Femmes

Une nuit à Paris avec Angèle Metzger et sa bande

by Simon Liberati
06.09.2017
En tenue de soirée, dentelles ou sequins, tulle ou satin, elle nous entraîne dans son sillage de jour comme de nuit. Cette parisienne littéraire et noctambule séduit l’objectif de notre photographe comme la plume de son “beau-père” Simon liberati.
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Bustier en soie et pantalon en laine avec détails en métal, Roberto Cavalli. Boucles d’oreilles à strass, Blumarine.
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Robe en dentelle chantilly, Rochas. Boucles d’oreilles à strass, Blumarine.
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Robe à sequins argentés, Blumarine. Boucles d’oreilles en métal et cristaux Swarovski, Atelier Swarovski par Jason Wu.
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Robe en satin et plumes, Prada. Boucles d’oreilles en laiton, Céline. Choker en velours et strass, Blumarine. Cuissardes en satin brodé, Gianvito Rossi.
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Body épaulé en velours brodé de strass, pantalon et bottes “Niki” en velours, ceinture fine en cuir, Saint Laurent par Anthony Vaccarello.
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Manteau en laine brodé de cristaux, Miu Miu. Top en Néoprène et pantalon en laine, Paule Ka.
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Chemise en tulle avec nœud à sequins et pantalon en crêpe de soie, Elisabetta Franchi. Ballerines en cuir verni, Dior.
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Robe et pantalon en velours, Valentino. Boucles d’oreilles en laiton, Céline. Chaussures en cuir verni, Gianvito Rossi.
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Costume en crêpe de chine imprimé, Gucci. Chaussures en cuir verni, Gianvito Rossi.

Photographie Par Juliette Cassidy
Stylisme par Vanessa Bellugeon 
Texte par Simon Liberati
Vidéo Marc Beyney-Sonier
Maquillage par Gregoris Pyrpylis
Coiffure Simone Prusso
Assistant photo Jean-Romain Pac
Assistant stylisme Damèse Savidan

Le monde a changé depuis que j'étais à la Sorbonne. Une fille comme Angèle Metzger, mi-cool mi sérieuse, travaillant son latin entre deux photos et un premier rôle d'anorexique au cinéma, Je n'en ai jamais connu.

Montmartre, mardi 4 juillet, 20 h 45. “Tu peux ouvrir Toutou, c’est Lukas…” Toutou c’est moi, la voix sortie nue du dressing c’est Eva, Lukas c’est le jeune homme habillé en blanc avec un chapeau de cow-boy, quelques tatouages et le physique d’un jeune premier dans un vieux Warhol, genre Lonesome Cowboys
Près de lui, contre lui, se trouve Angèle, un faux air de Susan Atkins, la plus jolie des sorcières de la famille Manson… Elle porte une combinaison rouge avec des chaussures blanches, vaguement Courrèges. Une grande fille calme, jolie, posée, avec une voix traînante.
Ce sont mes beaux-enfants, on s’embrasse, on ne se connaît pas encore si bien que ça, c’est sexy comme deux couples qui viennent de se rencontrer dans un bar à la plage… Lukas est super-content de son chapeau, qu’il vient d’acheter aux Halles dans une boutique western. Le précédent avait été écrasé dans une soirée :
Putain, j’ai retrouvé une galette, j’avais les boules… Ahaha…” Eva sort du dressing dans un halo d’antimite… Elle porte une robe longue blanche, Chloé vintage époque Karl Lagerfeld. Ma belle-fille est enthousiaste, Eva avait d’abord mis une robe rouge, genre péplum (Vivienne Westwood), mais quand elle a su qu’Angèle était en rouge elle a changé.
Ça pue ici, c’est quoi ?” Lukas est tout blanc, comme son chapeau… Je lui explique que c’est l’antimite. Qu’Eva a un toc avec les mites, vu qu’elle passe son temps chez Guerrisol.
On s’enfuit vite dans l’Uber Van, en direction de la rue de Richelieu. Mes beaux-enfants aiment l’ambiance du restaurant de Davé… Les photos sur les murs, le rouge façon cabaret et Davé lui-même, bien sûr, avant tout.
Dans la voiture, Lukas montre à Eva des photos qu’ils viennent de faire avec Angèle pour V Magazine avec Brett Lloyd. Eva reste impavide devant les clichés de son fils nu avec son chapeau, une sorte de majesté ironique qu’elle a beaucoup développée depuis quelque temps. Bronzée, bouclée, décolletée, elle me fait penser à quelqu’un, une Italienne fin 70s, Dalila Di Lazzaro ou Alessandra Mussolini. Elle parle lentement, souvent hors propos, on dirait que son oreillette de traduction synchronisée est en panne. Lukas :
En même temps, maman, mes fesses, c’est ce que tu vas voir dans ton film.” Je m’empresse de noter la réplique de mon beau-fils, sur un bout de papier que j’ai trouvé dans ma poche. Angèle s’étonne de me voir ainsi noter n’importe où. Je lui explique que je fais toujours ça. Elle me parle d’une scène qu’elle a aimée dans un de mes livres. Une agitée californienne, Suzanne, la fondatrice des jeans Earl, que j’avais rencontrée à Deià en compagnie de son chihuahua Superdog et qui citait Jean Genet. Angèle lit beaucoup, c’est son job, elle est en hypokhâgne. Mutatis mutandis, le monde a changé depuis que j’étais à la Sorbonne. Une fille comme Angèle Metzger, mi-cool mi-sérieuse, travaillant son latin entre deux photos et un premier rôle d’anorexique au cinéma, je n’en ai jamais connu. Elle est contente parce que son prof a accepté qu’elle soit absente en septembre pour son tournage.

