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Peut-on se soigner sans polluer ?

Plus besoin de choisir entre la protection de notre épiderme et celle de l’écosystème : grâce aux cosmétiques responsables et solidaires, on met sa salle de bains au vert.
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Dès le milieu des années 1980, Clarins a posé les prémices d’une beauté plus éthique : partant du principe que sans biodiversité l’industrie cosmétique ne pourrait pas exister, le groupe a décidé de prendre un certain nombre d’engagements axés sur la protection de l’environnement et commencé à pratiquer le sourcing de ses matières premières afin de limiter son impact sur la planète. Depuis, les initiatives se suivent et se multiplient pour concilier développement durable et production de masse : reforestation chez The Body Shop, engagement dans le mouvement “1 % pour la planète” (Caudalie et le groupe Léa Nature reversent ainsi tous les ans 1 % de leur chiffre d’affaires à des associations de préservation de l’environnement) ou encore déodorants compressés chez Unilever, deux fois plus petits mais offrant la même efficacité qu’un déo classique, et qui ont déjà permis d’économiser 27 300 tonnes de CO2 et 1 500 tonnes d’aluminium… Côté recyclage, les choses bougent aussi. Chez Marionnaud, les 515 points de vente de l’Hexagone mettent par exemple régulièrement en place des actions visant à inciter les clients à rapporter leurs produits de beauté vides. Depuis 2016, ce sont ainsi 707 500 flacons de parfums, soit 141 tonnes de verre, et 36 tonnes d’autres déchets plastiques qui ont été collectés et recyclés par Veolia ! Le groupe Yves Rocher, pionnier du développement durable, a quant à lui concentré gels douche et shampooings pour permettre quatre fois plus d’ablutions avec 50 % de plastique et de gaz à effet de serre en moins. Et, bonne nouvelle, la démarche touche aussi bien les produits de base que le secteur du luxe. Après dix ans passés chez L’Oréal, Nicolas Gerlier a ainsi créé en 2016 une marque de rouges à lèvres écoresponsables baptisée La Bouche Rouge qui possède tous les codes de l’excellence artisanale. Réalisé en cuir cousu main, son packaging est rechargeable et allégé en plastiques polluants, sa formule ne contient ni allergènes, ni parfums, ni perturbateurs endocriniens mais propose un service de couleurs totalement sur mesure.

Autre acteur historique de la protection de la planète, le groupe Pierre Fabre œuvre sans relâche pour une prise de conscience écologique et cumule les initiatives vertueuses. Dernier sujet de mobilisation : la protection des océans. Car, si de nombreuses marques s’efforcent aujourd’hui d’augmenter leur niveau de biodégradabilité et ont recours à la chimie verte pour limiter leur impact sur le blanchiment des coraux ou la photosynthèse des microalgues, les dommages sont déjà immenses. Environ 25 000 tonnes de crème solaire seraient ainsi déversées chaque année dans les océans, mettant en danger toute la biosphère aquatique étouffée sous les fi ltres chimiques, les huiles hydromiscibles et les silicones. La parade ? Adopter une crème solaire verte qui respecte les normes d’écotoxicité et de biodégradabilité établies par l’Agence européenne des produits chimiques. Pour Séverine Roullet-Furnemont, directrice développement durable du groupe Pierre Fabre, il est également essentiel d’envisager le cycle de vie du produit dans son ensemble pour limiter son impact sur la planète : “La formulation ou la production ne sont pas les seuls sujets à avoir en tête au moment de la conception”, explique-t-elle. “Nous démarrons notre réflexion par la sélection de la plante, dont les coproduits doivent eux aussi trouver une utilité. Par exemple, concernant le moringa que nous cultivons à Madagascar, nous utilisons les graines tandis que les feuilles sont consommées par la population locale, qui apprend à les cuisiner grâce à des cours que nous donnons sur place. Ensuite, nous avons recours à des procédés de chimie verte (solvants renouvelables, extraction à l’eau…), et nos déchets servent à alimenter des chaudières biomasse pour une empreinte écologique allégée. Pour les packagings, nous employons désormais 50 % de PET recyclé dans les shampooings Klorane dont les formules sont biodégradables. Et nous sommes également très vigilants sur le traitement de nos fournisseurs : nos producteurs de matières premières doivent percevoir un revenu digne et pérenne.” Un exemple à suivre pour tous les acteurs d’un secteur où beauté rime chaque jour davantage avec responsabilité.

Photographie par Betina du Toit

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