Femmes

L'accessoire est-il accessoire ?

by Mathilde Berthier
15.05.2017
Tantôt cool mais insortable, tantôt pratique mais trop classique, l'accessoire se cherche une raison d'être. Et lance un énième défi aux créateurs : rendre le contingent indispensable.

À quoi sert un sac en 2017 ? À ranger ses clefs ? De toute évidence. À se faire remarquer ? Aussi, et c'est tout le rôle de la mode, qui aime jouer les petits chimistes : "Mon travail commence après la fonctionnalité. Il sert à la faire oublier. Le but du créateur est d'apporter à l'accessoire du signifiant, du symbolique. En mode, les attentes vont bien au-delà des fonctions qu'un objet doit remplir.", analyse le chausseur Pierre Hardy, président du Jury Accessoires au 32e Festival d'Hyères. Partir d'un objet du quotidien, "secondaire", et l'élever au rang d'objet design : noble mission, qui redistribue les cartes entre prêt-à-porter et accessoire. Fantaisie facultative devenue poule aux œufs d'or, le sac à main ne complète plus une silhouette, il la dicte : "Accessoire ou principal ? C'est toute la question... Chez certaines maisons, l'accessoire est devenu plus important que le reste. Mais la finalité d'un sac, c'est tout de même d'être fonctionnel. Par exemple, le Gabrielle de Chanel, même s'il peut être porté de mille façons différentes, a toutes les qualités requises : il a une sangle, suffisamment de volume pour qu'on y range plein de choses. Il va s'adapter au corps et aux usages de la fille qui le porte.", commente Alexandra Golovanoff, acolyte de Pierre Hardy dans le jury hyérois.

"Chez certaines maisons, l'accessoire est devenu plus important que tout le reste."

À trop courir après la mode, l'accessoire peut donc se perdre en route. Lassée de chercher désespérement ses clefs dans son cabas d'1m2, la femme d'aujourd'hui opte pour une solution radicale : ranger son it-bag au placard et sortir de chez-soi les mains dans les poches. Devenu indispensable par excès de zèle, l'accessoire redevient accessoire... La maroquinerie en péril ? Pour Sophie Fontanel, le risque est moindre : "Le sac, on va certes moins en porter, mais on va continuer à en acheter." Parfois proches du ready-made, les accessoires "principaux" ont toujours le vent en poupe chez les puristes. Et les grandes maisons cherchent des solutions intermédiaires. Forte de soixante années d'expertise dans l'accessoire, la maison Chanel a relevé le pari du synchrétisme avec son "Gabrielle", sac fusion qui se porte à l'épaule, à la main, à la taille et sur le dos. De la maroquinerie ludique donc, qui transcende les bases du genre, mais garde les pieds sur terre : "Un sac à main, ça veut dire : ''faire ce qu'on veut de ses mains''. C'est la liberté de mouvement. Le sac housse de couette ? Je trouve ça joli sur une photo, mais complètement improbable. Un sac à main sert à ranger ses affaires. Si ça peut être joli, c'est bien. Si on pouvait tout mettre dans une poche...", conclut Camille Bidault-Waddington, un Gabrielle à la taille, sur la terrasse de la Villa Noailles. L'accessoire est mort, vive l'accessoire.

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Crédits photos : Sac "Gabrielle" de Chanel, défilé automne-hiver 2017/18 et défilé Croisière 2018 (de haut en bas).

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