Beauté

Faut-il passer aux cosmétiques vegan ?

by Aurélia Hermange-Hodin
09.04.2018
Pas encore convertie à la beauté qui respecte la faune ? Si vous vérifiez déjà l’absence de parabènes dans vos produits et que vous êtes adepte du label Cosmos Organic, parions que la cosmétique sans ingrédient d’origine animale sera votre prochaine étape sur le chemin des soins plus responsables...

C’est un signe des temps. Dans les restaurants, les menus végétaliens se multiplient, Naturalia a ouvert trois magasins exclusivement dédiés au véganisme l’année dernière et, parallèlement, la consommation française de charcuterie n’en finit pas de chuter. Un phénomène incontestablement accentué par les vidéos chocs de l’association L214 et une prise de conscience généralisée de la souffrance animale. Alors, quand la tatoueuse, maquilleuse et militante végane Kat Von D s’installe en fanfare chez Sephora avec sa gamme de cosmétiques aussi performants que respectueux des animaux, le déclic se fait chez de nombreuses beautystas qui décident de sauter le pas et d’adopter le véganisme aussi dans leur salle de bains. Une démarche à la fois éthique, pro-naturelle et respectueuse qui suscite encore des interrogations.

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La jungle des étiquettes

“Être végan, c’est refuser toute utilisation du monde animal pour se nourrir, se vêtir, se soigner, mais aussi se maquiller”, explique Pascal Le Clech, cofondateur du site Veganie.com, spécialisé dans les cosmétiques véganes. Exit donc les produits laitiers, les œufs, la soie, la laine et le cuir, et, d’un point de vue cosmétique, la cire d’abeille, remplacée par des mélanges de cires végétales, ou la lanoline − une graisse animale utilisée pour son fort pouvoir émollient. Chez The Body Shop ou Lush, qui ne pratiquaient déjà plus de tests sur les animaux − la réglementation de l’Union européenne les interdit officiellement depuis 2013, mais des flottements subsistent… −, les pinceaux et le maquillage sont progressivement débarrassés de leurs composantes animales. Parfois, le remplacement s’avère difficile, comme l’explique Hilary Jones, responsable des questions éthiques chez Lush : “Tous nos produits ne sont pas végans”, reconnaît-elle. “Nous utilisons encore du miel, des œufs ou de la lanoline dans quelques produits pour des raisons de consistance et de texture, mais nous continuons à chercher des solutions de substitution qui soient aussi efficaces. Comme nous ne voulons avoir recours ni à la pétrochimie ni aux tests sur les animaux, notre division recherche et développement est perpétuellement sur la brèche !” Ce qui explique une offre de mascara assez pauvre (faute de pouvoir utiliser la cire d’abeille) et une sous-représentation des rouges vifs : impossibles à obtenir à partir des oxydes de fer, ils proviennent en cosmétique classique de carapaces de cochenilles broyées pour obtenir le colorant E120, ou rouge carmin, également très utilisé par l’industrie alimentaire.

Et le casse-tête ne s’arrête pas là : pour être labellisé végan, un soin ne doit pas avoir été testé sur les animaux, que ce soient ses ingrédients ou le produit fini. Ce qui complique encore le choix des consommateurs, bien souvent perdus dans la jungle des labels, notamment lorsqu’il s’agit de différencier les pastilles Vegan et Cruelty Free. Le premier garantit un produit composé d’ingrédients végétaux et minéraux, n’intégrant aucune substance d’origine animale. En revanche, un produit peut être Cruelty Free sans être végan, car si le label assure que le produit n’a pas été testé sur les animaux, il peut contenir des composants tels que collagène de méduse, produits de la ruche ou dérivés de lait. Un doute ? Optez pour le label Cruelty Free and Vegan de Peta, l’association américaine pour un traitement éthique des animaux, qui garantit que la marque qui l’affiche exclut bien les tests sur les animaux et les ingrédients d’origine animale dans ses produits.

Demain, tous adeptes ?

Difficile pour les marques de ne pas suivre le mouvement. En Grande-Bretagne, une étude menée en 2016 par The Guardian a révélé que 42 % des végétariens avaient moins de 35 ans : pour toucher les millennials et la génération Z, particulièrement sensibles aux questions éthiques et environnementales, et qui abordent leur identité de manière holistique, impossible de manquer le tournant… Mais l’effort paye si l’on en croit le succès des récentes campagnes de marketing véganes des marques de maquillage Urban Decay ou Too Faced, qui ont signalé certaines de leurs formules végétaliennes et ont vu leurs ventes progresser grâce à une information largement reprise sur les réseaux sociaux. Si Urban Decay, présente sur le marché depuis plus de vingt ans, ne cesse d’ajouter de nouveaux produits à sa gamme de maquillage garantie Cruelty Free et végane, d’autres marques comme Anastasia Beverly Hills, Zoeva ou Eyes Lips Face semblent également avoir compris l’intérêt d’opérer cette transition pour continuer à plaire à un public attentif et pointu.

