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Andréa Rosso : "L’upcycling permet de rendre une part de leur histoire aux vêtements"

Diesel lance « DIESEL UPCYCLING FOR », une nouvelle série de collections plus respectueuses de l'environnement, sur ce concept très tendance de créer du neuf avec du vieux. Et qui de mieux placé pour en parler qu'Andréa Rosso, le fils de Renzo Rosso et nouveau "sustainability ambassador".
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L’Officiel : Vous avez votre propre marque, très portée sur l’upcycling. Était-ce différent de travailler sur cette collection pour Diesel, notamment au niveau du processus de création ?

Andrea Rosso : Diesel est une grande entreprise. La façon dont je travaille avec ma marque diffère, car il s’agit d’une collection très petite en comparaison. Pour autant, le processus reste identique, tout comme les problématiques. Grâce à l’expérience que j’avais déjà avec ma propre marque, j’ai pu améliorer et accélérer ce projet pour Diesel. Aller dans l’entrepôt, notamment au rayon des invendus destinés à être jetés, était pour moi une bonne initiative. J’ai aimé le fait de les récupérer et de les combiner à une collection actuelle, le tout avec une approche créative. Il me semble intéressant de constater à quel point nous pouvons agir facilement : une pièce datant de l’an dernier n’est pas nécessairement à bannir ni à définir comme passée de mode. Il suffit simplement d’y ajouter un twist. 

 

Comment avez-vous procédé pour cette première collection ?

Elle démarre avec un vieil ami : 55DSL. On puise dans l'héritage de Diesel en matière de denim afin de créer une esthétique colorée et sportive. Des vieux stocks, des pièces d'archives et des prototypes ont été retravaillés pour créer une série de produits complètement réinventés avec des traits de couleur vifs, des traitements tie-dye, des teintures minérales, des combinaisons de matières et des logos. Il ne s’agit pas d’une production industrielle, ni d’un produit qui a été un échec, nous le sublimons pour qu’il devienne une meilleure version de lui-même. Prendre quelque chose destiné à la destruction afin de l’élever à son plus haut niveau est une très belle approche.  À noter que nous suivons toutefois certaines règles : tous les produits sont certifiés, fabriqués en Italie, et si des traitements sont nécessaires il faut que ceux-ci soient également certifiés. Nous appliquons cette politique à chacun de nos articles : nous les filmons, les photographions, et gardons en mémoire chaque étape de la production. Chaque produit dispose d’un QR Code. Si vous le souhaitez, vous pouvez traquer votre vêtement avec votre téléphone. Nous appliquons une approche totalement transparente.

 

Était-ce pour vous évident d’utiliser, de réutiliser des produits du passé, des anciens tissus issus d’anciennes collections Diesel ? Et qu’est-ce que cette pratique vous permet d’apprendre ?

Tout à fait, cette approche me semblait logique. Tout mon vestiaire est lui même issu du second hand, du vintage. Je n’achète pas tant et, lorsque tel est le cas, je réflechis énormément avant d’effectuer l’achat. Grâce à cela, on apprend la manière dont la pièce est fabriquée. Chaque article est tel un témoignage. L’upcycling permet de rendre une part de leur histoire aux vêtements. Aussi, toujours dans cette démarche, nous mettons un point d’honneur à envoyer nos produits dans des emballages à 50% faits de polymère biologiques et recyclés. Tout tient à Diesel, de la politique de transparence lors de la production à l’envoi final. Même s’il ne s’agit pas d’une grande production, nous avons commencé avec 5 055 premières pièces, c’est suffisant afin de marquer et déclarer un changement possible. Nous envoyons un message fort, positif, comme quoi il est possible de ramener à la vie les invendus, tout en préservant un certain système économique.

 

Pouvez-vous dire qu’il s’agit d’une nouvelle ère pour Diesel ?

Pourquoi pas. S’il s’agit d’une nouvelle ère, il ne s’agit alors que du commencement. Le début pour répandre une voix. Pour comparer ça à une situation commune, cette initiative revient à la même chose que le grand nettoyage de Printemps dans sa chambre. En rangeant, et rendant plus clair autour de soi, on retrouve un objet laissé à l’abandon depuis deux ans. Alors on le ressort, on l’ajoute comme nouvel élément de décor et celui-ci rend vraiment notre intérieur agréable ! Pourtant, ça faisait si longtemps qu’il était oublié. J’espère que nous réussirons cette même approche avec toute la production que nous faisons chez Diesel. Même si ça peut prendre du temps. Les équipes chez Diesel, après avoir lancé cette possible nouvelle source stratégique, se sont très rapidement intéressés à la qualité, la manière de produire, les certifications mises en place, etc… C’est ainsi qu’on comprend qu’il faut donner de la grande valeur à cette mouvance clean. Et, petit à petit, faire en sorte que tout ceci prenne une grande part dans l’avenir. 

 

Certaines personnes de l’industrie de la mode affirment que la mouvance sustainable /durable est le nouvel outil marketing des marques. Qu'en pensez-vous ?

Je ne peux nier qu’il y a effectivement beaucoup de marketing qui accompagne cette tendance. La data prouve que les clients n’achètent désormais plus de la même façon. Grâce à ces nouveaux acheteurs, nous devons proposer un service en accord avec leurs nouvelles demandes. Tout le monde possède sa propre mentalité, et le rapport à la durabilité a déjà commencé il y a quelques années. Il nous tient à coeur de ne plus gaspiller au sein de Diesel, et nous souhaitons en ce sens toujours aller à un niveau supérieur. Maintenant, il s’agit presque d’une compétition. Autre exemple, en interne : en juin dernier, nous avons mis à disposition un sac de recyclage de bouteilles pour les équipes. En un jour, nous avons récolté 24 bouteilles. Dès lors, plus personne n’a ramené de plastique, ayant eu une réelle prise de conscience du gaspillage et de l’impact environnemental. Il suffit d’avoir cette « lumière verte », qui nous éveille et nous emmène vers une nouvelle approche de la durabilité.

 

Votre père vous a-t-il aidé dans ce projet ?

Disons qu’il m’a laissé beaucoup de liberté. Lorsque mon père vous bloque, c’est qu’il ne croit pas en vous. S’il ne vous stoppe pas, c’est qu’il est d’accord avec l’idée. Alors j’imagine qu’il était plutôt OK avec ma proposition ! Mais toute cette initiative a eu du bon, car il a réalisé l’importance et a appris le vocabulaire de l’upcycling. Il devait comprendre cela. Je suis né en 1977, lui en 1955. Quelque part, notre vocabulaire et notre mode de vie sont très différents de l’ère de nos parents. Et pour s’adapter à ce nouveau système, il est normal que ça prenne du temps. Cette nouvelle porte qui s’ouvre à Diesel, et la liberté m’ayant été permise par mon père, permettent d’avoir aujourd’hui de réels résultats.

 

DIESEL UPCYCLING FOR 55DSL est disponible dès le 22 février sur diesel.com, dans certains flagship DIESEL et dans une sélection de multimarques du monde entier.

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