Pop Culture

Erick Faulkner : "On ne sait plus aimer"

Au fil de "Superbia", première exposition en solo du photographe Erick Faulkner, se dessinent toutes les tensions d'une génération née avec les réseaux sociaux. Rencontre.

Vous avez baptisé votre exposition du nom latin de l'orgueil, l'un des sept péchés capitaux. Pourquoi ?

Depuis que je suis photographe, je baigne dans un monde superficiel. J’ai pu observer que, pour réussir dans la vie, il ne faut penser qu’à soi, savoir se mettre en avant, se vendre... et être prêt à négliger ceux qu’on aime pour réussir. On ne sait plus aimer. J’ai réalisé que j’étais prisonnier de ce monde et j’ai voulu m'en extirper. 

Sous quelle forme ce péché d'orgueil s'exprime-t-il aujourd'hui, dans notre société ? 

À travers l’auto-promotion et les réseaux sociaux. Chacun peut vendre son âme en un clic. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi. Tous les moyens sont bons pour se faire aimer. 

Vous qui officiez parfois dans la mode, comment vous positionnez-vous face à cette tyrannie de l'artifice et de l'esthétisme ?

J’ai commencé la photo pour sublimer mon univers, les gens que j’aime et qui me touchent. Quand je travaille sur des séries de mode, j’essaie de garder cette même sensibilité et de faire passer un message. Je veille à ce que le modèle sorte de sa zone de confort, je sculpte son image pour qu'il recouvre son essence. Cette démarche permet d'éviter que le sujet se cache derrière le vêtement, derrière l'artifice. 

Parlez-nous des photos que vous exposez aujourd'hui ?

Chacune des photos de la série est codée, pour que les gens en livrent leur propre interprétation. On y voit des larmes, de l’érotisme, de la soumission, de la fierté... et beaucoup de féminité sur des modèles que je sculpte instinctivement. Je souhaitais immortaliser de jeunes talents privilégiés qui ont eu une chance et des opportunités que je n’ai pas connues... Mon approche était forcément différente de la leure.

Qui vous a entouré dans la conception de "Superbia" ?

Mes amis et muses, Angèle Metzger et Nassim Guizani, mais aussi Alex Housset, une artiste que j’admire et qui me soutient depuis mon arrivée à Paris, en 2011. Mon frère jumeau également, à qui j’allais jusqu'à envoyer trente images par jours pour avoir ses conseils ! 

Trois mots pour définir cette exposition ? 

Érotisme, mélancolie et narcissisme.

Une lecture pour l'accompagner ?

Un texte écrit par Alex Housset, justement, texte qui sera présenté sous forme de pièce pendant l’exposition. 

Quelle est, selon vous, l'irréductible mission d'un photographe aujourd'hui ? 

Faire rêver, immortaliser et dénoncer.

"Superbia" d'Erick Faulkner, à partir du 11 janvier au 10/12 rue de la Paix, 75002 Paris.

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