Femmes

Rowan Blanchard, une fille (presque) comme les autres

Tout droit venue d'Amérique, Rowan Blanchard incarne cette jeunesse américaine qui milite contre les armes à feu et pour les droits LGBTQ. Issue de l’écurie Disney, elle déborde de talent et de passion, et rien ne semble pouvoir l’arrêter, pas même Donald Trump. La jeune Californienne partage sa vision du style, sans artifice. L'occasion de faire briller les créations Tiffany & Co. sous les rayons éclatants du soleil de Los Angeles.
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"J'avais 9 ans quand j'ai ouvert mon premier compte Tumblr" m'explique Rowan Blanchard, comme si c'était la chose la plus normale du monde : pour elle, il est incroyablement difficile d'imaginer un monde sans réseaux sociaux. Aujourd'hui âgée de 16 ans, l’actrice, ancienne de Disney Channel, a grandi dans un univers où internet faisait partie des meubles. Sur Instagram, elle s’adresse aujourd’hui à un auditoire de 5,2 millions d’abonnés. Si je m’en tiens au portrait que les médias font des “jeunes” (soupir) et de leur relation à internet, je me focalise immédiatement sur ses aspects les plus négatifs: le cyber-harcèlement, l’image du corps irréaliste, la réduction de la capacité de concentration..., le tout ottant dans un océan de selfies réalisés avec des filtres chien sur Snapchat. Mais aussi justifiées que puissent être nos inquiétudes au sujet de l’ère numérique dans laquelle nous vivons, Rowan incarne une génération qui vit sa relation à internet comme une inépuisable bénédiction. Leurs communautés virtuelles sont pour eux des ressources illimitées, toujours là pour les inspirer et donner voix aux questions qui les passionnent. “Quand j’ai commencé à me servir d’internet, j’ai pu découvrir et reposter tout un tas d’artistes dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Ça a été pour moi une plateforme extrêmement éducative; ce n’étaient sûrement pas les adultes qui m’entouraient qui allaient m’éclairer sur le féminisme ou l’intersectionnalité – j’ai tout appris d’autres jeunes comme moi, sur le net.”

 

Activiste avant l'âge

 

Parler de précocité pour évoquer Rowan serait un euphémisme, mais j’hésite à m’attarder trop sur sa jeunesse, ou à la décrire comme très mûre “pour son âge”. Car cela reviendrait presque à nier qu’elle est très mûre, tout court, même si on a le droit d’être épaté par le degré remarquable de développement de ses idées. Pour sa part, elle commence juste à comprendre l’obsession constante des médias pour le hiatus apparent entre son âge et les questions qu’elle aime aborder – pour elle, blogger sur le féminisme intersectionnel à l’âge de 13 ans n’était que le prolongement naturel des discussions qu’elle et ses ami-e-s partageaient déjà à cette époque. Nous échangeons une grimace entendue en évoquant l’entêtement des journalistes plus âgés à étiqueter les idées de sa génération comme “radicales”.

“Ne m’en parle pas ! On me dit tout le temps que je suis radicale dans mes idées. Les gens sont systématiquement choqués de trouver les adolescents à l’avant-garde des questions de notre époque, de constater qu’ils parlent de certains thèmes, qu’ils fondent des mouvements... mais ça a toujours été le cas au cours de l’Histoire ! Ce sont toujours les jeunes qui ont été à l’origine de ce type de débats. Je pense que nous avons une notion différente de la sincérité, ne serait-ce que parce que nous faisons l’expérience de beaucoup de choses pour la première fois... Notre colère, c’est de la colère. Notre tristesse, de la tristesse. Il y a quelque chose dans cette absence de filtre qui crée les conditions idéales pour la rébellion.”

"Qui est en position de décider d’être activiste, et qui n’a pas le choix, parce qu’il ou elle est forcé-e de se battre ?"

