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Kupka : “L’évasion que j’ai cherchée dans une solitude complète”

Erotique, satirique et organique, symboliste, expressionniste et musicaliste, l’œuvre visionnaire du Tchèque Frantisek Kupka étend ses cercles et volutes sur toute la création de la première moitié du XXe siècle. Plaidoyer en 300 œuvres, pour retrouver l’honneur perdu d’un pionnier évadé de l’abstraction lyrique et géométrique. Une exposition-référence présentée au Grand Palais, avec le mécénat de la Fondation Louis Roederer.
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Qu’a-t-il manqué à Kupka pour être considéré comme un génial pionnier de l’abstraction lyrique et géométrique ? La reconnaissance peut-être. “Mes peintures ne ressemblaient plus à rien de ce qu’on avait déjà vu, concluait Kupka quelques années avant sa mort. J’ai ramené la peinture à ses facteurs, à ses éléments, comme aurait dit Poussin. Telles sont les raisons de l’évasion que j’ai cherchée dans une solitude complète”. Bien que célébré par Apollinaire, acheté par l’Etat français en 1936 – soit un an avant Kandinsky – et reconnu après guerre par Max Bill comme le précurseur de l’art concret (“les premières peintures basées sur la simple relation entre horizontales et verticales”), le peintre reste sujet à de graves dépressions et vit sa vie comme une Passion spirituelle et technique. Engagé au début du XXe siècle dans l’illustration de L’Homme et la Terre du géographe anarchiste Elisée Reclus, l’artiste évadé conçoit la création comme une métaphore du vivant.

Je tâtonne déjà dans l’obscurité mais je peux produire une fugue en couleurs comme Bach le fait en musique” F. K.

Après avoir travaillé comme médium à Vienne puis collaboré à différentes revues satiriques à Paris, le jeune Tchèque pratique culture physique et théosophie et adhère au végétarisme comme au naturisme (ce dont témoigne La Petite Fille aux ballons). “Conducteur de l’état spécifique du système nerveux central qui capte l’onde d’une idée”, l’artiste doit, selon lui, contribuer à la transformation spirituelle de l’humanité. Quittant l’érotisme du symbolisme viennois, ce prophète invisible entame sa cordée stellaire entre 1907 et 1911 en autonomisant la couleur et en transcrivant le mouvement, afin de dissoudre la courbure de l’espace-temps. Après des œuvres qui dialoguent avec l’ombre double – comme L’eau (La Baigneuse) ou Les touches de piano. Le lac –, ce visionnaire offre au Salon d’Automne de 1912 les deux premières toiles non figuratives jamais exposées en public : Disques de Newton et les deux Amorpha. “Je tâtonne déjà dans l’obscurité mais je peux produire une fugue en couleurs comme Bach le fait en musique” explique ce pianiste des sensations. Refusant toute copie servile du réel, sa peinture de synthèses et d’accords s’apparente à un monde symphonique, organique et végétal, tout en girations fulgurantes.

 

 

Kupka, pionnier de l’abstraction”
exposition jusqu’au 30 juillet au Grand Palais
3, avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris
le mercredi de 10h à 22h
du jeudi au lundi de 10h à 20h
grandpalais.fr

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