Pop Culture

Est-il plus facile d'intégrer polytechnique ?

by Hélène Brunet-Rivaillon
02.05.2017
Depuis plus de deux siècles, l’École polytechnique (l’ "X") forme les ingénieurs d’élite de la nation. Ses enseignements scientifiques d’excellence, sa tradition militaire et son positionnement à la pointe de l’innovation attirent de plus en plus d’étudiants étrangers. Vérification " in situ".

Photographie par Maire-Amélie Tondu

Page-1-Image-1 copy.png
Un des patios des bâtiments de l'École polytechnique.
Page-1-Image-1.png
L'entrée du campus, à Palaiseau (Essonne).
Page-1-Image-4.png
L'emblématique bicorne, à l'entrée du centre nautique Caroline Aigle.
Page-1-Image-3.png
Une table de prototype du X-Novation Center.
Page-1-Image-2.png
Le "Grand Hall" de l'école, ponctué par les bustes d'anciens polytechniciens célèbres.

Numéro 1

Des écoles de France selon le classement du Times Higher Education Magazine

 

 

160 hectares

(surface du campus)

 

 

670

enseignants

 

 

45 000 €

le salaire annuel brut moyen hors prime (en France) des polytechniciens à l'embauche

À 20 kilomètres de Paris, sur le plateau de Saclay, le gigantesque campus de l’École polytechnique offre des infrastructures dignes des plus célèbres clubs de vacances : six courts de tennis, quatre terrains de foot et trois de rugby, trois murs d’escalade et deux bassins de natation. Ainsi qu’un lac, un practice de golf et un centre équestre ! Assis dans le "Grand Hall" d’un bâtiment vitré qui abrite des amphithéâtres, la bibliothèque centrale, une banque, et même un petit salon de coiffure, Leticia Tonholo et Gabriel Nahas, étudiants brésiliens, se souviennent de leurs premiers pas à l’X : "Au début, on se perdait tout le temps !" L’internat est obligatoire, les élèves sont hébergés sur place. Et ils ont tout sous la main : une maison d’hôtes, un restaurant, une cafétéria, une épicerie locale et solidaire, deux stations Starbucks et un service d’autopartage interne (Key’Lib). Installée à Palaiseau depuis 1976, l’X est membre de l’université Paris-Saclay (inaugurée fin 2014), avec les grandes écoles Centrale, HEC, l’ENS, etc. À sa création, en 1794, l’École polytechnique était située dans l’ancien Palais-Bourbon. Dix ans plus tard, elle déménageait sur la montagne Sainte-Geneviève et Napoléon la faisait passer sous statut militaire.

"Il y a un an, le campus inaugurait un bâtiment de 2 600 m2 dédié à la création d’entreprises […] financé à hauteur de cinq millions d’euros par l’homme d’affaires et ancien élève de l’X Patrick Drahi."

Course d’orientation, maths et philo

Polytechnique est un établissement public sous tutelle du ministère de la Défense et les élèves français ont le statut d’officier. Pendant leurs quatre années d’études, ils perçoivent une solde. En échange, ils sont tenus de travailler pour l’État pendant dix ans, ou de rembourser. Chaque nouvelle promotion démarre par trois semaines de "formation humaine et militaire" au camp de La Courtine (Creuse). Sacha Izadi, élève franco-suisse, n’oubliera jamais son séjour d’intégration : "On a dû se raser la tête, enfiler des treillis et des rangers, pour apprendre à marcher au pas, faire des courses d’orientation ou des parcours d’obstacles !" Au cours de leur scolarité, les recrues peuvent réaliser un stage dans les armées, et se porter volontaires pour des cérémonies comme le défilé du 14-Juillet. À Polytechnique, on enseigne avant tout les sciences, mais les élèves bénéficient aussi de cours de sport et, depuis le XVIII e  siècle, d’enseignements en "Humanités et Sciences sociales". De sa voix rauque, Mickaël Foessel, professeur de philosophie, rappelle que son cours s’inscrit dans "une tradition républicaine" qui "permet à des élèves scientifiques d’avoir accès à un enseignement général". Certains polytechniciens sont d’ailleurs devenus d’illustres philosophes, à l’image d’Auguste Comte. Forts de leur formation pluridisciplinaire de très haut niveau, les diplômés de l’X se lancent dans des carrières d’ingénieurs dans l’industrie, de hauts fonctionnaires ou de chercheurs. Souvent, leurs choix sont guidés par l’intérêt général, une notion clé tout au long de leur cursus. Parmi ses anciens élèves, l’école compte des prix Nobel comme Henri Becquerel (physique) et Jean Tirole (économie) ; des présidents de la République (Sadi Carnot, Valéry Giscard d’Estaing) ; des politiciens (Jean-Jacques Servan-Schreiber, Nathalie Kosciusko-Morizet), mais aussi de grands industriels (André Citroën).

