Art

Hassan Sharif, rétrospective

by Yamina Benaï
07.04.2017
Il a marqué d’une empreinte pérenne la scène artistique, notamment celle des Emirats arabes unis. Né en Iran (1951), Hassan Sharif a vécu et travaillé à Dubaï jusqu’à sa disparition, en septembre dernier. Pionnier de l’art conceptuel au Moyen-Orient, il fut également précurseur en matière de regard porté sur l’écologie. Avant une monstration à la Biennale de Venise (13 mai-26 novembre), puis à la Sharjah Art Foundation, La Patinoire Royale, à Bruxelles, organise la première grande rétrospective de l’artiste en Europe, sous le commissariat d’Hervé Mikaeloff. Rencontre.

Propos recueillis par Yamina Benaï

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Zip Fastener No. 1, 2016, zippers and cotton rope, 214 x 275 x 12 cm.
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Wood, 2016, wood and stainless steel wire, 213 x 285 x 30 cm.
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Towel 3, 2013, towel and copper wire, 285 x 170 x 30 cm.
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Towel 1, 2013, towel, copper wire, 300 x 200 x 30 cm.
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Aluminium Container, 2016, aliminium containers, gravel and cotton rope, 305 x 215 x 20 cm.

L’OFFICIEL ART : Hassan Sharif présente un parcours atypique : établi dans une région du monde longtemps hermétique à l’art contemporain, il n’en a pas moins développé une pratique très novatrice et plurielle (peinture, sculpture, performances, films...). Comment en vient-il à s’intéresser à l’objet ?

HERVE MIKAELOFF : Sharif a effectivement vécu pratiquement toute sa vie à Dubaï, s’établissant quelques années à Londres pour suivre des études. Durant les années 1970, il commence à s’exprimer comme caricaturiste dans des journaux, réalisant des dessins qui aujourd’hui paraissent très libertaires. Il s’est ensuite intéressé à l’objet – nécessairement minimaliste – qu’il nommait “Semi-System”. Puis, à partir des années 1990, il débute son travail sur l’objet de récupération. Il s’agissait bien souvent de journaux, qu’il entourait de fils ou manipulait pour concevoir des sculptures. Il réalisait ainsi des sortes de grands murals, présentés à La Patinoire Royale, la plupart du temps constitués de jouets en plastique, ou réalisés façon trompe-l’œil à la manière de tapisseries. Il s’agit donc véritablement d’un travail sur l’objet, sur la notion de récupération et, par voie de conséquence, sur l’écologie et la sculpture. 

 

Vous avez conçu cette exposition en étroite collaboration avec l’artiste, quels axes particuliers avez-vous souhaité mettre en lumière ?

J’ai eu l’opportunité de préparer amplement cette rétrospective avec lui à Dubaï, avant qu’il ne décède. C’est une exposition posthume dont il a signé les moindres aspects, et où l’on présente des œuvres originales. Il est assez remarquable d’observer combien son approche a été avant-gardiste au regard de son inscription dans le monde arabe, où sa pratique débute en pleine flambée immobilière, avec des projets de construction faramineux. Hassan Sharif a ainsi vécu de l’intérieur et analysé les mutations irréversibles d’une structure traditionnaliste qui adhère aux appels de la société de consommation occidentale. 

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Hassan Sharif, in his workshop.
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Hassan Sharif, in his workshop.
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Hassan Sharif - Photo Maaziar Sadr.

Dans cette vaste Patinoire Royale, vous avez opté pour un tempo à rebours...

Cet espace de plus de 1 200 mètres carrés, doté d’une importante hauteur sous plafond, nous a permis de présenter les dernières productions de l’artiste, à savoir des sculptures monumentales, notamment en acier. Au moment où nous finalisions la sélection des œuvres d’Hassan Sharif, nous apprenions que Christine Macel le choisissait comme artiste référent à la Biennale de Venise. Cette exposition est ainsi une sorte de mise en situation d’une partie de ce que l’on retrouvera à la Biennale. Notre ambition ici a été de montrer la source de son travail de récupération, en l’occurrence les journaux, ce qui constitue une forme critique de la société. Dans cette approche, montrer ses dessins caricatures nous a incités à déployer également tous les dispositifs dans lesquels il a mis en scène son propre corps : performances, photos, vidéos réalisés dans les années 1980-90 à Dubaï. On part donc du plus récent, qui se trouve être le plus monumental, pour aller vers les pièces plus anciennes : tableaux de petites dimensions, petits objets du quotidien... et son travail conceptuel et minimal qu’il nomme semi-system, constitué de dessins et de sculptures-étalons représentant des figures géométriques très simples. 

 

Dans quelle filiation se situe-t-il ?

