Voyage

Aux Maldives avec Simon Liberati

Notre intrépide reporter brave les transports en commun, les escales et un début de mousson pour découvrir l’un des joyaux des hôtels LVMH, le Cheval Blanc Randheli aux Maldives. Bienvenue au paradis.
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L’idée de partir en RER dans un des plus beaux hôtels du monde, le Cheval Blanc Randheli aux Maldives, m’est venue au restaurant japonais de la rue de Rochechouart où je déjeune pour une fois seul, sans Eva. Aller dans ce paradis sans elle me désole, mais elle est à vingt jours de tourner son film, ce fameux Jeunesse dorée dont elle casse les oreilles à tout le monde depuis cinq ans… Donc RER B direction Roissy 1. Avec ma barbe grise, ma valise trouée et mes boots de moto Louboutin, j’ai l’allure d’un riche vieux clochard. Un ticket à 12 € et c’est l’aventure… jusqu’à Roissy, dans le lounge VIP de Qatar Airways.

Samedi 21 octobre, minuit heure locale

À l’aéroport de Doha, je chipote un fondant à la pistache devant une œuvre d’art contemporain, un teddy-bear jaune de la taille du grand sphinx, en écoutant des cris abominables. Le personnel asiatique du restaurant business class de Doha, pourtant réputé impassible, reste bouche bée, certains sont hilares ; d’où vient cette bande-son de snuff movie ? De la salle de prière… Ce n’est pas l’appel du muezzin, c’est autre chose, un excentrique sûrement. Pourquoi l’islam n’en produirait pas ? L’aéroport de Doha est un endroit étonnant que seul le troisième millénaire pouvait produire. Des lettres lumineuses gigantesques défilent sur un panneau long d’une centaine de mètres. Des phrases, je ne sais pas s’il s’agit de proverbes sioux ou de ces formules banales, sentencieuses et mysticopublicitaires chères aux artistes d’aujourd’hui.

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Samedi 21 Octobre, 9 H 30

Au lounge Cheval Blanc, à la gare d’hydravions de Malé. Comptez quarante-cinq minutes d’hydravion pour vous rendre de l’aéroport Malé Velana à l’atoll de Randheli, 170 km au nord (en direction du Sri Lanka). J’attends l’hydravion en lisant le très bel album sur Dior réalisé pour l’exposition des Arts décoratifs, j’envoie à Eva une photo de Brigitte Bardot dans L’Ours et la Poupée de Michel Deville (1970), BB erre échevelée en hippie Dior sur une route de campagne. Une inspiration possible pour les scènes bucoliques, nues et droguées qu’elle s’apprête à tourner à Groussay, l’ancien palais de rêve de Charles de Beistegui. Près de moi, une famille d’Anglais. Le père, la mère et les trois enfants, écouteurs aux oreilles, sont absorbés par leur iPad, le fils de 8 ans a commandé un jus de papaye, d’un ton directorial, tout seul comme un grand.

Samedi 21 Octobre 11 H 30

Le coucou de Trans Maldivian Airways avait un peu de retard. Il s’est envolé dans un bruit de tonnerre. C’est une carlingue boulonnée avec des sièges et des ceintures de sécurité. On dirait une attraction foraine. Mon baptême de waterplane, j’en rêvais depuis Tintin. C’est le copilote qui donne les consignes de sécurité (sommaires), se penchant retourné de la cabine avec des lunettes noires, très chic comme souvent les gens des îles. Impassibles, les British ne lâchent pas leur iPad.

