Joaillerie

Le retour aux sources de Chanel

by Hervé Dewintre
21.04.2017
La nouvelle collection de haute joaillerie Chanel s’inspire des premières années de modiste de la fondatrice de la maison. L’occasion de revoir les fondamentaux d’un style en devenir, avant que Gabrielle fasse son entrée dans la légende.
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Gabrielle Chanel en 1920.
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Bague "Maud" en or blanc serti de 36 diamants taille baguette et 62 diamants taille brillant.
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Travail sur la collection de haute joaillerie "Coco avant Chanel" dans l'atelier Chanel, au 18 de la place Vendôme à Paris. La pièce est finalisée et prête à être livrée.
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Dans l'atelier, finition des griffes.
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Bracelet "Jeanne" en or blanc serti de 2 diamants taille marquise, 2 diamants taille poire et 452 diamants taille brillant.

L’abbaye

Au fond, les artistes se caractérisent essentiellement par leur capacité à savoir écouter leur instinct. Or l’instinct ne crie jamais, il chuchote doucement, et seuls les esprits les plus attentifs développent cette aptitude précieuse qui consiste à capter ce murmure noyé dans le brouhaha de la vie. Une aptitude qui demande du silence et de la solitude. Ce sont précisément ce silence et cette solitude qui définirent les premières heures de la vie de Gabrielle Chanel, dans un orphelinat caché derrière les murs d’un couvent : l’abbaye d’Aubazine, en Corrèze. Un univers monacal nimbé de pureté romane où la jeune orpheline va porter en elle quelque chose de double : un goût du dépouillement et du noir et blanc qui contraste étrangement avec une fascination pour la luxuriance des vêtements religieux, pour le baroque, l’or, les pierres de couleur.

La garçonne

Les photos d’époque nous rappellent à quel point la jeune Gabrielle fut au premier plan d’un mouvement émancipateur qui, des suffragettes aux garçonnes, secoua l’Europe durant les Années folles. On voit sur ces clichés une jeune femme aux allures de garçon, qui s’inspire du vestiaire masculin, confectionne des chapeaux dont elle arrache presque rageusement les plumes et les oiseaux afin de les rendre plus simples. Paul Poiret est au désespoir, il essaye bien de moquer sa concurrente qui “habille les femmes comme des télégraphistes sous-alimentés”, mais c’est Gabrielle qui a raison, c’est elle qui va poser les jalons de l’allure du siècle à venir. Les cocottes adorent, les élégantes, un peu surprises tout d’abord, ne tardent pas à rejoindre le mouvement.

Le surnom

Si on ne devait retenir qu’un seul exemple pour définir la Parisienne, ce serait Gabrielle Chanel. Il faut relire pour s’en convaincre ce qu’écrivait Balzac plusieurs décennies avant la naissance de Coco : “La Parisienne veut toujours être ce qu’elle n’est pas. Ce qui est une qualité sublime. Ailleurs, il faut prendre la femme comme elle est, mais il n’y a qu’à Paris où les femmes savent faire de leurs défauts des agréments. La Parisienne n’outre pas, ne s’habille jamais avec prétention, elle aime la simplicité et l’harmonie, déteste les liens communs, ne confond pas le bavardage et la spiritualité. Son instinct la porte vers les artistes et sa vie n’est jamais tiède comme dans les petites villes où l’habitude dissout la volonté et éteint le sens du beau.” N’est-ce pas en tout point le portrait de la future Chanel, qui disait d’elle-même : “J’ai choisi ce que je voulais être et je le suis” ? Une femme qui a poussé le désir de se construire jusqu’à choisir la façon dont on devait la surnommer : Coco, parce qu’elle chante souvent Qui qu’a vu Coco dans l’Trocadero ? le soir dans un cabaret, devant des cavaliers en garnison.

Le diamant

L’insoumission de Gabrielle Chanel à tout code préétabli et son aversion pour toute forme de suivisme petit-bourgeois se sont notoirement manifestées par sa prédilection pour les faux bijoux en pâte de verre. Une forme d’irrévérence et d’esprit de contradiction qu’elle prolonge aux premières heures de la crise des années  1930 en se tournant vers le diamant, avec ces phrases devenues culte : “La raison qui m’avait amenée, d’abord, à imaginer des bijoux faux, c’est que je les trouvais dépourvus d’arrogance dans une époque de faste trop facile. Cette considération s’efface dans une période de crise financière où, pour toutes choses, renaît un désir d’authenticité, qui ramène à sa juste valeur une amusante pacotille. Si j’ai choisi le diamant, c’est parce qu’il représente, avec sa densité, la valeur la plus grande sous le plus petit volume.”

Le ruban

La collection de haute joaillerie “Coco avant Chanel” exprime à la perfection l’histoire de cette petite fille qui toute sa vie masqua ses origines paysannes et préféra inventer sa légende. Onze parures joaillières mettent en lumière deux éléments fondateurs d’un style aujourd’hui mythique : la dentelle et le ruban dont Coco ornait ses canotiers sur les champs de courses, ici réinterprétés en or et en pierres précieuses, dans des dégradés de roses et de gris. On a presque l’impression d’identifier un coup de ciseau ici et là sur ces dentelles asymétriques de diamants, de morganites, de pierres de lune et de saphirs Padparadscha, sur lesquelles se détache avec subtilité un motif de camélias, de fleurs ou d’oiseaux. Les bords sont vifs. Certains diamants sont gros comme le Ritz, mais ils sont presque cachés, fondus dans l’œuvre globale. Il n’y a pas de place ici pour l’ostentation, mais bel et bien une volonté manifeste d’exalter le tombé parfait, la fulgurance du geste créatif, la volonté de dépouillement, la quête insatiable de la légèreté. L’art joaillier est à son plus haut niveau lorsqu’il sait dérouler le ruban d’une vie.
 

www.chanel.com

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