On arrive au scandale... je le connais, j'y suis allé dans une vie précédente. J'ai peur que les gens de la vie précédente soient encore là mais ils sont partis. Super-Angèle se jette au cou de deux nouveaux amis.

Davé nous accueille dans son antre, moulé dans son traditionnel T-shirt Marc Jacobs. Lukas l’aime bien et je crois que c’est réciproque. À la table à côté, il y a les Jalou, Éléonore, son fiancé, son chien, sa cousine Jennifer, enceinte et coiffée avec des macarons en forme de cornes. Il y a même Marie-José, sa “reum”, qui a abandonné son taxi parce qu’il y avait trop de publicités peintes dessus et qu’elle ne voulait pas arriver avec à la soirée de lancement du parfum Gabrielle de Chanel. Va savoir pourquoi, la conversation tombe sur les drogues. La maman de Jennifer nous raconte la garde à vue de sa fille, quelques semaines après moi et Beigbeder. À la sortie du Baron elle aussi.
C’était horrible, ils l’avaient enchaînée à un radiateur. Nous avons dû appeler un pénaliste.” Jennifer ricane avec Lukas et Angèle. Avec l’âge, je suis très content d’avoir une famille moi aussi. Je me rappelle mon studio de Pigalle dévasté par les stups… Ma solitude. Un ange passe. Deux Italiennes en jupes fendues jusqu’à la taille. Je mets mes lunettes de vue, ce qui n’échappe pas à Lukas, qui rigole. Je prends alors l’air sérieux. Je me sens un peu comme Bruce ­Jenner dans Keeping Up with the Kardashians, chargé d’âmes… Eva s’agite :
Il faut en profiter, le vin est meilleur que d’habitude.” Eva s’est réveillée. Elle parle de Karl et de Chloé avec Davé.
Éléonore me présente Hugo, qui va conduire la voiture de la soirée, une Bentley décapotable. Hugo me confie qu’il possède aussi quatre Range Rover. Je lui demande pourquoi il possède quatre Range Rover, il m’explique qu’il les achète 3 000 € pour les revendre dix fois plus cher. Je m’écrie :
“Comme Simone Weber !”
Passé un certain âge il faut accepter que certaines blagues restent incomprises… J’en place encore environ 60 %… Ça va aller, comme dirait Doc Gynéco… Texto de Jennifer : un selfie avec Pharrell Williams :
“Je lui ai pourri son show !”
Avant de nous rendre à la soirée Chanel, Lukas a prévu de passer au Scandale, un bar proche de Pigalle. Le cameraman nous prévient qu’il va falloir se serrer à quatre à l’arrière de la voiture. Lukas a apporté un CD de rock identitaire. Oi ! Oi ! Oi ! crient les chœurs skinhead pendant que nous remontons l’avenue de l’Opéra. Angèle rit comme une enfant pendant que Hugo Pratt accélère à 120-130…
Je n’ai jamais fait de décapotable dans Paris.”
Ça aussi ça m’étonne… À 20 ans j’aurais pris l’air blasé. Eva demeure impassible, ses yeux se ferment en demi-lune. Je vois qu’elle a sommeil ou qu’elle pense à autre chose. Les accélérations d’Hugo la font crier mais c’est plus par politesse que par émotion. Je la connais, je suis sûr qu’elle va vouloir aller se coucher dans pas longtemps.
En fait, elle est contrariée parce qu’elle voulait passer à la fête Chanel avant d’aller dans le bar de Lukas. Impossible de dire ça à son fils sinon ils vont s’engueuler. Ils sont pareils, la tête près du chapeau.
Hugo nous demande si ça va.
Tant que mon beau-fils ne perd pas son chapeau de cow-boy.
Lukas rigole, ça me fait toujours plaisir. On arrive au Scandale… Je le connais, j’y suis allé dans une vie précédente. J’ai peur que les gens de la vie précédente soient encore là mais ils sont partis. Super-Angèle se jette au cou de deux nouveaux amis. Nassim, un adorable grand éphèbe de 19 ans genre Mille et Une Nuits drapé dans un maxi-manteau, et un Américain irrésistible de 18 ans qui ressemble à Lukas en plus manga. C’est le coup de foudre, je l’adore, je voudrais bien le prendre comme secrétaire particulier.
Comment tu t’appelles ?
– Quinn Bentley.