Samedi 21 Octobre, 13 Heures 

Je suis accueilli sur le ponton par les ambassadeurs de l’hôtel et des parapluies. Mousson inattendue qui durera deux heures… Laurent (manager resident) et Solenn (coordinatrice marketing) me présentent ma ravissante gouvernante maldivienne Shagaf. Après quelques formalités, nous partons en buggy de golf en direction de la villa 37. Une maison sur pilotis orientée vers l’est. Le buggy électrique file sur le sable blanc au milieu d’un jardin jungle, d’un romantisme très élaboré. La décoration de la villa 37, designée comme tout le reste de l’hôtel par l’architecte belge Jean-Michel Gathy, est digne de la réputation de l’endroit. En quarante ans de bourlingage dans des hôtels de toutes catégories, je n’ai jamais vu cela. Sous un toit cathédrale de cinq mètres, les volumes très vastes sont séparés par des volets géants en bois. Le mobilier, d’inspiration coloniale années 1930, est d’une qualité superbe, tapis et coussins profonds aux couleurs du Randheli, taupe et jaune. Terrasse, piscine individuelle, quelques marches, un deck, une échelle et l’atoll de corail apparaît. Ma gouvernante Shagaf est un ange. Elle a l’humour et l’autorité des Indiennes. Comme je suis tout seul, je me laisse materner avec un plaisir sans mélange. Ceviche (délicieux) et salade de quinoa (impeccable) me sont servis dans la chambre. L’hôtel est approvisionné par avion des quatre coins du monde, le boucher (Metzger) se trouve à Rungis. Autre note française, le personnel, du jardinier au manager, vous salue d’un “bonjour monsieur” très poli.
Shagaf m’explique l’électronique maison ultra-sophistiquée et Solenn me donne ma feuille de route ; aujourd’hui c’est calme, je dois seulement dîner au Diptyque, un des cinq restaurants du resort. J’en profite pour explorer les îlots reliés par des pontons de bois sur une bicyclette immatriculée 37. Je croise un gecko (muet), une sorte de héron exotique, un corbeau, un beau crabe qui flâne sur le sable blanc du paradis, aucun client visible, beaucoup de personnel. La discrétion est de mise. La plupart des villas sont occupées mais les habitants restent derrière les écrans de l’intimité. Une cliente chinoise se fait photographier sur une balancelle posée face au sunset.

J'explore les îlots reliés par des pontons de bois sur une bicyclette immatriculée 37. Je croise un gecko (muet), une sorte de héron exotique, un corbeau, un beau crabe qui flâne sur le sable blanc du paradis.
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Samedi 21 Octobre, 20 Heures

Dîner délicieux avec Solenn, vêtue d’une tunique à la romaine. Cette Normande de 26 ans, une fois cassée la rigidité de l’école hôtelière suisse, se révèle pleine d’humour. Elle a été élevée à l’école des Roches en Normandie et a vécu en Chine, puis, depuis trois ans, ici. Un jovial Breton vient se joindre à nous, c’est Yann, le chef cuisinier du Cheval Blanc de Saint-Barth, il est en mission aux Maldives à la suite du passage de l’ouragan Irma.

Dimanche 22 Octobre, 10 Heures

Temps ravissant, je prends une leçon de yoga au spa Guerlain avec un maître indien, puis un massage balinais avec une Balinaise. Déjeuner au bar du spa, rouleau de printemps à la langouste de récif et salade de bœuf. Seul comme Robinson. L’après-midi, je sèche la séance de motorised water toy pour écrire un peu, face à la mer dans ma somptueuse cabane.

Dimanche 22 Octobre, 20 Heures

Dîner avec le manager resident Laurent. Je le questionne sur sa vie, c’est un ancien chef. Il me parle de l’Algérie, qu’il adore et où il a travaillé dans un hôtel de luxe deux ans, et de la Syrie. Il se régale et me régale de la cuisine italienne du chef indien. Je l’interroge sur l’organisation et les difficultés d’approvisionnement, je lui demande aussi comment il fait pour retenir les noms de tous ses clients… même les Chinois… Ce type de mémoire m’émerveille, moi qui oublie le prénom d’une personne aussitôt qu’on me l’a présentée dans un dîner à quatre. Ses explications floues m’amusent. Je lui raconte que, lorsque j’ai dit à ma mère que je partais dans un palace de l’océan Indien qui s’appelle le Cheval Blanc, elle m’a répondu : “Mais c’est un nom d’hôtel de province !” Et pourtant, c’est le monde entier qui vient ici, des Russes, des Chinois, des Australiens, des Allemands, des Arabes, des Japonais, etc.

