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Sylvia Hoeks : "J’étais une enfant très timide"

La carrière stellaire de l’actrice néerlandaise Sylvia Hoeks a fait d’elle une voyageuse dans le temps, entre la série futuriste “See” et le film historique “Seacole”.
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Photographe : Evan Browning - Styliste : Jennifer Eymère

Reconnue pour son rôle de Luv, répliquante défiant farouchement la mort dans Blade Runner 2049 en 2017 avec Ryan Gosling et Jared Leto, Sylvia Hoeks joue aujourd’hui Queen Kane dans la très attendue série télévisée See, produite par Apple, dans laquelle la civilisation a littéralement perdu la vue à la suite d’une épidémie mondiale. Pour incarner un personnage aveugle, Sylvia Hoeks a lu L’Histoire de ma vie, de Helen Keller, et a répété les yeux bandés avec un entraîneur malvoyant. “Quand on se concentre les yeux fermés, ce qui reste, en tout cas pour moi, c’est la perception de la température”, explique l’actrice en fermant ses immenses yeux chocolat. Elle écarte une mèche de cheveux de son front – des cheveux très courts, après avoir dû se raser la tête pour le rôle. “Vous pouvez sentir sur votre peau quelqu’un s’approcher, ou le vent ou même un son. C’est très intéressant de se figurer comment les choses fonctionnent une fois que vous enlevez la vue.”

La troupe d’acteurs, qui inclut Jason Momoa et Alfre Woodard, a tourné pendant plus de sept mois dans les montagnes et les forêts isolées autour de Vancouver. “C’était fou. Il y avait des ours, se souvient Sylvia en riant. Dans le film, parce que tout le monde est aveugle, la nature a repris le dessus. C’est l’un des points positifs de cette histoire : la Terre peut prospérer à nouveau, et les gens revivre en harmonie avec elle. Même si l’intrigue est futuriste, elle donne l’impression de remonter le temps à une époque où la nature avait toute sa place.” Écrit par Steven Knight et réalisé par Francis Lawrence de Hunger Games, See fait partie du lancement déjà très médiatisé d’Apple TV. Chaque épisode a coûté près de 15 millions de dollars. 

Après See, Sylvia Hoeks a fait un bond en arrière en interprétant l’infirmière britannique pionnière Florence Nightingale dans le film Seacole (2020), qui raconte l’histoire de la Jamaïcaine Mary Seacole (Gugu Mbatha Raw), une infirmière autant qu’une figure maternelle ayant travaillé aux côtés de Florence Nightingale au cours de la guerre de Crimée. “Personne ne parle d’elle parce qu’elle était noire, raconte Sylvia Hoeks à propos de cette figure oubliée des livres d’histoire. En ce sens, ramener ce récit au jour et créer ce film était magnifique, ça permet de montrer ces deux femmes exceptionnelles ayant joué un grand rôle dans la guerre de Crimée. Mary Seacole est un beau personnage.” Avant d’entamer le tournage de son prochain film, Plan A, s’inspirant de l’histoire vraie d’un groupe de survivants de l’Holocauste qui projette de se venger des nazis en empoisonnant le système d’approvisionnement en eau en Allemagne, le projet de Sylvia Hoeks est de décorer la maison qu’elle a achetée avec son mari, le photographe Boaz Kroon, dans les collines de Hollywood. La maison a plus de cent ans et appartenait à l’acteur Morgan Woodward, connu pour jouer les méchants dans les westerns, notamment dans Luke la main froide avec Paul Newman (1967). “Nous allions visiter une autre maison quand mon mari et moi sommes tombés sur celle-là, et en entrant j’ai ressenti une énergie incroyable, raconte-t-elle avec enthousiasme. La maison est un parfait exemple du Old Hollywood. Morgan Woodward a vécu là pendant soixante ans et l’a vraiment bien entretenue. C’était merveilleux d’entendre les histoires sur ce personnage incroyable. Il est très agréable d’habiter une maison où a vécu un homme aussi spécial.”

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Un Hollywood qu’elle a en ligne de mire depuis l’enfance. Cadette de trois filles, Sylvia, qui grandit dans la petite ville de Maarheeze, aux Pays-Bas, rêve d’un monde plus grand que la Hollande. Elle est collée au poste de télévision et regarde des séries américaines, K2000, Drôles de Dames et L’Agence tous risques, en version originale. La jeune Sylvia apprend donc l’argot et l’accent américains. À 14 ans, elle est repérée par Elite et devient mannequin à Amsterdam, puis dans toute l’Europe. “J’étais une enfant très timide, dit-elle. Je pense que sans le mannequinat, je ne me serais probablement jamais retrouvée à une audition.” Sylvia étudie alors le théâtre pendant quatre ans et tourne dans des séries télévisées néerlandaises pendant l’été. En 2007, elle remporte un veau d’or, l’équivalent aux Pays-Bas d’un césar, pour le meilleur second rôle dans le film Duska. Sylvia parle et joue dans quatre langues (anglais, néerlandais, allemand et français) : “J’aime travailler dans d’autres langues que la mienne, cela donne une distance avec les mots que je peux remplir par le jeu physique.”

Elle ne réside à Los Angeles que depuis deux ans et demi mais a l’impression d’être là-bas chez elle : “Je pense que si vous avez de bons amis à Los Angeles, ça peut être un très bel endroit. Chaque dimanche, nous dînons avec un groupe d’amis, entre dix et vingt personnes. C’est une sorte de famille de substitution et c’est charmant.” Sylvia et son mari ont deux chiens, un mix pitbull-chihuahua nommé Iggy adopté dans un refuge à Amsterdam et un mix chihuahua-teckel trouvé en faisant du bénévolat pour l’association No-Kill Los Angeles, qui aide à protéger les chiens et chats abandonnés.

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Bien qu’à Los Angeles la tenue pantalon de yoga-tongs soit de mise, Sylvia préfère jouer avec la mode. Elle est proche d’Anthony Vaccarello, directeur artistique de Saint Laurent, et est fan de Prada, Valentino et Isabel Marant. “J’aime beaucoup la mode. Je pense que son côté transformateur m’est tout simplement utile. Chaque jour, je me réveille dans une ambiance différente et j’adapte mes vêtements en fonction. C’est comme ça depuis que je suis enfant. Ma mère m’a dit que, petite, j’étais la seule de ses filles à crier devant le placard parce que je ne voulais pas porter ce qu’elle m’avait préparé.” Sylvia est aussi une chineuse chevronnée de vintage, qui vend et achète sur des plates-formes telles que The RealReal et Vestiaire Collective.C’est mieux pour l’environnement, mais aussi pour apprécier des pièces réalisées il y a des années, et leur donner une nouvelle vie."

Sylvia Hoeks, from Blade Runner 2049 to Apple's See - L'OFFICIEL

Traduction Géraldine Trolle

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