Femmes

Emily Ratajkowski : "une femme peut être tout ce qu'elle désire"

by Mélanie Mendelewitsch
21.04.2017
Objet de tous les fantasmes, Emily Ratajkowski, féministe convaincue, milite pour une re- définition du mot “sexy”. Pour “L’Officiel”, elle nous montre ses deux visages: ultra-hot devant l’objectif de Sam Nixon; madone minimale par l’artiste Torbjørn Rødland. Mais qui est-elle vraiment ?
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Veste en coton et soie, boucles d’oreilles en résine, Giorgio Armani.
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Maillot de bain en coton, Missoni. Collier en or jaune et diamants, Elsa Peretti pour Tiffany & Co.
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Soutien-gorge, écharpe autour de la taille et culotte en soie, Miu Miu.
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Veste en daim et manches en fourrure de renard, short en denim, Marc Jacobs.

“Nue”, c’est le premier mot-clef suggéré après son nom lorsqu’on le tape dans un moteur de recherche. Nue dans la mer turquoise lors de ses dernières vacances au Mexique. Nue et alanguie dans le jacuzzi de sa suite en Grèce. Seins nus aux côtés de Kim Kardashian, avec laquelle elle recrée un selfie miroir topless, majeur en l’air pour protester contre les commentaires sexistes dont la starlette de téléréalité a fait l’objet. Nue encore dans Blurred Lines, le clip de Robin Thicke qui l’a révélée au monde. C’est indéniable, “Emrata”, top du moment et phénomène 2.0, semble posséder une aisance certaine à montrer son corps, elle en a même fait sa marque de fabrique. Des coups d’éclat sous forme de clichés léchés largement relayés par la presse people, jamais avare de titres racoleurs. En revanche, sur son engagement féministe et politique, silence radio, à de rares exceptions près.

“Le terme de ‘sexy’ incarne la beauté, l’affirmation de soi, quelque chose de formidablement féminin qui se doit d’être célébré.”

Épicurienne assumée

Née à Londres de parents américains en 1991, elle s’est imposée en quelques années comme l’une des chefs de file d’une génération consciente et ultra-connectée, qui réécrit les codes des rapports entre femmes et hommes et revendique sa féminité avec force et fierté. Video girl magnétique, maîtresse vénéneuse de Nick Dunne, personnage incarné par Ben Affleck dans Gone Girl, Emily Ratajkowski met tout le monde d’accord : elle séduit évidemment la gent masculine avec son physique hors normes, juste dosage de minceur athlétique et de formes généreuses. Quant aux femmes, elles sont fascinées et inspirées par l’assurance de cette épicurienne assumée à la beauté solaire, qui distille des messages féministes entre deux tutos pour réussir l’autoportrait parfait, quand elle ne dévoile pas les secrets de la routine workout à l’origine de son célèbre ab crack. Carnivore et hédoniste, Emily Ratajkowski revendique son goût pour les pâtisseries et les gros steaks bien saignants. Un véritable vent de fraîcheur au milieu des discours austères et stéréotypés de nombreux tops, condamnés aux régimes draconiens veggie, sans gluten ni lactose et zéro sucre.

Emily Ratajkowski for L'Officiel Paris

Machine à buzz 

Avec douze millions de followers Instagram, cette businesswoman particulièrement douée pour l’autopromotion fait parler d’elle à chacun de ses selfies torrides. Des machines à buzz qui déclenchent des centaines de milliers de likes, et leur lot rituel de commentaires lourds thirsty. Une plateforme qu’elle utilise aussi volontiers pour attirer l’attention de ses abonnés sur les inégalités entre les sexes et les questions sociétales qui agitent son pays. Soutien de Bernie Sanders lors de la dernière élection présidentielle américaine, elle défilait dernièrement avec les opposants au Muslim ban liberticide promulgué par Donald Trump et s’est illustrée à la Women’s March de janvier dernier, où elle arborait une pancarte revendiquant le droit pour les femmes à être “sérieuses, sexuelles et tout ce qu’elles désirent d’autre”. Une fois n’est pas coutume, le 20 février dernier, Emily publiait sur son compte Instagram un cliché plutôt inhabituel : on la découvrait à 12 ans à peine, enfant sage aux cheveux lisses coupés au carré sur un portrait en noir et blanc, vêtue d’un col roulé sans manches comme seules les années 2000 naissantes savaient les créer. “Baby em”, écrivait-elle pour seule légende.