Dès ses débuts, il présente une double filiation : il se montre d’une part très intéressé par les artistes conceptuels et minimalistes, d’autre part les sculpteurs anglais qui travaillent sur l’objet, à l’instar de Tony Cragg. Il ne fait pas partie d’un mouvement particulier, mais développe incontestablement un style qui lui est propre.

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Seven Points Angular Lines - Part 4, 2013, set of 2 works, ink and pencil on paper, acrylic on canvas, 59,5 x 42 cm and 60 x 30cm, accompanied by 7 draft papers.
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Playfulness No. 1, 2015, toys, paper machine, wire, cardboard and acrylic, variable dimensions.
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Dictionary 2, 2012, paper, cotton rope, variable dimensions (as shown 34 x 32 cm).
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Toilet brush, 2008, toilet brush and copper wire, 40 x 10 x 9 cm.
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Seven Points Angular Lines - Part 8, 2013, set of 2 works, ink and pencil on paper, acrylic on canvas, 59,5 x 42 cm and 60 x 30cm, accompanied by 8 draft papers.

Les œuvres d’Hassan Sharif sont présentes à l’international dans les collections de musées et collections privées, mais son nom demeure relativement confidentiel... Quel est son legs à la jeune génération d’artistes ? 

L’amplitude du champ de médiums auxquels il recourt, sa propension à travailler avec des objets du quotidien, une certaine poésie de l’objet et une grande liberté en matière de production, ceci sans jamais verser dans l’exotisme du monde arabe. Même s’il a beaucoup œuvré pour les artistes émiriens, il demeure un artiste d’envergure internationale. Il avait toutefois un réel attachement à Dubaï, où il avait fondé The Flying House, une maison-atelier destinée à recevoir des artistes en résidence. Mise en place en 2008, elle a fonctionné comme lieu de passage, de conversation et d’échange pour un grand nombre de créateurs. 

 

Vous avez étroitement côtoyé Hassan Sharif, notamment dans les derniers mois de son existence, quel regard portait-il sur son cheminement artistique ? 

Il était très fier d’avoir pu construire sa carrière à Dubaï, d’être l’artiste référent pour la région. Il était très attaché à la vie d’atelier, au sein de la Flying House. Au quotidien, il dessinait, manipulait des objets, développant vraiment une poésie de l’objet. Il est un sculpteur-assembleur, en rapport direct avec l’objet de récupération, sans aucune volonté d’esthétisation, de sublimation : il le considérait pour ce que l’Homme en fait, un simple élément du quotidien, dans une volonté très humble d’affirmer qu’un objet reste un objet. Mon souhait est que via l’exposition à la Patinoire Royale, mais aussi la Biennale de Venise et la Sharjah Art Foundation, les institutions et les collectionneurs découvrent le travail gigantesque, unique et merveilleux d’Hassan Sharif. 

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Wood, 2016, wood and stainless steel wire, 213 x 285 x 30 cm.
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Pouches, 2016, pouches and cotton ropes, 320 x 420 x 45 cm.
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Cotton Thread No. 2, 2016, cotton rope, cloth, cotton thread, 105 x 52 x 15 cm.
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Copper No. 32, 2015, copper wire, 66 x 78 x 323 cm.
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Boxes, 2016, group of 19 boxes and 334 components, cardboard, paper mache, wooden sticks, aluminium plate and acrylic paint, 200 x 200 x 45 cm.
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Playfulness No. 1, 2015, toys, paper machine, wire, cardboard and acrylic, variable dimensions.

À VOIR

“Hassan Sharif, Expérimentations”,
sous le commissariat d’Hervé Mikaeloff,
(exposition organisée avec le soutien de la galerie Isabelle van den Eynde, Dubaï),
du 7 avril au 27 mai, La Patinoire royale,
Rue Veydt, 15, 1060 Bruxelles, Belgique,

www.lapatinoireroyale.com

©Hassan Sharif, Thing in the Flying House No. 6, 2008, oil on canevas, 150 x 100 cm.jpg
Thing in the Flying House No. 6, 2008, oil on canevas, 150 x 100 cm.
©Hassan Sharif, Thing in the Flying House No. 1, 2008, oil on canevas, 150 x 100 cm.jpg
Thing in the Flying House No. 1, 2008, oil on canevas, 150 x 100 cm.
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Spoon No. 15, 2015, copper tube, cable, spoon, 165 x 30 x 35 cm.
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Razor No. 2, 2015, razor, rug, ribbon, wire, 70 x 15 x 6 cm.
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Hats, 2016, ready-made hats and cotton rope, 290 x 210 x 200 cm.
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Cloth 1, 2013, cloth, 270 x 170 x 35 cm.

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