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Que faire de ses légendaires mocassins Weston ?

Les mettre sous cloche pour qu’elles ne flétrissent jamais ? Respectons-les plutôt en leur imaginant mille nouvelles vies.
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En prenant la tête de la direction artistique Image et Culture de la maison J. M. Weston, Olivier Saillard, connu et reconnu pour son travail de redynamisation du musée Galliera, où soudain la mode s’animait, et sortait des vitrines pour vous prendre le bras, devait bien avoir une idée en tête. Celle d’offrir aux belles semelles et au cuirs anoblis par le soin des artisans, une vocation qui ne serait pas que fonction. Reprenons: le 180 de la maison Weston, dessiné par le fondateur Édouard Blanchard, fait figure de totem du soulier à la française, d’emblème de l’excellence de son savoir-faire. Ce qui n’est pas une raison pour le vénérer puis le négliger. La suite est autant affaire d’imagination que de technique, de jeter un pont entre rêveries et concrétisations, d’offrir un corps aux vers (rimés ou pas). Variations, déclinaisons: les 17 modèles imaginés par Olivier Saillard se portent comme les instructions d’un chef d’orchestre guidant les musiciens. Librement, autour d’un motif de tous connus mais délivrant encore des émotions insoupçonnées. Clous, perforations, montages à l’envers, poème sérigraphié, patron dévoilé… Montées sur simple ou triple semelle (prendre de la hauteur, toujours, à l’image du Baron perché d’Italo Calvino?), ces malicieuses et prodigieuses – de haute technique, comme on dirait de haute volée – interprétations du classique 180 ont la délicatesse de ne pas balayer toute une histoire d’un revers de manche rageur. En témoignent ce “One Cut Tracé”, où en trompe-l’œil se dessinent sur cette pièce de cuir unique les points de piqûre du modèle original, et ce “Retourné” qui retourne le doublage de la tige et dévoile sans pudeur l’intérieur de la doublure, coutures intérieures et compostages, en un genre de making-of ludique. Et peut-être s’est-il souvenu, avec ce “Bastin teinté” qui paraît avoir trempé ses pointes dans un encrier, que le mocassin est apparu dans les forêts canadiennes au XIXe siècle. L’histoire – attestée par Chateaubriand, qui évoque les “mocassines” (en peau de rat musqué) dans Atala – veut que les femmes algonquines, pour protéger les pieds de leurs maris chasseurs, dans une protection qui adhère aux raquettes, cousaient des peaux en manière de petits sacs, les “makasens”. On pourrait passer ainsi en revue l’ensemble de ces “Commandes Très Spéciales” (nom de cette collection), leurs ressorts et nuances, la finesse du trait avec lequel Olivier Saillard a repensé des silhouettes familières. Qui bondissent ainsi hors du cadre muséal, et rejoignent, enchantées, nos pieds ravis. On finirait, sans honte, par se demander si les objets inanimés n’ont pas, en effet, une âme.

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