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Veja, une marque bien dans ses baskets

En 2005, et alors que personne n’y croyait, Sébastien Kopp et François-Ghislain Morillion, fondateurs de la marque française de baskets Veja, n’avaient qu’une seule idée en tête : produire une mode 100 % éthique et responsable. Quinze ans de travail acharné passé entre leur bureau parisien et le tréfonds de la forêt amazonienne leur ont donné raison.
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L’Officiel Hommes: Veja a pour mot d’ordre “La transparence est le futur”. Pouvez-vous développer ?

Sébastien Kopp et François-Ghislain Morillion : Nous n’avons pas de mot d’ordre ! Nous avons créé Veja avec un seul objectif: créer des baskets qui respectent à la fois l’environnement et ceux qui les fabriquent. Avec une vraie traçabilité de la production, que nous sommes allés chercher sur le terrain, dès le premier jour. Nous ne sommes pas restés derrière nos ordinateurs ou nos comptes Instagram. Nous avons déconstruit une paire de baskets classiques pour la reconstruire de façon clean. Dès 2005, Veja a sans doute été la première marque de baskets à acheter du coton bio directement aux producteurs locaux. Puis nous avons fait la même chose pour le caoutchouc en Amazonie, que nous achetons à des “seringueiros” (récolteurs de caoutchouc, ndlr) en forêt amazonienne. La production est assurée au Brésil, un pays qui n’a rien à voir avec l’Asie, en termes de droit social. Enfin, nous stockons chez Ateliers Sans Frontières, une association de réinsertion. Au final, nos actions ont un dénominateur commun : la transparence. Mais c’est un mot qui ne veut rien dire s’il n’est pas suivi d’actions concrètes. Comme mot d’ordre, je préfèrerais : “Reality is the future”.

Pour ce faire, le brief de l’entreprise est de “réinventer les baskets en créant une chaîne positive du producteur au consommateur, et en fabriquant différemment”. Était-ce déjà l’idée il y a quatorze ans, et a-t-elle évolué depuis ?

L’entreprise Veja ne se résume pas à un brief, mais plutôt à ses quatorze années d’existence. Son histoire a commencé lorsque nous avons appris à parler portugais dans les usines brésiliennes et les champs de coton bio, où nous avons passé la moitié du temps. Il y a une règle chez Veja, c’est de toujours parler de ce qu’on a fait, jamais de ce qu’il reste à faire. Partir d’une idée , n’avoir de cesse de la faire évoluer et grandir avec l’expérience. Aujourd’hui, l’entreprise compte 120 personnes extraordinaires, et c’est la première fois que nous avons enfin les moyens de nos rêves. L’aventure – démarrée avec 15 000 euros d’investissement de départ et aucun investisseur –a été rude, mais si c’était à refaire, nous ne changerions rien.

Veja, c’est trois millions de paires vendues et 265 tonnes de coton bio depuis 2005, pour ne citer que ces chiffres. Est-ce un challenge permanent que de tenir le rythme de croissance tout en préservant l’ADN de départ ?

C’est plus facile aujourd’hui. Créer une spirale positive, une façon de faire, entraîne une dynamique avec laquelle il est assez facile de grandir. Contrairement à beaucoup d’entreprises et de personnes, le changement n’est jamais un problème pour nous, c’est même devenu un moteur, voire une addiction! Faire face à des problèmes, les résoudre, évoluer, aller plus loin. Je crois que notre seule qualité, c’est la détermination.

Le budget dédié à la recherche - développement est-il décisif pour la suite ?

Évidemment. Et nous investissons de plus en plus dans ce domaine. Deux ingénieurs spécialisés ont été engagés, et des partenariats initiés avec des centres de recherche comme le Senai Institute for Innovation in Polymer Engineering brésilien. Nous travaillons également au quotidien avec des chercheurs et ingénieurs agronomes pour améliorer les conditions production de coton agro écologique et de caoutchouc sauvage présents dans nos baskets, et ce aussi bien au niveau écologique que socio-économique.

Coton biologique et agro-écologique pour la toile, coton recyclé à partir de chutes textiles domestiques, caoutchouc sauvage d’Amazonie pour les semelles, bouteilles plastiques recyclées pour le tissu technique, fabrication au Brésil, gestion des stocks par Ateliers Sans Frontières (association d’insertion)... À quel rythme apparaissent les nouvelles solutions ?

Tout le temps ! À chaque jour ses idées nouvelles, c’est même devenu un jeu. Et elles viennent de tous : équipe, fournisseurs... Ici, on ne se bride pas l’imaginaire pour inventer, créer, développer. Le challenge le plus difficile ? Que Veja ne devienne pas une entreprise comme beaucoup d’autres, lourde et apathique. Le challenge le plus excitant ? Créer pour notre équipe les jobs que nous aurions rêvé d’avoir.

Quelle serait la meilleure réponse à donner à ceux qui douteraient encore aujourd’hui du bien-fondé de votre entreprise ?

Nous ne cherchons plus à convaincre personne. Nous avons essayé au début. Passant notre temps à vouloir convaincre le monde entier de l’intérêt de notre démarche. Tous nous répondaient : “On se fout de l’environnement”, “On se fout des travailleurs”, particulièrement dans l’univers de la mode, l’un des plus hermétiques à ces sujets. Et puis un beau jour, ce devait être vers 2007, nous avons arrêté. Nous ne parlons plus que de ce que nous avons déjà fait. Nous cherchons juste à ouvrir la voie, il n’y a plus que ça qui nous intéresse.

 

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