Beauté

Pourquoi Gabrielle de Chanel est déjà un classique

by Antigone Schilling
25.09.2017
Que faut-il pour qu’un parfum devienne intemporel ? Quelques ingrédients savamment dosés, à commencer par un nom. Gabrielle, que l’on associe à un patronyme mythique, est désormais une fragrance Chanel signée Olivier Polge, en voie d’entrer, avec élégance, dans l’Histoire.
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Classique, vous avez dit classique ? En parfumerie, un classique, inéluctablement, traverse le temps. Il s’impose comme une référence admirée pour sa justesse de ton, pour la réunion sous une bonne étoile de tous les paramètres qui le composent. Au départ il s’inscrit remarquablement dans son époque, il peut la bousculer ou au contraire s’y fondre avec pertinence. Grâce à des qualités intrinsèques, il doit réussir à s’imposer par une dimension quasi universelle. Parfum à signature, il se reconnaît à son sillage, personnel. Et après… il y aura ou pas alchimie avec son époque avant de devenir pérenne. Chaque décennie livre quelques classiques, certains parfois s’endorment, s’enlisent dans une accélération du temps qui ne pardonne pas le silence, mais le respect demeure pour les références immuables. Chez Chanel, le N° 5 demeure le classique par excellence ; cette composition quasi centenaire est désormais la plus célèbre du monde. Un parfum réussi et qui a des chances de durer, explique le designer de flacons Pierre Dinand, est comme une machine à sous au casino, il faut aligner les quatre cerises ou les quatre bananes. La fragrance, le nom, le flacon et la communication incarnent ces quatre éléments. Si l’alignement des planètes est réussi, les augures se présentent bien.

Le nom

Prénom des origines, Gabrielle a bercé l’enfance et a accompagné l’adolescence de la couturière avant que Coco ne s’invente et que ne se forge une personnalité audacieuse et hors du commun. Gabrielle, ce sont les origines, les racines autour d’un prénom d’archange. Marquée par la disparition de sa mère et par un père dépassé par les événements, Gabrielle Chanel passe son adolescence en pension dans un lieu austère, à Aubazine, une abbaye cistercienne à la géométrie stricte. Edmonde Charles-Roux, dans L’irrégulière, s’interroge : “Est-ce le monastère d’Aubazine qui lui donna le sens du dépouillement dont elle témoigna par la suite, son horreur instinctive pour ce qui dépassait la mesure, et la distance qu’elle sut marquer à l’égard de l’excès ?” Inconsciemment sans doute, Aubazine demeure une des sources de l’esthétique Chanel.
Gabrielle, c’est toute la puissance d’un être en devenir, d’une personnalité hors norme qui va jaillir. Une femme libre, audacieuse, mais aussi une grande amoureuse, une insoumise qui jamais ne renonce, qui toujours avance, gère ses créations, sa vie avec détermination. Gabrielle, le parfum, s’annonce comme l’identification à une femme qui a réussi, une des personnalités les plus célèbres de la planète. Ce prénom s’ouvre à une nouvelle vie, pour une femme prête à conquérir le monde : “J’ai choisi ce que je voulais être et je le suis.”

Un parfum

Indiscutablement, instinctivement, la composition est signée. Une sensation étrange surgit au débouché : c’est un Chanel ! Une conviction inébranlable et pourtant de l’ordre de l’inexplicable. Olivier Polge a choisi de privilégier les fleurs tout comme Gabrielle Chanel avait décidé pour son premier parfum que les fleurs seraient majeures et qu’elles seraient les plus belles et dans les meilleures qualités de l’époque, tout en voulant avec détermination “un parfum qui soit construit”. Pour ce nouveau bouquet abstrait, imaginaire, Olivier Polge a d’abord choisi quelques fleurs déjà très Chanel : l’ylangylang, le jasmin et la fleur d’oranger. Avec ces fleurs, Olivier Polge a joué. La fleur d’oranger pétille, rafraîchie de notes hespéridées, d’écorce de mandarine, de zeste de pamplemousse et de touche de cassis. Le jasmin accentue l’intensité. L’ylang-ylang, avec l’ajout de muscs blancs, a des accents “velours”. À ce glorieux bouquet, Olivier Polge a eu l’audace d’ajouter la plus ténébreuse des fleurs, la plus puissante, la plus hypnotique, la plus sensuelle et peut-être la plus déroutante de la parfumerie, la tubéreuse de Grasse. Autour de cette fleur, les légendes se sont tissées : il ne fallait pas laisser les jeunes filles s’en approcher la nuit par crainte de stimuler leurs sens. La tubéreuse ici se dompte, s’adoucit avec un santal suave, lacté. Une composition florale abstraite et résolument Chanel.

Le flacon

D’apparence sobre, simple, sage géométrie de mise au carré, le flacon recèle des prouesses techniques orchestrées sans ostentation, avec élégance. Déjà à l’époque du N° 5 cette sobriété à contrecourant fascinait. Pour Edmonde Charles-Roux, “ce qu’il y avait de remarquable dans le bloc à angles vifs que mettait en circulation Gabrielle, c’est qu’il soumettait l’imaginaire à un nouveau système de signes. Ce liquide d’or, prisonnier d’un cube de cristal nu et rendu visible à seule fin de désir.” Foin de décor alambiqué, de fioritures, la simplicité incarnée.
Pour Gabrielle, le sobre carré est réinventé et réussit une nouvelle perfection. Pour composer cet univers ont été choisies des sources d’inspiration issues de la couture : des broderies Lesage, un collier Desrue à motif de plumes… et une boîte en or et vermeil offerte à Coco Chanel par le duc de Westminster. Dans la base du flacon, point de poids de verre inutile, souvent associé au luxe, mais son contraire, en légèreté et transparence. La marloquette, terme technique qui qualifie la goutte de verre au fond des flacons, a été repoussée vers l’extérieur puis polie, éliminant le côté bombé pour réaliser une assise parfaite et droite. Sur les faces, de légers biseaux orchestrent une découpe géométrique de verre dont les lignes en rayons convergent vers le centre pour que s’y déploie l’étiquette. Un bouchon carré lamé mat siglé du double C coiffe le tout. Quintessence du style Chanel, il est reconnaissable, il remet le carré à l’honneur dans une version discrètement sophistiquée.

L’égérie

Pour incarner ce nouveau parfum, une personnalité d’aujourd’hui, une actrice déjà très Chanel, ambassadrice dans des campagnes pour les métiers d’art et le maquillage. Remarquée adolescente pour son rôle dans Panic Room, Kristen Stewart est passée de la saga Twilight à de grands films américains comme Into the Wild et à des films d’auteur comme Sils Maria ou Personal Shopper d’Olivier Assayas. Actrice aux choix précis, Kristen Stewart affiche également un style bien à elle. Déjà égérie du nouveau sac “Gabrielle”, elle va incarner le parfum et sera à découvrir dans une campagne photo signée Karim Sadli tandis que le film sera réalisé par Ringan Ledwidge. Une nouvelle Gabrielle.
Un, deux, trois, quatre… Un alignement de quatre critères pour réussir un nouveau classique ?

 

 

www.chanel.com

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