire quelque chose avec ses mains. Chaque coup de pinceau, chaque coulure vous appartient. Vous avez entièrement le contrôle. Quand je fais ces peintures c’est une expérience très personnelle. Je suis seule, dans un garage à Long Island. La cire étant un médium très capricieux, je dois prendre des décisions très rapides et, du coup, même là je n’ai plus complètement le contrôle. On abandonne le contrôle et on trouve comment le récupérer. C’est ce va et viens qui rend les choses excitantes. Je suis sans cesse en train d’apprendre quelque chose sur le médium et sur moi-même. 

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On vous commande des autoportraits, parlez-nous de cette pratique. En quoi est-ce différent de poser pour quelqu’un d’autre ?

C’est une expérience de la vulnérabilité. C’est quelque chose qui demande un abandon total. Je ne supporte pas qu’il y ait des spectateurs, ça me met trop mal à l’aise. Comme j’ai le contrôle, je décide de la manière dont je veux me présenter au monde et ça, en soi, c’est très empowering. Cela dit, c’est intéressant parce que même si on a l’impression d’avoir le contrôle créatif absolu, il y a des limites. Je dois travailler avec un tripode, donc ce n’est pas facile d’essayer différents angles de vue ou de nouvelles compositions. À chaque fois que je veux essayer quelque chose de différent, je dois tout réinstaller. Je ne peux pas voir ce qui se passe dans l’objectif pendant que je shoote, donc je fais des allers-retours pour regarder et ajuster en conséquence. Mais quand quelque chose commence à marcher c’est très excitant, on peut voir que la photo est presque là, presque actualisée. Quand on arrive à ce stade, c’est très gratifiant. Quand on me prend en photo, je me prête à la vision de l’artiste. Je n’ai pas vraiment mon mot à dire sur le plan créatif. Mais ça a aussi sa beauté. On essaye susciter quelque chose chez le photographe qui lui fasse déclencher l’appareil. 

Quel est votre meilleur souvenir de St Barth ?
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C’est certainement la plage de Saline. Quand mes amis et moi jouions dans les vagues, je me suis sentie transportée en enfance. C’était notre petit coin de paradis, c’était du pur bonheur. J’ai aussi bien aimé nos soirées à l’Eden Rock. La nourriture était excellente et la compagnie exceptionnelle. 

Vous avez été photographiée dans la villa où les Kennedy ont séjourné, quelles ont été vos impressions ?
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Absolument époustouflant. La villa est remarquable. Où que je regarde, je voyais quelque chose magnique. J’adore les grands panoramas. Je pense que c’est important pour les humains de voir l’horizon. C’est important pour notre bien-être. La villa en elle-même était très agréable à vivre. Elle donnait une impression à la fois accueillante et extravagante. 

Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans votre vie ?

Ils sont formidables pour de multiples raisons. C’est un débouché pour moi – une possibilité de m’exprimer et de partager mon message. C’est une plateforme qui permet de communiquer directement avec son public sans intermédiaire et ça, c’est quelque chose de très puissant. Ce que j’ai à dire n’a besoin de passer par personne d’autre, n’a pas besoin d’être approuvé ni édité. Et puis il y a plein de gens qui m’inspirent beaucoup sur Instagram. C’est fascinant de voir comment certaines personnes voient le monde. 

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