Joaillerie

Pourquoi Londres est la nouvelle capitale du bijou

by Hervé Dewintre
08.03.2017
Décomplexés, débordants d'énergie, volontiers insolents, les nouveaux talents de la bijouterie ont choisi Londres comme terre d'adoption. Visite guidée.

Rien n'éclaire mieux l'élégance qu'une touche d'extravagance et de déraison. Cet axiome, la Londonienne le connaît mieux que personne. Il faut dire que, au royaume qui a vu naître les Sex Pistols, la capitale qui incarne les affaires par excellence, la ville où se dresse Central Saint Martins — l'école de design qui a formé tous ceux qui comptent dans la mode aujourd'hui — ne pouvait que favoriser l'émergence d'une scène joaillière excitante et atypique. C'est désormais chose faite. Et c'est à Londres qu'il faut se rendre pour ressentir le frisson de l'imprévu. Petite carte du tendre pour se repérer dans ce nouveau paradis de la préciosité. 

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Bague en or rose, diamant serti libre, Raphaele Canot.
La volubile

"Les règles n'existent que pour être brisées": tel est le manifeste joaillier de Raphaele Canot. Parisienne de naissance, Londonienne d'adoption, la créatrice a choisi de travailler en solo après avoir révélé l'ampleur de son talent chez Cartier ou De Beers, tout en continuant à créer des objets d'art pour l'élite des collectionneurs à travers le monde. Le feu du désir infusait les créations qu'elle présenta tout d'abord chez Dover Street Market, il y a deux ans, et qui bénéficièrent instantanément d'un merveilleux bouche-à-oreille. Le concept-store londonien, pas bête, s'est arrogé trop longtemps l'exclusivité de ces pièces aux accents surréalistes, et c'est avec un véritable soulagement qu'on apprend leur arrivée chez White Bird, à Paris. Ces bijoux, c'est tout ce qu'on aime : une joaillerie espiègle et sophistiquée, à mi-chemin entre la création intemporelle et le gimmick ludique, le tout délicatement saupoudré de désinvolture et d'esprit. Une future géante à collectionner dès maintenant, pour briller de jour comme de nuit. 



Raphaele Canot, Dover Street Market,
18-22 Haymarket, Londres.
White Bird, 38, Rue du Mont-Thabor, Paris 1er.
www.raphaelecanot.com 

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Bague “Harlequin”, Sabine Guetty.
La gypsetteuse

Basée à Londres, Sabine "G" (le G désignait à l'origine le nom de jeune fille : Ghanen, mais il s'adapte désormais parfaitement au nom d'épouse: Getty) fait partie avec Noor Fares et Eugenie Niarchos de cet état-major de "filles de" qui ont décidé de consacrer leur temps et leur énergie à la création de bijoux. Évidemment, l'image fait sourire. Mais elle ne doit pas nous empêcher d'examiner sans a priori l'harmonie et la beauté réelle des bijoux espiègles et colorés, dénués de toute prétention, proposés par ce cénacle de "BFF de joaillerie". Dans le cas de Sabine Getty, au-delà de l'aspect hype évident des collections, ce qui frappe, après un examen plus attentif, c'est l'absence de toute trivialité, de toute prétention; comme si le temps avait fait son oeuvre en posant cette étrange patine qui semble offrir plus d'espace libre aux pierres précieuses afin de mieux laisser s'épanouir leur grâce véritable et leur fragile poésie.

Sabine Getty, 52 Berkeley Square, Londres. www.sabinegetty.com 

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Pendentif, chaîne en or jaune, charms, Loquet London.
La romantique

Laura Bailey et sa meilleure amie Sheherazade Goldsmith n'ont pas fait que surfer sur la vague de la joaillerie personnalisable lorsqu'elles fondèrent Loquet London, elles ont au contraire transfiguré ce mouvement pour le transporter dans la sphère du bijou de sentiment. Ces loqueteaux précieux où se combinent à l'envi, comme de menues pièces de quincaillerie, une multitude de charms colorés et gai, de pierres de naissances, de lettres guillerettes et de nombres dorés, composent une alliance singulière de la fantaisie et de la préciosité comme manifeste de l'expression de soi. À découvrir chez Dover Street Marker ou, pour les incurables Parisiennes, chez White Bird. 