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Top transparent en tulle de soie, boucles d’oreilles en résine, Giorgio Armani. Maillot de bain deux-pièces en Lycra, Emporio Armani.
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Lingerie en maille, boucles d’oreilles “Dio(r)evolution” en métal vieilli, choker “D Porte- Bonheur” en métal vieilli et ruban gros-grain, Dior.

Le sex-appeal comme “empowerment”

Baby Woman, surnom affectueux donné par son père, c’est aussi le titre de l’essai saisissant qu’elle a signé dans Lenny, la newsletter féministe créée par Lena Dunham et Jenni Konner. Un texte intime et puissant qui nous en apprend beaucoup plus que tous les clichés provoc’ sur cette pré-ado de 12 ans, déjà dotée d’un généreux bonnet D, gamine précoce engoncée dans un corps de bombe sexuelle, qui continuait pourtant d’aller chercher le réconfort de sa mère lorsqu’un cauchemar la réveillait en pleine nuit. Dans cette tribune engagée, Emily Ratajkowski aborde l’importance de la réappropriation du corps féminin et impose le sex-appeal comme arme d’empowerment ultime, concepts essentiels à l’heure où le revenge porn, les propos machistes et le slut shaming se banalisent, et ce jusqu’aux plus hautes sphères de l’État américain. Dans ce récit à cœur ouvert, elle revient sur les expériences qui ont façonné la femme qu’elle est devenue, certaines plus traumatisantes que d’autres. À l’image du spectacle de théâtre annuel de son collège : “Je me souviens m’être sentie jolie. Bronzée, je portais du lip gloss, un top rouge par-dessus mon soutien-gorge et une minijupe zippée de chez Forever 21”, témoigne-t-elle. À l’image, aussi, de ce membre de la famille qui fond en larmes lors d’un dîner chez les parents d’Emily, car elle “s’inquiète pour elle, à cause des regards qu’elle suscite chez les hommes”. “Pour moi, le terme de ‘sexy’ incarne la beauté, l’affirmation de soi, quelque chose de formidablement féminin qui se doit d’être célébré, écrit-elle. La plupart des adolescentes se familiarisent avec la notion de ‘sexy’ à travers la pornographie ou des images ‘photoshopées’ de célébrités. Est-ce le seul exemple de femmes sexuées que nous pouvons transmettre aux jeunes filles de notre génération ? Où peuvent-elles observer des femmes qui trouvent leur puissance dans le fait de décider quand et comment elles veulent être sexualisées ?” On a la réponse toute trouvée : sur le compte Instagram d’Emrata, assurément.
 

Instagram : @emrata

Emily Ratajkowski par Torbjørn Rødland 

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Veste en coton mélangé, Escada. Créole en acétate et métal doré, Gas Bijoux. De haut en bas, bagues “Niloticus” et “Attelage d’or” en or rose, Hermès. Collant plumetis en nylon, Calzedonia. Escarpins en cuir, Christian Louboutin.
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Veste à capuche en Lurex brodé, Gucci.
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Blouse en soie, Jun Ashida. Ceinture en cuir vintage. Tim : veste en laine et soie, chemise en coton, Giorgio Armani.
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Robe en soie shantung et lin, Ralph Lauren Collection. Bagues en or jaune, or rose et diamants, Spinelli Kilcollin. De haut en bas, bracelets “Niloticus” et “Attelage d’or” en or rose, Hermès.
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Blouse en soie, Jun Ashida. Boucles d’oreilles vintage. Tim: veste en laine et soie, chemise en coton, Giorgio Armani. Katherine : veste en tweed cousu de fils irisés, Chanel. Collier en métal doré et strass, Elisabetta Franchi.
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Veste en laine et soie brodées, Giorgio Armani. Top en tulle, Tara Jarmon.
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Veste en coton et boots en micro-maille de coton, Fendi.

Photographie par Sam Nixon
Stylisme par Coquito Cassibba
Texte par Mélanie Mendelewitsch
Maquillage par Tamah
Coiffure Ramsell
Assistants photo Tyler Ash et Jason Cook
Assistante stylisme Samantha Rhodes

Avec Katherine Gray et Tim Truman
Stylisme par Jennifer Eymère
Maquillage par John McKay
Coiffure Dennis Gots 
Assistante stylisme Alizée Henot

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