Femmes

Pierre Hardy : “je n’aime ni la routine, ni les habitudes".

by Léa Trichter-Pariente
06.02.2017
Son nom est synonyme d’excellence. Rendez-vous matinal autour d’un café-croissant avec l’intellectuel du soulier, le chausseur Pierre Hardy.

Il cumule les prix et les honneurs et vient juste d’être promu chevalier de la Légion d’honneur. Derrière son côté premier de la classe se cache un Parisien passionné. Un homme, doux et sympathique, cultivé et élégant, qui ne se prend surtout pas au sérieux. Souvent reconnu comme un architecte de la chaussure, Pierre Hardy détonne par son humilité et son recul : “Je ne crée que des chaussures, pas des immeubles. La création est une chose légère. En revanche, je n’avais pas anticipé l’aspect chef d’entreprise. C’est une lourde responsabilité.” Né à Paris, il pratique la danse (que sa mère enseigne) et le dessin. Étudiant, il intègre l’École normale supérieure de Cachan, dont il sort agrégé en arts plastiques. Il choisit naturellement de devenir professeur de scénographie puis d’arts appliqués. “Comme professeur, je n’ai jamais été très donneur d’ordre.” La chaussure ? Elle est arrivée par hasard à travers la danse. Malléole, tendon d’Achille et cambrure, le designer maîtrise ces notions à la perfection. Des éléments de morphologie qu’il ne perd jamais de vue dans son processus de création.

“Une exposition ou un spectacle peut me nourrir visuellement pendant six mois.”

En 1988, il découvre la maison Dior comme styliste pour la collection de chaussures féminines et se rapproche du monde de la mode. Illustrateur pour des magazines, il est aussi directeur artistique des défilés du Festival international de mode et de photographie d’Hyères (auquel il sera à nouveau associé cette année, comme membre du jury) avant d’intégrer Hermès en 1990, où il œuvre toujours comme directeur artistique des collections de chaussures homme et femme et des bijoux. Il a d’ailleurs lancé pour le célèbre sellier la collection “Haute Bijouterie”. Design, architecture et art conceptuel sont les principales sources d’inspiration de cet artiste protéiforme. “Une exposition ou un spectacle peut me nourrir visuellement pendant six mois.”

Autre collaboration : avec Nicolas Ghesquière chez Balenciaga, où il signe durant plus de dix ans les collections de chaussures. Parallèlement, il fonde en 1999 sa propre marque. Son style ? Résolument graphique et féminin, ludique et intemporel. Adepte de contrastes et d’harmonie, il concilie courbes sensuelles et lignes pures. Aux collections de chaussures pour femmes succèdent celles pour hommes, ainsi que des sacs, de la petite maroquinerie, des foulards et des bijoux. Un univers qu’il réunit dans des boutiques écrins conçues par ses soins. “J’aime à concevoir des espaces. J’utilise le noir pour sa théâtralité.” La première boutique parisienne ouvre en 2003, dans les jardins du Palais-Royal, puis viendront celles de la place du Palais-Bourbon et de Jane Street dans le West Village à New York. La prochaine ouverture ? Celle de Tokyo, prévue ce mois-ci.

Êtes-vous un lève-tôt ?
Bien que je n’aime ni la routine ni les habitudes, je me lève tous les matins vers 7 heures. Je commence ma journée par une séance de sport: course, vélo, natation ou gym.

Quel est votre menu au petit-déjeuner ?
Avant le sport, un thé earl grey et des fruits. Après, une banane, des céréales ou un croissant.

Où prenez-vous votre petit-déjeuner ?
La semaine, chez moi; le week-end, je brunche à l’extérieur.

Vos adresses préférées pour le petit-déjeuner ?
À Capri, l’hôtel Punta Tragara face aux rochers Faraglioni, une brioche glace à la vanille. Dans l’Utah, l’hôtel Amangiri, cubes de béton au milieu du désert. J’aime leur american breakfast, œuf Bénédicte et pancake. À New York, le Cafe Cluny, près de notre boutique, pour son brunch au Bloody Mary.

Par Léa Trichter-Pariente 

Photographie RaphaëL Gianelli-Meriano

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