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Céleste Boursier-Mougenot inonde la Fondation François Schneider...

Depuis son ouverture en 2013, le Centre d'art de la Fondation François Schneider a consolidé sa démarche d'expositions. Céleste Boursier-Mougenot – artiste du Pavillon français à la Biennale de Venise 2015 – occupe ainsi les espaces, à l'invitation de Marie Terrieux, directrice du lieu. Rencontre.
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L’OFFICIEL: Depuis votre prise de fonction en 2017, vous avez souhaité consolider l'image de la Fondation François Schneider (au plan national et international) en proposant une programmation à la fois pointue, parfois ludique et inclusive de nombreux publics. Quel regard portez-vous sur ces deux années de collaboration, quels retours avez-vous des visiteurs et institutions ?

MARIE TERRIEUX : Le Centre d’art de la Fondation est jeune, sorti de terre en 2013, il n’avait finalement que 4 ans en 2017 ! J’ai trouvé un lieu formidable, doté d’un grand potentiel, une très belle surface pouvant accueillir de beaux projets et notamment de grands ensembles, ayant trois plateaux très ouverts. J’ai rapidement voulu donner une cohérence à la programmation, trouver un équilibre entre les œuvres du concours annuel “Talents contemporains” de niche, et des projets plus accessibles pour un public varié. Nous sommes dans un petit village niché au bas des contreforts des Vosges, il faut au minimum 30 minutes de route pour venir jusqu’à nous, c’est pourquoi il semble évident de chercher à rassembler les publics avec des propositions à la fois fortes et ouvertes. La démocratisation de l’art n’empêche pas la qualité et l’exigence intellectuelle. J’ai imaginé une belle exposition sur les Nuages l’été dernier, avec différents degrés de lecture : sensorielle, poétique, engagée et écologique. Les enfants pouvaient s’identifier aux œuvres de Rhona Byrne, Caitlind Brown ou Wayne Garrett, quand des étudiants en art ou des historiens pouvaient identifier les références à l’histoire de l’art. Nous avons considérablement varié nos publics par une augmentation de 6 000 à 10 000 visiteurs par an, des publics familiaux, des petits, des grands… J’ai développé tout un programme de médiation et d’accueil des publics avec, entre autres, des projets “de société”. Nous avons par exemple travaillé trois mois avec un groupe de patients d’un hôpital psychiatrique sur le thème des nuages et du cyanotype à l’automne 2018 ; cela a donné lieu à une petite exposition dans le Centre d’art, avec un vernissage et une communication adéquate. J’ai donné la possibilité à vingt écoles de présenter les œuvres de 800 élèves sur le thème de l’eau et ce fut une réussite. Nous travaillons en ce moment à une collaboration entre un des artistes de notre collection et une maison d’arrêt proche de la Fondation. Les détenus de la maison d’arrêt élaboreront un projet en 2020 qui sera ensuite exposé dans nos murs. Je tiens à ce que ces créations soient exposées afin de valoriser leur travail et leur collaboration. C’est forcément bénéfique. Avec les artistes du concours “Talents contemporains”, je m’applique à mettre en valeur leurs œuvres avec un travail approfondi d’interview vidéo, accessible sur notre site le temps de l’exposition, et des textes afin d’ouvrir le champ de leur création et de leur démarche auprès de notre public. Nous travaillons de plus en plus à créer des passerelles avec la communauté de communes, les institutions alentour, les offices de tourisme en leur prêtant des œuvres de la Fondation. Il y a encore beaucoup de travail mais je constate que notre institution commence à être bien identifiée et reconnue sur le territoire et au-delà. Le public semble satisfait des propositions et de son temps passé à la Fondation. Une régularité s’installe dans la fréquentation de nos événements avec des visites guidées mensuelles, des concerts ou des conférences.

L'exposition d'été, “Liquide liquide” – en référence au groupe post-punk new-yorkais – est dévolue à Céleste Boursier-Mougenot, artiste du Pavillon français à la Biennale de Venise 2015. Qu'est-ce qui a motivé votre choix et comment se sont déroulés vos échanges ?

Je souhaitais présenter des projets d’envergure, tel celui-ci, afin de sensibiliser un public important et faire découvrir notre lieu avec la complicité d’artistes majeurs comme Céleste Boursier-Mougenot. Je ne suis pas dans une logique de chiffre d’affaires, nous sommes une Fondation d’utilité publique fonctionnant sur une démarche philanthropique et souhaitons partager ce lieu formidable avec une audience large, où le visiteur vient expérimenter un projet fort. En arrivant à la Fondation j’ai vite pensé que Clinamen, une des œuvres phares de Céleste Boursier-Mougenot, trouverait parfaitement sa place dans la grande halle du bâtiment... Ce projet constituait un pari risqué car submerger le bâtiment impliquait quelques enjeux techniques de taille : 130 tonnes d’eau dont 30 en mouvement ; des bassins à tous les étages, une cascade extérieure, une chute sur une baie vitrée de 6 mètres de haut, de l’eau qui coule dans tous les escaliers et trente tonnes de verre en extérieur… Céleste Boursier-Mougenot a passé 6 semaines sur place lors du montage, auprès de notre équipe exceptionnelle dédiée au montage, sous la supervision d’un régisseur et d’une chargée de production. Cette exposition, outre sa grande force artistique, a impulsé un esprit d’équipe supplémentaire et consolidé nos engagements.

Dans le cadre de cette carte blanche, comment les œuvres de l'artiste s'inscrivent-elles dans les différents espaces de la Fondation ?

Céleste Boursier-Mougenot a quasiment tout créé in situ et intégralement investi le centre d’art, incluant les extérieurs. Le parcours est une déambulation inversée par rapport au sens habituel de visite du lieu, puisque l’on démarre par les entrées techniques de la Fondation, converties pour l’occasion en un tunnel inondé dans l’obscurité. Passé ce tunnel au son anxiogène, se profile une pièce avec trois éléments importants : un paysage noir dans lequel on peut s’installer, des projections de formes blanches à 360° en mouvement continu, et la présence d’une chute d’eau. L’ensemble est baigné dans un son électrique pouvant déstabiliser le visiteur qui démarre la visite en étant bousculé. Dans la pièce suivante, le visiteur découvre un piano qui danse et forme le sigle de l’infini, proche d’une cascade d’eau qui dévale les escaliers. Il remonte vers la lumière pour découvrir des bassins, des passerelles et une plage de verre. Clinamen, axe central du parcours, trône dans la grande halle et fait résonner ses bols aux doux tintements de la céramique. L’œuvre est installée face au paysage de la Fondation, qui pour l’occasion est également transformé par l’eau qui coule le long de la grande vitre, offrant des réminiscences impressionnistes. En remontant, le visiteur découvre que l’eau envahit la mezzanine supérieure et que la source du projet prend naissance sur le toit par une cascade. Le visiteur peut d’ailleurs y tremper ses pieds et écouter le son de l’eau et de la nature environnante. L’ensemble du parcours est à la fois visuel, sonore et en mouvement. Céleste Boursier-Mougenot a réussi très naturellement à inscrire chacune de ses installations dans les espaces, comme si elles avaient toujours été là. Certains visiteurs pensent d’ailleurs que ces éléments sont intégrés au bâtiment, signe de la fluidité du parcours…

 

FONDATION FRANÇOIS SCHNEIDER, “Liquide liquide”, Céleste Boursier-Mougenot, Wattwiller, France, jusqu'au 22 septembre.

 

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