C'est le grand charme de cet hôtel, un bateau, un buggy, un vélo, un hydravion, un yacht sont disponibles en quelques secondes, mais, si je ne veux rien (c'est dire le luxe absolu), on me laisse tranquille.
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Lundi 23 Octobre, 7 Heures

En prélude à une longue après-midi sportive (jet-ski et pêche traditionnelle avec un fil attaché au doigt), je travaille face au lagon sur mon bureau tapissé de cuir, comme si j’étais chez moi. J’ai demandé à Shagaf de me laisser un peu de pain, du beurre salé et quelques fruits, avec un Nespresso, cela m’évitera l’énorme plateau petit déjeuner cher aux Chinois et aux gens du Golfe. Une cuisine me permet une totale indépendance. C’est le grand charme de cet hôtel, un bateau, un buggy, un vélo, un hydravion, un yacht sont disponibles en quelques secondes, mais, si je ne veux rien (c’est dire le luxe absolu), on me laisse tranquille.

Lundi 23 Octobre, 12 H 30

Déjeuner sur le pouce au White Bar près de la piscine, poisson grillé et french fries. Solenn m’emmène visiter The Owner Villa, leur meilleure chambre, une île de milliardaire avec des gardes privés. Il paraît que les Russes, toujours généreux, adorent. La capacité d’accueil est très importante, l’endroit ressemble à un repaire de James Bond, il y a un ponton pour l’hydravion afin que les hôtes ne croisent personne. La piscine, un rectangle foncé à débordements comme les cinquante autres piscines de l’île, a la taille de celle du Ritz à Paris. On est en train de préparer ce palais orné de palmiers, d’orchidées et de bosquets de frangipaniers pour un client, le personnel s’active. Ils sont trois-cents à travailler à Randheli, dont une bonne part de Maldiviens, mais aussi des Indiens, des Chinois, des Thaïlandais, des Belges, des Canadiens… Un petit bateau très couleur locale est occupé à pomper le sable pour regarnir la plage privée qui sera décorée de coquillages et d’inscriptions tracées à la main dans le sable, du style “peace”, “welcome” ou “paradise”… Une table de dixhuit couverts attend son heure ; derrière, une véritable cuisine de restaurant brillante comme au premier jour. Dans la nursery, des déguisements d’Indiens, des jeux et des chevaux de bois attendent les oligarques en culotte courte et autres petits filous. On visite la chambre des bodyguards (les clients viennent souvent avec leur protection), sublime avancée sur la plage. J’étouffe un peu, c’est presque trop ou alors c’est parce que la clim’ n’est pas encore branchée.

Lundi 23 Octobre, 17 Heures

Initiation au jet-ski et à la pêche traditionnelle. Avec Nicolas, mon nouveau camarade belge (alchimiste, c’est-à-dire, en termes Cheval Blanc, coordinateur des loisirs), nous attrapons quatre empereurs. Au soleil couchant, sur le roof du bateau, je pense à Hemingway. Nicolas, 25 ans, me raconte ses débuts dans la vie à Miami… “Les gens là-bas sont faux, ils ne pensent qu’à faire la fête ; moi je n’aime que la nature, alors j’allais à Key West…” Dîner avec Yann de Saint-Barth au 1947 (en l’honneur du millésime Cheval Blanc 1947), le restaurant gastronomique du Randheli. Dépaysement total, on se dirait n’importe où hors du monde. Les tables sont séparées par des voiles. Près de ma table, invisibles derrière les voilages blancs, les rires de jeunes gens de Hong Kong, très beaux, très Wong Kar‑wai. Le dîner préparé par le chef mauricien et le pâtissier marocain est une succession de petites merveilles.

Lundi 23 Octobre, 23 Heures

C’est une gouvernante chinoise qui me ramène en buggy, nous parlons de la nouvelle lune et de Shanghai, qui a beaucoup changé ces derniers temps. Elle me dit en français “faites de beaux rêves”. Je pars méditer sous le ciel étoilé, le même qu’Emmanuel Kant, dans ma piscine. J’entends le ressac. Eva appelle de Paris, elle exige un cadeau… Pour la première fois depuis deux mois, elle me parle d’autre chose que de sa jeunesse dorée. Je lui raconte qu’un petit gecko m’est tombé sur la tête, mais elle ne m’écoute pas, “Tu me ramènes un cadeau, vas-y, pique les crèmes pour le corps, tout ce que tu trouves !” Demain, j’irai faire du snorkeling près d’une île déserte avec des Japonais, sous la direction d’une biologiste polynésienne aux faux airs d’héroïne de Baywatch…

www.chevalblanc.com/randheli

Depuis le 1er novembre, Air France a ouvert une liaison directe Paris/Malé.

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