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Découvrez Ghosteen, le nouvel album de Nick Cave

Avec Ghosteen, son nouveau double album extraordinaire de beauté, Nick Cave accomplit un chef-d’œuvre de poésie, une ode mystique qui transcende la mort et la douleur par l’amour.
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“Breath of Life”, œuvre de Tom duBois (2001), et pochette de l’album “Ghosteen”.

Des nuages d’électro inquiétants traversés de longues notes lumineuses d’orgue… et c’est un rayon de soleil transperçant les vitraux d’une cathédrale. Ghosteen s’ouvre sur un tour de force – Spinning Song (chanson tournoyante) –, un conte aux accents médiévaux au sujet d’un “roi du rock’n roll”, sa reine, le jardin d’un château, un arbre et le nid qu’il abrite. Il donne à voir un monde scintillant après les larmes, et s’achève par un envol, celui de l’oiseau, tourbillonne comme un chant d’amour ultime, déchirant, devant une table de cuisine avec, comme une incantation, ces mots : “Peace will come in time” (la paix viendra en son temps). Que l’on connaisse ou pas l’histoire de cet album particulier, il frappe en plein cœur ceux qui l’écoutent. En juillet 2015, pendant l’enregistrement de l’album Skeleton Tree de Nick Cave and the Bad Seeds, Arthur, 15 ans, le fils de Nick et Susie Cave et le frère jumeau de Earl (voir page de gauche), tombe accidentellement d’une immense falaise de craie blanche en bord de mer, près de leur maison de Brigthon. Cette mort brutale hante le documentaire One More Time with Feeling tourné à ce moment-là par le cinéaste Andrew Dominik (L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) sur la création de Skeleton Tree. En 2018, Nick Cave commence une longue série de conférences où il échange avec son public et se livre comme jamais, puisant un réconfort sans égal dans le partage des expériences de vie. En septembre 2018, il commence un blog – The Red Hand Files – où il répond en détails, avec empathie, aux questions choisies de ses fans : ce “blog” – à parcourir absolument – rappelle que Nick Cave, au-delà de ses chansons, est un écrivain hors pair, un poète et un humaniste. Dans le Guardian, en 2017, il explique qu’il est en train de compiler des pensées et des images au gré de son inspiration, qui deviendront ensuite Ghosteen : “Je sens que j’ai pris un tournant sur une route et erré dans un paysage ouvert et vaste. Les ‘douces prairies de l’anarchie’, comme disait [la poètesse anglaise] Stevie Smith.” Le titre même Ghosteen n’est pas vraiment l’assemblage des mots ghost (fantôme) et teen (ado) mais est inspiré d’un livre irlandais et signifie petit fantôme. Dans une déclaration sibylline, Nick Cave a désigné l’album comme un “esprit migrateur”, dont les chansons de la première partie seraient “les enfants” et celles de la deuxième “les parents”.

Ghosteen – Nick Cave and The Bad Seeds (Global Premiere)

L’accueil a été à la mesure de son œuvre, exceptionnel : plus d’un million de vues en un mois pour les une heure douze de Ghosteen, diffusé en avant-première sur YouTube, et des critiques dithyrambiques dans le monde entier, en faisant l’un des albums les plus acclamés de la décennie. Dans The Red Hand File, Nick Cave résume bien ce qui fait de Ghosteen une création universelle : “Je me suis assis et j’ai écrit, et écrit, et ce faisant, j’ai trouvé un moyen de retourner, ou tout au moins de traverser le voile du chagrin, de l’autre côté. Je ressentais très fortement que la souffrance collective et notre capacité à la surmonter étaient ce qui nous tenait ensemble. Ce n’était pas une vision pessimiste du monde, bien au contraire. Il est devenu évident qu’en tant qu’êtres humains, nous avons d’énormes capacités qui nous permettent de dépasser nos souffrances – que nous sommes équipés pour la transcendance… Ce faisant, la couleur est revenue aux choses avec une intensité renouvelée et le monde semblait clair, lumineux et neuf.” 

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