Joaillerie

Francesca Amfitheatrof: “j’ai le sens du streetwise”

Francesca Amfitheatrof était à Paris pour présenter sa toute première collection de bijoux conçue pour Louis Vuitton. Portrait d’une créatrice aux multiples talents et à la personnalité bien trempée.
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Difficile de ne pas penser à Audrey Hepburn : Même regard enjoué posé sur des yeux grands ouverts, même maintien olympien. Même amour de la mode qui se manifestait chez l’une par une élégance Givenchy, chez l’autre par une silhouette Celine.

Francesca Amfitheatrof a rejoint rejoindre LVHM l’année dernière pour prendre en charge la direction artistique de la joaillerie et de l’horlogerie de Louis Vuitton. Une arrivée discrète le temps de laisser à la créatrice le loisir et les ressources de prendre ses marques et d’apposer sa signature sur les collections. Embargo oblige, on ne vous parlera pas des premiers bijoux dévoilés ce mois de janvier pendant la couture à Paris par cette anglaise raffinée. Disons simplement que le résultat va sans aucun doute provoquer l’engouement à la fois des ferues de mode et des passionnées de bijoux.

Qui est Francesca? Une recrue de choix assurement. Sa carrière impressionne par sa diversité. Dans le design de bijou, l'art de vivre, et même dans le parfum. Diplômée de l'école Central Saint Martin’s, cette anglaise née au Japon (son père était reporter de guerre pour le Times) a reçu votre master’s degree du Royal College of Art de Londres en 1993 avant de prodiguer son talent dans un vaste champs d’expression, au point même de devenir incollable sur les pratiques de fusion et de forgeage des métaux.

L’école Lagerfeld

Une curiosité aux aguets qu’elle tire de son enfance passée aux quatre coins du globe :« Quand je suis à Londres, les gens pensent que je suis italienne, quand je suis en Italie, on dit que je suis anglaise, j'imagine que je suis un mix. Je m'adapte facilement en tout cas, je peux observer les mentalités locales et les comparer sans me sentir déphasée. J'étudie plus que je ne me confonds dans un nouvel ensemble. J'ai aussi le sens de ce qu'on appelle en anglais le "Streetwise": admettons qu'on me dépose à Delhi, les yeux bandés et sans repères. Puis qu'on me dise, "allez!". Eh bien, je pense que je pourrais foncer malgré tout car le fait de voyager sans cesse m'a permis de développer cette capacité d’être en connexion, d'être "aware". Vous observez sans arrêt, et les choses doivent arriver vite ».

Sa grande aptitude au travail, sa curiosité universelle et son extrême méticulosité lui ont valu de travailler main dans la main avec Karl Lagerfeld notamment, à la fois pour Fendi et Chanel. « Quand j'ai accepté les deux taches, ils m'ont dit au téléphone, vous êtes sure? Vous ne voulez pas plutôt faire l'un ou l'autre? Car Karl produit énormément, les quantités sont énormes. Même s'il n'utilise que 60 looks, il y en a des centaines qui sont produits car il aime avoir ce foisonnement, là derrière, à disposition. Mais j'ai dis oui, absolument, je veux faire les deux. Et j'ai fourni ce qu'on attendait de moi en temps et en heure. Et quand vous avez cette réputation, à la fois de talent mais aussi de discipline, les gens de tous horizons viennent vers vous ».

Puis il y eut Marni, Asprey, Wedgwqood en passant par Alessi et Muriel Brandolini. Sans même parler de ses activités de consultante renommée, de curatrice de musées majeurs, comme le musée Gucci à Florence aux cotés de François pinault. Son dernier coup d’éclat, ce fut chez Tiffany & co, comme design director. On lui doit notamment la superbe collection T, qui a fait entrer le joaillier new-yorkais dans le XXIeme siécle.

Comme Lagerfeld justement, Francesca semble Insatiable. Comme Lagerfeld, elle réfute aussi le statut d’artiste pour préférer celui de designer. « Par exemple, quand Armani m'a demandé si je voulais faire des lunettes, j'ai dit oui bien sur, pourquoi je ne le ferai pas? Et pourtant, je ne savais absolument pas comment se font des lunettes. Mais parfois, ne pas s'avoir, c'est mieux, vous suivez votre instinct et vous faites des choses que les autres ne font pas. Ceux qui en savent trop n'arrivent plus à être créatifs. Et, très important, Il faut avoir confiance en soi. Moi, j'y vais avec mes tripes et mon instinct. Et puis, je ne dis pas que je n'ai pas de doutes, mais j'ai, malgré tout, cette confiance qui me permet d'aimer les travaux que je réalise. Je suis capable de dire: ce que j'ai fait est bien, c'est abouti, je peux passer à autre chose ». Cet autre chose, inutile de préciser qu’on a hâte de vous le présenter.

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