Depuis maintenant des années, Rowan est reconnue non seulement pour son travail d’actrice – elle était un personnage récurrent de Le Monde de Riley des studios Disney pendant plusieurs saisons avant de décrocher un rôle dans Un raccourci dans le temps, d’Ava DuVernay, au début de l’année – mais aussi pour sa capacité à faire connaître les questions qui lui tiennent à cœur par un public plus large. Elle s’est beaucoup exprimée sur les droits des femmes et des LGBTQ, ainsi que sur la restriction des armes à feu, notamment, mais même après avoir prononcé un discours sur l’inégalité entre les genres à la Conférence mondiale sur les femmes des Nations Unies (là encore, à 13 ans...), elle n’est pas à l’aise avec l’appellation “d’activiste.” “Je crois que ce qu’il y a d’agaçant dans l’emploi du mot ‘activiste’ dans ce contexte, c’est que j’ai un grand nombre d’amis dont l’identité est plus fragilisée que la mienne, plus directement menacée par le gouvernement de Trump, et rien qu’en s’efforçant de survivre et d’être qui ils sont, ils deviennent, par la force des choses, des ‘activistes’. Alors, oui, peut-être qu’ils sont trans, parce que c’est comme ça, mais dès qu’ils s’expriment sur le sujet, les voilà taxés d’activisme, et ainsi de suite. Donc j’ai des sentiments ambivalents à l’égard de ce terme – qui est en position de décider d’être activiste, et qui n’a pas le choix, parce qu’il ou elle est forcé-e de se battre?”

 

Une lycéenne presque comme les autres

 

Entendre Rowan parler du combat auquel elle et sa génération sont confrontées dans l’Amérique de Trump est troublant, notamment parce qu’elle est encore trop jeune pour voter. Il y a une tension palpable dans sa voix lorsqu’elle évoque l’anxiété et la détresse qu’elle ressent face au paysage politique, mais elle ne perd jamais des yeux son privilège, et le fait que la politique du gouvernement américain actuel a des répercussions plus délétères sur certains groupes que sur d’autres. “La situation n’est pas bonne pour les femmes. J’ai vraiment peur que des acquis comme la pilule soient retirés. C’est une chose qui pourrait m’affecter bientôt. Je suis queer, tous mes amis sont queer, pour cette raison, la politique gouvernementale me touche très personnellement, mais d’un autre côté, beaucoup moins – j’ai grandi à L.A., je suis indépendante financièrement... Je bénéficie de nombreux avantages que d’autres n’ont pas. Franchement, je trouve ça vraiment dommage que les gens plus âgés n’aient pas pris la peine d’apprendre la véritable histoire de leur pays. Les familles séparées à la frontière et incarcérées dans des centres de détention, ce n’est pas une nouveauté, et pourtant les gens tombent des nues... Il y a vraiment des moments où je me dis, merde... il n’y a rien que je puisse faire.”

Alors que fait-elle ? Aux yeux de Rowan, l’art et la littérature sont essentiels pour apporter un peu d’espoir dans ce paysage sinistré. Ses yeux s’illuminent lorsqu’elle m’explique que la lecture l’a “sauvée”. Pour elle, des ouvrages tels que Les Argonautes de Maggie Nelson et White Girls de Hilston Als sont “des textes nécessaires à la survie”. Au début de l’année, elle a elle-même sorti un livre, Still Here – un recueil de pages de ses journaux, de poèmes et de photographies, avec des contributions de ses ami-e-s, parmi lesquels Gia Coppola, qui partage avec elle notre couverture de L’Officiel. Composée comme un carnet intime, la première page, poignante, annonce, à la main: “JE NE SUIS PAS TROP JEUNE POUR RECONNAÎTRE UN MENSONGE.” Rowan, bien sûr, se montre modeste, voire désinvolte, lorsque nous évoquons son travail. En note d’introduction, elle résume parfaitement les émotions magiques de l’adolescence, et son désir puissant d’en tirer parti et de les disséquer.

Behind-The-Scenes: Rowan Blanchard in Beverly Hills - L'OFFICIEL

Rowan is wearing Tiffany & Co. jewelry
Photography by Daria Kobayashi Ritch

Video directed by Logan Rice
Music : Jacob by Sebastopol
Casting : @jenjalouse
Styled by Christopher Horan

Retrouvez la suite de l'interview dans le numéro de septembre de L'Officiel de la Mode, disponible en kiosques.

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