Cette stratégie contribue en effet à leur forger une image positive : “Les générations Y et Z ont le monde au bout des doigts”, martèle Hilary Jones, “avec un accès à des informations qui restaient cachées aux générations précédentes. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de chercher à séduire une poignée de consommateurs militants, mais bien de convaincre une nouvelle génération exigeante et critique vis-à-vis des entreprises et de la façon dont leur comportement touche l’humain et la planète.” Pour le secteur cosmétique, l’enjeu consiste également à prévenir un nombre croissant de défections chez des consommateurs non végans mais sensibilisés au phénomène, qui traquent déjà les parabènes, les sulfates et les silicones, font la guerre aux conservateurs, sont adeptes du “you are what you eat” qui a fait décoller la consommation de superfood − spiruline, goji, kale, etc. − et s’attaquent désormais à ce qu’ils appliquent sur leur peau. Or pour celles et ceux qui ont délaissé la cosmétique classique au profit de sa cousine végane, un retour en arrière semble impensable à bien des égards.

Rester vigilant

Si les avancées technologiques permettent aujourd’hui d’avoir accès à des ingrédients qui épargnent la souffrance animale, les consommateurs ne sont pas prêts pour autant à sacrifier l’efficacité sur l’autel de l’éthique. Un constat qui n’effraie pas les partisans de la cosmétique végane : “C’est un luxe énorme d’avoir le choix”, analyse Kat Von D, maquilleuse et créatrice de la marque qui porte son nom. “Je ne suis pas dans une démarche moralisatrice mais, en tant que végane et grande fan de make-up, je voulais créer des cosmétiques qui reflètent parfaitement mon mode de vie. J’étais déjà végétarienne quand j’ai décidé de passer au véganisme et, la semaine où j’ai arrêté les produits laitiers, j’ai vu ma peau devenir plus lumineuse que quand j’ai arrêté la cigarette ! J’étais moins fatiguée, plus sereine. Cela m’a décidée à reformuler ceux de mes produits qui n’étaient pas encore végans. Il a fallu du temps, de l’argent et des efforts mais nous avons trouvé tous les substituts.”

Pour autant, rappelons que végan n’est pas synonyme de bio et qu’un produit peut porter le label Vegan sans posséder le label Cosmos Organic : vous pourrez donc y trouver des substances chimiques, non issues du monde animal certes, mais potentiellement problématiques − huiles minérales, parabènes, conservateurs de synthèse, etc. Choisir de passer à la cosmétique végane relève surtout d’un engagement personnel qui ne dispense pas de rester vigilant sur les formulations. Un doute ? Téléchargez l’application Clean Beauty, qui permet d’analyser la composition des produits de beauté et d’hygiène grâce à une simple photo de la liste des ingrédients présents sur le packaging.

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Savon bio n° 6 aux flocons d’avoine, Savon Stories, 9 €.
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BB Cream, LilyLolo, 16 €.
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Mousse purifiante nettoyante bio à la rose, Mulondon, 19 € sur Veganie.com.
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Pinceau The Body Shop, entre 10 et 14 €.
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Sérum Correction Rides, Gisèle Delorme, 64 €.
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Exfoliant corps et visage Ocean Salt, Lush, 12,95 €.
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Base de teint Sérum Perfect 10, Emani, 36 € sur Qvc.fr.
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Gommage ultra-doux au kukui et perles de jojoba, Pai Skincare, 32 €.
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Vernis à ongles Colorisi, 10 € sur Colorisi.com.
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Huile sèche anti-âge bio, UVBio, 24,90 € sur Delafrance.com.
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Kit contour et illuminateur pour visage Cocoa Contour Chiseled to Perfection, Too Faced, 40,50 €.
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Rouge à lèvres Vice Lipstick, Urban Decay, 19,99 €.
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Shampooing au karité, Maui Moisture, 11,99 € en exclusivité chez Monoprix.

Gardez l’œil ouvert

Certaines substances prohibées par la cosmétique végane sont facilement identifiables. Mais quid de celles affublées de noms barbares ? Apprenez à décoder les étiquettes pour identifier les substances à éviter…

CI 75470 ou acide carminique

C’est le colorant rouge profond obtenu à partir de cochenilles écrasées. Très commun dans les rouges à lèvres et fards à joues, il fait aujourd’hui polémique car l’insecte meurt pour le produire. 

Collagène

Obtenu en cuisant les cartilages, il est extrait de carcasses d’animaux d’abattoir − ou de peaux de poissons lorsqu’il s’agit de collagène marin − et est employé comme agent filmogène (protecteur et anti-déshydratant). 

CI 75170 ou guanine

Ce complexe moléculaire dérivé d’écailles de poisson traitées chimiquement est ajouté aux produits que l’on cherche à nacrer. On le retrouve comme additif dans certains vernis, ombres à paupières irisées, blush ou shampooings. 

Kératine

On la retrouve à l’état naturel dans les poils, les plumes, les cornes et la peau des animaux. elle est employée comme agent lissant dans les produits capillaires. 

Squalane

Cet ingrédient utilisé comme émollient et hydratant est issu du foie de requin. On le retrouve dans les soins hydratants et anti-âge, mais il est aujourd’hui souvent remplacé par son équivalent végétal, tiré des olives.

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