Femmes

Faut-il croire au Made in England ?

by Mathilde Berthier
02.06.2017
Mastodonte de la mode au succès croissant, Mulberry a su préserver sa cellule familiale, et emploie aujourd'hui 600 artisans dans ses fabriques du Somerset. Rencontre avec l'autre "craftman" de la maison : son directeur artistique, Johnny Coca.

En quoi Mulberry est-il un porte-drapeau du Made in England ?

Quand on explique à nos clients que Mulberry emploie 600 personnes dans deux usines en Angleterre, ils s'étonnent toujours. La majeure partie des maisons anglaises produit à l'étranger, car le coût minute est moins cher. Alors pourquoi rester en Angleterre ? Notre raison d'être, en tant que marque anglaise née dans le countryside, c'est de développer et de protéger notre production en interne. Il y a quatre ans, Clarks a vendu son usine du Somerset, et ses employés se sont retrouvés au chômage. Mulberry a racheté l'usine et a trouvé un système pour garder les ouvriers Clarks, et les former à ses techniques.

Qu'est-ce qui distingue votre savoir-faire ?

Je suis arrivé chez Mulberry après avoir travaillé en Italie, puis en France, chez Céline... Même si la manière de faire est plus ou moins la même d'un pays à un autre, il y a un "process" propre à nos artisans du Somerset. C'est toute une éducation, une tradition familiale qui se transmet de mère en fils, de père en fille... Ces gens ont façonné eux-mêmes leur art, et ils le perpétuent.

"Quand on parle de mode britannique, on évoque ses grands noms...mais pas forcément son savoir-faire."

Quelle relation entretenez-vous avec vos artisans ?

Une relation d’échange constant. On discute et on essaie de trouver des solutions en direct, aussi bien en termes de design, qu’en termes de faisabilité et de coût. Il y a une vraie proximité entre le pôle création à Londres et les usines du Somerset. À l’atelier, mon équipe et moi-même pouvons expérimenter et faire ce que nous voulons à n’importe quel moment. Cette flexibilité est utopique quand on travaille avec des sous-traitants.

Depuis trois ans, Mulberry s’investit dans la London Craft Week... Une nouvelle London Fashion Week ?

Cette Craft Week ne concerne pas que la mode, elle met en avant tous les secteurs de l’artisanat local : la gastronomie, l’automobile, le design d’intérieur... Certains corps de métier typiquement anglais sont peu connus et valorisés à l’international. Je pense à toutes ces usines qui fabriquent du tissu Prince de Galles, le "Check", comme à l’époque ! Et puis quand on parle de mode britannique, on évoque ses grands noms, McQueen, Westwood, Galliano…mais pas forcément son savoir-faire.

Qui tient la barre chez Mulberry : la mode ou l’artisanat ?

Le souci du "bien fait" doit être omniprésent. Nous devons toujours trouver le fournisseur juste, parfois en France pour les bijoux, parfois en Italie pour les souliers, dans nos usines pour les sacs... En même temps, il faut réfléchir à comment utiliser ces techniques pour rendre le produit différent, beau et utile à la fois. Il ne faut pas dessiner pour dessiner, mais penser à l’attitude. La mode et l’artisanat sont inextricables.

www.mulberry.com

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