Femmes

Charli XCX : "Je crois que l’on naît pour rencontrer certaines personnes"

Elle nous avait prévenus : “I don’t care”, lance-t-elle dans le tube qui lui a donné sa renommée internationale. Dix ans de carrière, deux albums et pléthore de collaborations plus tard, la Britannique de 27 ans revient avec Charli, une œuvre brute et assumée. Rencontre.
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Photographie par Hannah Diamond
Stylisme par Lauren Anne Groves
Coiffure par Nicole Kahlani
Makeup par Danielle Kahlani

“J’aime quand c’est fiévreux”, dit Charli XCX. Par cette chaude journée de juin, dans un studio photo du nord de Londres, cinq personnes s’affairent autour de la pop star. Elle s’apprête à poser pour Hannah Diamond, chanteuse et photographe de talent (c’est elle qui a tiré le portrait d’Offset pour le Jalouse d’avril). Les deux artistes se connaissent bien. Elles ont travaillé ensemble sur le titre Paradise sorti en 2015 sur l’EP Vroom Vroom de Charli, un tournant électronique et underground dans la carrière de l’artiste qui signait jusque-là des titres taillés pour la scène pop mainstream internationale. On lui doit notamment les tubes I Love It, écrit pour et interprété avec le duo féminin suédois Icona Pop en 2012 (I don’t care, I love it, pour le refrain entêtant), et Fancy, en 2014, en featuring avec la rappeuse australienne Iggy Azalea.

 

Lizzo, Miley Cyrus et Mykki Blanco en collab’

Charli XCX a beau être née en 1992, elle a déjà une longue carrière derrière elle. Si longue que c’est sur MySpace qu’elle a été repérée par un organisateur de raves qui l’invite à faire ses premières scènes dans les soirées wharehouse londoniennes. Nous sommes en 2008 et Charlotte Emma Aitchison, déjà connue sous le nom Charli XCX sur les réseaux, a 14 ans. “Je faisais des beats sur un clavier. C’était du trashy bubblegum rap beats, tente-t-elle de décrire. Je ne sais pas vraiment, c’était mauvais !” Les raves ouvrent son imaginaire. “J’ai grandi à la campagne, je ne connaissais pas la culture club ou gay, la mode. Quand je suis arrivée dans ces soirées-là, je me suis sentie totalement immergée et inspirée.”

“Je m’en fiche d’être une pop star, je m’en fiche d’avoir les lumières braquées sur moi, de chanter des chansons qui vont passer à la radio."

Deux albums et quelques mixtapes plus tard, elle sort ce 13 septembre Charli, un album exigeant et aventureux, qui navigue sans effort entre titre dance trap et expérimental, hymnes pop synthétiques, ballades épurées ou featurings rap. Une approche assumée qui révèle le goût de l’artiste pour une pop osée. “Je m’en fiche d’être une pop star, je m’en fiche d’avoir les lumières braquées sur moi, de chanter des chansons qui vont passer à la radio. Ce qui m’importe c’est de créer une atmosphère que tu n’oublieras jamais, être brute”, dit-elle, dans l’esprit qui a guidé son album. “Mon show sera le plus rave que je n’ai jamais fait”, annonce-t-elle. Dans une tradition des featurings bien choisis, elle invite sur Charli une short list de cette vague pop inventive : Christine and The Queen (“nous avons passé une semaine avec les Français au studio, la plus chaleureuse, raconte-t- elle. Beaucoup de pâtisseries, de vin et de cigarettes”), Sky Ferreira, le rappeur estonien Tommy Cash, la rappeuse Cupcakke, ou encore Lizzo, dont le dernier album, Cuz I Love You, un concentré d’énergie et de soul, a bercé plus d’un été. “La plupart ont été faits à distance”, dit-elle.
 

