Moscou, la ville où le foot est capital
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Moscou, la ville où le foot est capital

La Russie est-elle vraiment bien placée pour accueillir la Coupe du monde de football ? Non, si l’on s’en tient aux palmarès. Oui, si l’on se remémore l’histoire de ses clubs, et surtout celle de ses clubs moscovites. Bienvenue dans la patrie du Dynamo Moscou, du CSKA, ex-club de l’Armée rouge, et du Spartak…
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Les 8 et 15 mars, la double confrontation entre l’Olympique lyonnais et le CSKA Moscou n’était pas seulement une des affiches que proposait la Ligue Europa pour ses huitièmes de finale. Ces soirs-là, c’était aussi la place du football français que défendait le club rhodanien. Quand le match aller débuta, France et Russie étaient au coude à coude concernant l’indice UEFA – ce coefficient calculé sur la base des performances des clubs et qui détermine le quota des places en Ligue des Champions et en Ligue Europa. Les Français (5e) devançaient les Russes (6e) de 1 866 points, une marge infime à l’échelle d’un classement qui se resserrait progressivement entre les deux nations. Mais les Moscovites éliminèrent les représentants hexagonaux, et la statistique s’inversa. Ce qui venait de frapper la France était d’une logique imparable : vainqueurs à Moscou (1-0), les Lyonnais avaient déjoué chez eux au retour, laissant les Russes l’emporter (3-2) et se qualifier grâce au nombre de buts marqués à l’extérieur (c’est la règle dans cette compétition).

Et le ballon roula jusqu’à Odessa…

Ce qui venait aussi de frapper, c’était la realpolitik du ballon rond. La France reste désespérément ce pays où les grandes villes ne comptent pas plus d’un grand club, pas même Paris. Quand ses consœurs Londres, Madrid, Rome, Milan, Buenos Aires, São Paulo, Liverpool ou Manchester comptent au minimum deux grands clubs, porteurs de l’histoire de leur quartier, de leur culture, de leurs religions, de leurs communautés. Leurs équipes inscrivent ces métropoles sur la carte de nos rêves. Et leurs exploits leur donnent le beau rôle sur la carte du foot business. Si la Russie est le pays le plus vaste de la planète, elle ne domine ni le football ni le foot business. Mais si elle accueille la prochaine Coupe du monde, c’est parce que son histoire la place dignement sur la carte du foot. Grâce à ses clubs moscovites, entre autres.

Spartak, Dynamo, Lokomotiv, Torpedo…

Explications. Il fut un temps où SaintPétersbourg était la capitale de l’Empire de Russie. Or c’est dans les années 1885, soit trois ou quatre décennies après son invention en Angleterre, que le football a atteint l’Empire. Les journaux de l’époque évoquent des matchs entre expatriés anglais, écossais, allemands et français. C’est ainsi que le ballon rond arriva à Odessa, Tbilissi, Kiev, avant de gagner Saint-Pétersbourg. À Moscou, un passionné issu d’une famille allemande installée en Russie depuis le XIXe siècle, Pierre Fulda, est des plus enthousiastes. Pionnier, il fonde en 1896 le Cercle Sokolniki, une section sportive où l’on pratique le tennis et le football – deux sports british. Sokolniki est un district du nord de Moscou, et il donnera son nom au premier véritable club de la ville, en 1905 : le Sokolniki Sport Club (SKS, selon ses initiales russes), également créé par Fulda. Depuis 1917, Moscou est la nouvelle capitale, et a toujours bénéficié du plus grand nombre de clubs de football soviétiques puis russes.

Spartak, Dynamo, Lokomotiv, Torpedo, CSKA… des mots du monde d’avant. On se croirait au temps de la révolution industrielle. Avant Vladimir Poutine (une éternité). Avant les oligarques. Ces noms et ces blasons racontent l’âme russe, et plus encore l’Union soviétique. Celle de l’Armée rouge, de la Guépéou, du KGB, des appareils d’État aussi raides que l’autocratie. Chacun possédait son club, à Kiev, à Tbilissi, à Moscou, et dans toutes les grandes villes des Républiques qui composaient ce moloch appelé URSS. Les ministères et les administrations se concurrençaient jusque dans les stades. Fondé en 1911, doyen des clubs moscovites encore en activité, le CSKA fut longtemps le club de l’Armée rouge. Aujourd’hui, il est l’un des principaux pourvoyeurs de joueurs dans la sélection nationale russe. En 2005, il était devenu le premier club russe à remporter la Ligue Europa. Une compétition dont il a éliminé l’Olympique lyonnais cette année… En 1922, ce sont des syndicats (surtout ceux des travailleurs agricoles des kolkhozes) qui créèrent le Spartak Moscou. Celui-ci a toujours été le “club du peuple”. Raison pour laquelle, malgré son palmarès vierge de coupes d’Europe (mais riche d’une vingtaine de titres nationaux), il demeure le plus populaire du pays. Le Spartak, ce fut le club du grand Rinat Dasaev, probablement le meilleur gardien de but du monde durant les années 1980. Surnommé “le Rideau de fer”, cet homme longiligne et stoïque, aux réflexes étonnants, était quasiment imbattable sur sa ligne. Ses blocages de ballon impressionnaient autant que son sangfroid et sa concentration. Le monde du foot le découvrit au cours d’un formidable BrésilURSS du Mundial 1982. Ce soir-là, dans la fournaise de Séville, l’équipe soviétique résista aux Auriverde, dans un match où il fallut un penalty sur une faute imaginaire pour que les Brésiliens s’imposent. Le 18 avril 1923, la Tchéka (ancêtre du KGB) et la GPU (police d’État), toutes deux créées et dirigées par Félix Dzerjinski, révolutionnaire communiste, se réunirent à Moscou et fondèrent une société multisport, le Dynamo Sports – ainsi baptisée en hommage à Siemens et reprenant l’idée du “pouvoir par le mouvement” vantée par l’écrivain Maxime Gorki. La nouvelle société avait pour objectif de développer l’éducation physique et sportive dans le pays tout entier. Le club comprenait 45 disciplines sportives, dont le football, le hockey sur glace, le basket-ball, le volley, le handball. Quelque 6 000 installations sportives et 43 écoles de sport furent créées. Pour ce qui concerne le football, la société déploya plusieurs clubs dans le pays : le Dynamo Moscou, le Dynamo Kiev, le Dynamo Tbilissi ou le Dynamo Minsk. Après-guerre, plusieurs pays du bloc de l’Est créèrent à leur tour leur Dynamo, membre de la société Dynamo de Bucarest, Dynamo Zagreb, Dynamo Dresde. Avant l’éclatement du bloc soviétique, le Dynamo Kiev était le plus grand des

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