La fascination que suscite Polytechnique s’étend bien au-delà des frontières hexagonales. Leticia et Gabriel ont quitté le Brésil pour venir étudier "dans la meilleure école de France", qui dispose de 200 accords de coopération (notamment avec Stanford, Berkeley, Princeton et le MIT) et de 34 conventions de doublediplômes. Tous parcours d’études confondus (école d’ingénieur, graduate degree, master et PhD), l’X accueille 30 % d’étudiants étrangers et emploie 39 % d’enseignants internationaux. Au total, 63 nationalités sont représentées sur le campus ! Ce caractère cosmopolite remonte à 1798, avec l’arrivée des premiers élèves d’Europe du Nord. En septembre 2017, l’établissement fera un pas supplémentaire vers l’internationalisation avec la création d’un cursus intégralement en anglais : un bachelor (formation post-bac en trois ans) et trois graduate degrees en deux ans. Claire Lenz, directrice déléguée du nouveau programme, explique que ce parcours "ouvert aux étudiants étrangers et français" est un moyen pour l’école de "ne pas passer à côté d’élèves brillants" qui, jusqu’à présent, avaient peu de chances de réussir le concours d’entrée (extrêmement sélectif) faute de classes préparatoires dans leurs pays, "un système français" unique au monde. Objectif : atteindre 40 % d’étudiants étrangers. De leur côté, Leticia et Gabriel ont entamé un processus de naturalisation. La stratégie d’ouverture vers l’international pourrait bien être un moyen efficace pour compenser la fuite des cerveaux.

Gobelet connecté et Baby-foot

L’un des autres axes de modernisation de l’école est son engagement en faveur de l’entrepreneuriat. Il y a un an, le campus inaugurait un bâtiment de 2 600 m2 dédié à la création d’entreprises : "La Fibre Entrepreneur – Drahi X - Novation Center", financé à hauteur de cinq millions d’euros par l’homme d’affaires et ancien élève de l’X Patrick Drahi. Le lieu abrite un "accélérateur" de start-ups ouvert à tous, élèves de l’X ou non, pour une durée de six à douze mois (X-Up), un incubateur d’une capacité d’accueil de 30 projets (X-Tech), des espaces d’expérimentation et de prototypage, une zone de formation, ainsi qu’un lieu d’échanges et de coworking. Dans les locaux, on retrouve tous les codes des start-ups : des salles de conférence avec écrans high-tech, des laboratoires équipés des dernières technologies, sans oublier les fameux coins chill avec poufs, canapés et Baby-foot. Ici, une équipe planche sur un gobelet connecté pour les personnes âgées, là, une autre teste un gant pour piloter des drones. Si certains qualifient déjà l’endroit de "Palaiseau Valley", pour l’instant, seuls 4 % des polytechniciens fraîchement diplômés se lancent dans la création d’entreprises. Une proportion qui devrait augmenter fortement dans les années à venir. Nicolas Caleca, 33 ans, est sorti de l’X en 2008. Depuis, il a travaillé chez Areva pendant six ans – entre autres – avant de cofonder la start-up Healsy, une application mobile de prédiction de la glycémie à destination des personnes diabétiques. "Quand j’étais étudiant à l’X, le volet entrepreneurial était moins développé qu’aujourd’hui. À l’époque, l’école formait avant tout des ingénieurs." Healsy fait partie des projets qu’accompagne l’accélérateur X-Up. Les fondateurs et "les jeunes ingénieurs très talentueux" qu’ils ont recrutés bénéficient, entre autres, de coaching et de mentoring. Différents prix remis par la Fondation de l’école donnent aussi des coups de pouce à de jeunes sociétés. Healsy a reçu le prix X-Grant, qui comprend une aide financière. Ces initiatives permettront-elles à Nicolas, Sacha, Gabriel, Leticia et leurs camarades de promo de devenir les grands entrepreneurs de demain ?

Page-1-Image-1 copy 2.png
Pour faire la lumière sur les sciences mathématiques, le "Grand Hall", tout en transparences.
img7-2.jpg
Entrée de l'amphithéâtre Poincaré, le plus grand des 15 amphithéâtres de l'école.
img13.jpg
Le salon de coiffure.
img11.jpg
Le restaurant La Magnan.
img7.jpg
Les escaliers menant au "Grand Hall".
img21.jpg
La cour Vaneau.
img9.jpg
Le gymnase.

Parlez-vous le polytechnicien?

Les "binets" 

(abréviation de "cabinet") clubs étudiants de l’école (une centaine en tout)

 

 

Le "BôBar" 

le bistrot de l’école

 

 

Les "caserts"

les studios de 18 m2 où résident les étudiants

 

 

La "kes" 

l’équivalent du BDE (le bureau des élèves), en référence aux missions de récolte de fonds de cet organisme à l’époque napoléonienne. Cette « caisse » avait un objectif solidaire, celui de financer la scolarité des étudiants les moins favorisés

 

 

Le "point Gamma"

le gala de l’X

 

 

Le "point K"

l’amphithéâtre Poincaré, le plus grand de l’école, d’une capacité de 780 places

L'uniforme des X-Men

Lors des cérémonies officielles comme le 14-Juillet, les élèves portent leur uniforme d’officier noir à bande rouge (pantalon ou jupe), chemise blanche (sans col pour les hommes, avec col pour les femmes) ornée de boutons de manchettes aux armes de l’école, bretelles, veste à deux rangées de boutons dorés, ceinturon, gants blancs, bottines pour les hommes et bottes pour les femmes. Sans oublier le fameux chapeau bicorne. Le détail qui tue ? La "tangente", l’épée portée dans l’alignement de la bande rouge du pantalon ou de la jupe.

asd.jpg
Le "Grand Hall".
asdasv.jpg
L'amphithéâtre Poincaré (780 places).
atrhf.jpg
L'amphithéâtre Poincaré (780 places).
aawv.jpg
Un "coin" pique-nique dans l'une des cours du X-Novation Center.
hedbd.jpg
Les clubs sportifs de l'école s'affichent sur les murs aux couleurs de leurs équipes.

Partager l’article

Tags

Articles associés

Recommandé pour vous