Décidément… Quinn Bentley a des yeux de Bambi, il a une manière très étudiée de bouger ses mains comme une danseuse balinaise. Il me dit qu’il vient de Portland, Oregon. Les Jalou nous ont suivis à scooter, le fiancé d’Éléonore nous montre un tour marrant avec son chien, il fait semblant de tirer dessus et le chien se couche sur le dos pour faire le mort. Lukas propose d’aller au fond du bar sur une sorte de mini-scène arrangée en box. J’adore le papier mural : des photos de palmiers comme du papier journal agrandi. Ils prennent tous des scandales (le cocktail maison) et moi un Perrier. J’explique au cameraman que j’ai arrêté de boire mais que je recommencerai à 75 ans. J’essaye de me rappeler la dernière fois que je suis venu ici, impossible. Angèle me dit que le barman a dit que je ressemblais à Bukowski. Je pense que c’est à cause de mes cheveux. Quinn Bentley trouve la nouvelle coiffure d’Angèle très réussie (elle s’est coupé les cheveux pour jouer l’anorexique).
“Toutou, j’ai sommeil, j’ai envie de rentrer à la maison !
Eva a les yeux de plus en plus troubles. Hugo Pratt propose de la raccompagner mais j’opte pour un taxi. Nous sortons sur le trottoir dans la chaleur de la nuit.
Eva me fait des adieux touchants. Nous remontons dans la Bentley, à trois c’est plus cool à l’arrière. Je regarde la colonne Vendôme et la pharmacie Swann alors que l’autoradio diffuse I Wanna Be Your Dog à fond. Accélération sur la place de la Concorde et le cours la Reine. L’aiguille dépasse de nouveau les 100… Hugo nous explique qu’il pratique le pilotage en amateur. Juste en dessous du Palais de Tokyo, il refait une pointe à 130 dans une rue étroite devant un car de flics en faction. J’entends les policiers crier :
Bande de cons.
Au Palais de Tokyo, la soirée Chanel touche à sa fin. Je joue à cache-cache avec Lukas et Angèle dans un labyrinthe de miroirs déformants. L’ambiance est fantomatique, quelques attardées corporate sanglées par de petits sacs blancs molletonnés-­chaînés-dorés s’agitent sur un mini-dancefloor perdu comme une île lumineuse au milieu des vastes espaces.
C’est sur la terrasse du Palais de Tokyo que se retrouvent les derniers invités. Je tombe sur quelques connaissances, Camille Bidault Waddington, Pilooski… Angèle et Lukas ont des dizaines d’amis. Je présente à Lukas un autre amateur de ­Stetson, un hallucinant octogénaire californien vêtu en lézard, qui possède une maison sublime non loin de chez Sharon Tate, à Benedict Canyon. Il m’a expliqué qu’il avait acheté le terrain en 1970 juste après l’assassinat, le prix du mètre carré avait baissé.
C’est l’heure de rejoindre ma citrouille, un bon vieux taxi G7 direction Montmartre. Je texte à mes enfants qui vont couler leur vie de noctambules sans moi.

Le Paris nocturne d'Angèle Metzger

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