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Dylan Robert, nouveau visage du cinéma français

Sacré Meilleur espoir masculin lors des César 2019, le jeune Dylan Robert compte bien saisir sa chance. Rencontre avec un nouveau visage du cinéma français qui ne désire pas s’éloigner des écrans de sitôt.
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Le rendez-vous était pris en fin de matinée au bar du Hoxton, grand boutique-hôtel chic situé dans le quartier hyperactif du Sentier, dans le IIe arrondissement de Paris. On retrouve donc Dylan Robert ici, dans une ambiance feutrée, à mille lieues de la tornade que vient de vivre ce jeune César du Meilleur espoir masculin, récompensé pour son rôle dans Shéhérazade, un Roméo et Juliette des temps modernes tourné dans la banlieue marseillaise. Un drame incandescent où le brun électrique crève l’écran dans la peau de Zachary, petit délinquant tout juste sorti de taule et tombé amoureux d’une jeune prostituée qui finit par l’accueillir chez elle.

Un film puissant, sale et réaliste, où tout semble être une question de première fois. Certes, Zachary tombe amoureux pour la première fois. Mais surtout, l’aventure du film constitue en elle-même une première fois. Premier long-métrage pourle réalisateur Jean-Bernard Marlin,première expérience devant la caméra pour les acteurs et première consécration avec une pluie de césars en février dernier (Meilleur premier film, Meilleur espoir masculin, Meilleur espoir féminin).

Braquage à la marseillaise

“On a fait un vrai braquage à la marseillaise”, plaisante Dylan Robert, une cigarette au bec. Le jeune homme, qui est né et a grandi à Marseille, a les traits tirés mais pas seulement parce qu’il enchaîne les apparitions médiatiques depuis la sortie du film et son césar. “Je viens de fêter mes 19 ans et j’ai bien, bien, bien, fait la fête, avoue-t-il en souriant. Mais ça va, j’ai réalisé ce qui vient de m’arriver.” L’espoir était bien là après l’annonce des cinq nommés pour le césar du Meilleur espoir. “J’ai quand même donné de mes tripes pour ce film et on a bien bossé, je savais que ça pouvait tomber sur moi... mais après avoir vu les autres acteurs nommés, je me suis dis que peut-être je ne l’aurai pas.” Et pourtant, les talents d’Anthony Bajon (La Prière), Thomas Gioria (Jusqu’à la garde), WilliamLebghil (Première année) et Karim Leklou(Le Monde est à toi) n’ont pas réussi à faire barrage au charismatique anti-héros incarné par Dylan. Même conclusion pour les espoirs féminins en face de Kenza Fortas.Toutes s’inclinent devant son interprétationsolaire de la jeune prostituée Shéhérazade.

Une bonne claque

Triple braquage donc, pour cette pépite, mais le plus important pour Dylan se trouve ailleurs. Ce césar, au-delà de la distinction, a une saveur particulière pourle Marseillais. “Comme je l’ai dit dans mon discours, ce césar signifie bienvenue dans le monde professionnel du cinéma.” Et le teenager veut prouver que cette distinction n’est pas le fruit de la chance du débutant et qu’il a vraiment trouvé sa voie. “Pour préparer ce personnage, j’ai pris des cours mais on n’a pas travaillé le texte et le scénario, on a vraiment travaillé les émotions, les impulsions, tout ce qui est jeu physique”, explique-t-il. Celui qu’il surnomme affectueusement JB, Jean-Bernard Marlin, a pris les jeunes pousses sous son aile une fois le casting terminé pour entamer plusieurs semaines de travail sur le jeu d’acteur. Professeur au cours Florent, Marlin enseigne à ses poulains juste ce qu’il faut pour affronter la caméra tout en conservant précieusement leur amateurisme qui fera l’authenticité du film. Le courant semble être bien passé entre JB et ses protégés. Dylan Robert ne s’en cache pas : “On est entrés dans deux sortes de rôles, celui du scénario en tant qu’acteur, et puis celui avec le réalisateur, là on était vraiment dans un délire comme si le tournage n’allait jamais s’arrêter. ”Pourtant, l’aventure devant les caméras prend fin et Dylan est très vite rattrapé par ses anciens démons. “J’ai cru gâcher ma vie”, admet avec franchise le jeune homme qui repasse par la case incarcération après les cinquante-deux jours de tournage. 

“J’ai eu mon parloir avec JB qui me disait qu’il était dégoûté, qu’il n’avait même plus la force de finir sans moi alors qu’il ne restait rien, et que j’allais louper Cannes”, explique le repenti. Le destin joue pourtant en sa faveur et Dylan est libérable le jour même, une annonce qui sera d’ailleurs faite devant Jean-Bernard lui-même au moment du parloir. “Il m’a pris dans ses bras et m’a secoué, personne ne comprenait rien”, s’amuse aujourd’hui Dylan. C’est à la sortie de cette deuxième période de prison que le jeune homme prend conscience du possible impact de Shéhérazade. Tout s’enchaîne alors très vite avec la projection sur la Croisette. “Je l’ai vu pour la première fois à Cannes et franchement je me suis pris une bonne claque”, raconte-t-il.


La suite de l’histoire s’écrit aux Césars après l’engouement qu’a suscité le film mais pour Dylan, pas question de prendre la grosse tête. “Je reste pas mal dans mon quartier et je réponds à tout le monde, comme s’il ne m’était rien arrivé, c’est important que les gens puissent m’approcher.” Et pour garder les pieds sur terre, il peut compter sur son entourage, notamment sa mère avec laquelle il vit une relation “fusionnelle”. Mais ce qu’il souhaite par dessus tout, c’est prendre son temps. Non seulement pour prouver à tout le monde qu’il a bel et bien trouvé sa voie, mais aussi pour réfléchir à ce vers quoi il a envie de se diriger. Pour ses futurs projets, il reste assez évasif, et lance un “on en reparlera” amusé. Si l’on ne peut s’empêcher une comparaison rapide avec le parcours de Rod Paradot, César du Meilleur espoir masculin en 2016, Dylan Robert, lui, cite Camélia Jordana comme exemple : “Elle s’est lancée, elle fonce.” Et c’est bien cela que le jeune homme compte faire : “J’ai envie d’explorer le cinéma”, assure-t-il. Une vocation est née.

 

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