Loquet London, Dover Street Market, 18-22 Haymarket, Londres.
White Bird, 38, rue du Mont-Thabor, Paris 1er.
www.loquetlondon.com 

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L’écrin londonien de Solange Azagury-Partridge.
La prophète

Tout séjour au royaume de sa Très Gracieuse Majesté implique un détour dans l'extraordinaire boutique de Solange Azagury-Partridge, située sur Carlos Place, pour au moins deux raisons. La première, c'est que peu de designers indépendants peuvent se targuer d'inspirer un respect aussi unanime auprès des amoureux du bijou. Au grand étonnement de la principale intéressée d'ailleurs. En un mot comme en cent, on peut dire que Solange bénéficie — à juste titre — de la même aura que Suzanne Belperron, René Boivin ou Line Vautrin dans la fresque des figures légendaires de la joaillerie. On n'est pas surpris d'apprendre que Tom Ford lui confia la direction artistique de Boucheron à l'aube de l'an 2000, le temps pour cette jeune surdouée de créer la première icône joaillière du xxie siècle : la bague "Quatre". Seconde raison: la boutique en elle-même. La conception enlevée et iconoclaste du style, l'inventivité constamment renouvelée de la créatrice (chaque pièce est une trouvaille insensée, à la fois pop et poétique) trouvent leur traduction visuelle dans cet antre coloré, voire psychédélique. Un ravissement à chaque centimètre carré. Et dire que ce jaillissement créatif a failli ne jamais se produire ! C'est par hasard que Solange a débuté sa carrière en 1987, lorsqu'elle dessina sa propre bague de fiançailles, ne trouvant rien à son goût. Pour celles que l'appel de Londres laisse un peu indifférentes, on se saurait trop recommander le petit boudoir de Solange installé depuis l'année dernière au coeur du Costes, à quelques mètres des maisons vénérables de la place Vendôme, qui n'ont qu'à bien se tenir. 

Solange Azagury-Partridge, 5 Carlos Place, Mayfair, Londres. Hôtel Costes, 239, rue Saint-Honoré, Paris 1er. www.solange.co.uk 

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L'alchimiste

Deuxième halte : on reste sur Carlos Place, dans le quartier de Mayfair, pour aller jeter un oeil au numéro 7, où s'élève l'intrigante boutique de Jessica McCormack, proche du cabinet de curiosités. Des créations scintillantes et pittoresques s'inspirent aussi bien de l'architecture new-yorkaise que des obsédants combos du jeu vidéo Tetris (la génération eighties comprendra). La créatrice d'origine néo-zélandaise n'a pas suivi de formation particulière, un simple job au département bijou de Sotheby's lui a suffi. Et c'est peut-être ce qui explique l'esprit de décontraction qui anime sa joaillerie. L'environnement aussi: la boutique est conçue comme une maison agréable, parfois foutraque, mais surtout terriblement avenante. Ce n'est pas un hasard: vous ne trouverez nulle part ailleurs les bijoux de cette joaillière, qui a décidé un jour de faire retirer définitivement toutes ses créations des concept-stores et autres grands magasins pour ne les proposer que dans un seul et unique point de vente: le sien, qu'elle appelle "my room". "Je veux que ce soit une maison où les gens se de'brouillent pour venir quand ils passent par Londres." Un déplacement largement récompensé par la superbe prodigalité du lieu, caverne spectaculaire où un piano égrène ses notes de musique entre une sculpture de Tom Price et des meubles signés par les frères Haas. Avec, en filigrane, l'idée de tout ralentir: "Je pense que les bijoux devraient toujours être vendus dans un environnement détendu. Vous devez être capable de jouer avec un bijou et de l'essayer pour voir comment cela fonctionne avec votre corps." 

Jessica McCormack, 7 Carlos Place, Mayfair, Londres.
www.jessicamccormack.com 

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Bague “Keeper” en or jaune et diamants, Solange Azagury-Partridge.
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Bague ovale en or blanc et diamant blanc, “Party Jacket” détachable en rubis, Jessica McCormack.

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