Quelques noms à ajouter à une liste déjà prestigieuse. Parmi les artistes avec lesquels Charli a collaborés, des stars du calibre de Mykki Blanco ou Miley Cyrus. Des cautions plus underground aussi avec Mr. Oizo, Sophie, de PC Music, ou Mura Masa, producteur très en vogue qui a signé des morceaux pour Slowthai, A$AP Rocky ou Damon Albarn. Fait d’arme particulier : elle vient de sortir Spicy avec Diplo, un remix du fameux Wannabe des Spice Girls. Une sortie “par hasard”, explique-t-elle, enregistrée en dix minutes avec son voisin de Los Angeles pour enterrer la hache de guerre d’une relation amicale un brin querelleuse. “Je veux collaborer avec des artistes qui sont vraiment uniques, qui sont les seuls à faire ce qu’ils font, affirme-t- elle. Personne ne peut imiter Sophie, personne n’est une rappeuse aussi féroce que Cupcakke.” Des collaborations fondées sur une relation humaine plutôt que sur un potentiel commercial, développe-t-elle. “Le label n’est pas impliqué dans les décisions que je prends pour ma musique. Je travaille avec les gens parce qu’ils m’inspirent, pas parce qu’ils vont m’aider à avoir des streams, ce qui est désormais la base de beaucoup de collaborations.”

Un girl power certain aussi pour celle qui collabore principalement avec des femmes, a réalisé un documentaire sur le féminisme, The F-Word and Me, pour la BBC, a sorti une mixtape au casting entièrement féminin, Number 1 Angel, et manage désormais le groupe féminin Nasty Cherry. “Je suis attirée par les femmes. Quand j’écris des chansons, il y a ce dénominateur commun immédiat. Dans l’industrie de la musique, on passe par les mêmes combats. Les femmes avec lesquelles je collabore sont fortes mais n’ont pas peur de leurs émotions. C’est puissant.”
 

Inspirations Ed Banger et PC Music

Le “I don’t care” de son premier tube semble être un bon mantra pour l’artiste. Dans un paysage pop souvent calibré pour le succès, Charli XCX explore les confins du genre au fil de ses sorties. Après un premier True Romance plutôt mainstream en 2012, elle se risque en terrain plus punk pour Sucker, en 2013. En 2015, elle sort l’EP Vroom Vroom (elle est passionnée de voiture) sur PC Music, un label électronique anglais pointu qui exagère l’esthétique pop dans ses limites les plus artificielles, et dont Hannah Diamond est l’une des figures de proue. Charli XCX s’aventure alors dans des sonorités plus sombres et énervées, emprunte ses samples à Pulp Fiction et pousse le BPM dans des accents eurodance et trap, marques de fabrique du label.

Elle traîne sur les forums quand elle découvre Pink and Blue, de Hannah Diamond, raconte-t-elle : “J’ai trouvé ça tellement bon. C’était le genre de musique que j’essayais de faire quand j’avais 16 ans, sans savoir comment y arriver.” Adolescente, la jeune artiste est inspirée par la house française d’Ed Banger. “C’est la première scène que j’ai trouvée vraiment excitante, dit-elle. Quand j’ai découvert PC Music, j’ai ressenti la même chose. La même excitation face aux possibilités de directions et de sonorités que la pop musique peut emprunter.” Elle embarque A. G. Cook, le fondateur du label, devenu proche collaborateur et avec qui elle a produit Charli. “On s’est tout de suite entendu. Je crois que l’on naît pour rencontrer certaines personnes, A. G. est l’une d’elles pour moi.” Pour l’enregistrement de Charli, dans une maison de Los Angeles transformée en studio, le duo s’enferme pendant trois mois et travaille tête baissée. “Notre travail est émotionnel mais nous n’en parlons pas, nous préférons avancer. Quand tu commences à trop réfléchir dans la pop, tu deviens ennuyeux, tu dis des choses qui ont déjà été dites. Je préfère être instinctive : la première intuition est la bonne.” De la pop brute et audacieuse, on dit oui !

 

Retrouvez ce portrait dans le numéro de Septembre-Octobre de Jalouse.

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