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La French Tech fait fureur à l'international

La technologie française est souvent perçue comme une fragile invention développée dans de discrets laboratoires pour de micro-entreprises développant dans le secret des applications de niche... Or rien n’est plus faux : nos géants de la tech et du design font fureur à l’international.
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Photographie par Julien Roux


 

“Il y a quelques années, j’aurais certainement offert à mes parents des caisses de vins millésimés ou de la maroquinerie de luxe, admet un étudiant canadien installé dans un café de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, en attendant le vol qui le ramènera chez lui après un semestre d’échange dans une grande école parisienne. Mais là, je n’ai pas hésité : j’ai craqué pour l’enceinte connectée “Gold Phantom”, modèle “Opéra de Paris”, de la marque Devialet. Le savoir-faire français ne se résume plus à la mode et à la gastronomie. La French tech et le French design sont très recherchés !” Ce jeune homme est bien informé. Peut-être mieux que les Français. Car si beaucoup connaissent la réussite des start-up hexagonales ayant développé des applications comme Blablacar, peu savent que de grands noms de la French tech rayonnent aux quatre coins du monde. Notamment dans le domaine du lifestyle et des objets connectés.

Des innovations qui s’exportent

Fondé en 1994 par Henri Seydoux, Parrot est le premier groupe de drones européen, et le numéro deux mondial sur le marché des drones grand public. Il compte plus de 500 collaborateurs à travers le monde. Deezer, lancé en 2007 par un trio de Français, est aujourd’hui l’une des trois plus grosses plates-formes de streaming de la planète, avec une présence dans plus de 180 pays. Alexis de Gemini, DG France de Deezer, explique “qu’après son rapide succès en France, et afin de faciliter le business du marché via l’accès aux catalogues internationaux musicaux, il était évident qu’il fallait sortir la marque Deezer de la France”. Éric Carreel est une figure de la French tech. Il a fondé des entreprises comme Inventel (box internet), Withings (objets connectés), Invoxia (Tracker GPS), Sculpteo (impression 3D) ou Zoov (vélos électriques) : “Chez Withings, nous faisons 85% de notre chiffre d’affaires à l’export”, assure-t-il. Karim Oumnia, qui a créé le groupe Epsilon (leader des chaussures et semelles connectées), fait à peu près le même constat : “Nous réalisons 90 % de notre chiffre à l’export.” La jeune marque française de casques audio Aëdle écoule, elle aussi, plus de produits à l’international qu’en France (60 % de ses ventes). Les acteurs de la French tech sont très forts en matière d’innovation. Les fondateurs de Devialet ont ainsi déposé plus de 160 brevets depuis la création de l’entreprise en 2007. Et ils sont à l’origine du premier brevet d’amplification hybride (analogique et digitale) au monde ! Éric Carreel est, quant à lui, l’auteur d’une cinquantaine de brevets. Quand il évoque les débuts de Deezer, Alexis de Gemini parle d’une “petite révolution” : “Deezer a su anticiper les besoins des consommateurs de musique en créant en France le premier service en ligne où tout le monde pouvait écouter de la musique légalement, facilement et gratuitement en quelques clics.” De son côté, Karim Oumnia commercialise, depuis 2015, des systèmes pour rendre des chaussures intelligentes : des semelles chauffantes réglables depuis un smartphone, des puces permettant de mesurer la pénibilité des postes de travail, et même d’aider au diagnostic de certaines pathologies comme Parkinson. Avec sa société Olythe, Guillaume Nesa a mis au point Ocigo, un éthylotest connecté en Bluetooth qui indique le taux d’alcool présent dans l’air expiré. Une application associée donne le taux légal et le délai raisonnable de reprise du volant.

Un design couture

Bien que leurs activités soient beaucoup tournées vers les autres pays, ces entreprises ont conservé leur ancrage hexagonal. Leurs sièges et leurs bureaux sont souvent implantés sur le sol national. L’assemblage des produit est parfois réalisé en France (c’est le cas pour Aëdle et Ocigo). Alexis de Gemini souligne la volonté, chez Deezer, “de promouvoir et de préserver la création musicale française”. Éric Carreel dresse un état des lieux sans fards: “En France, il y a une énergie nouvelle qui rassemble une communauté sous la bannière ‘French tech’. Mais on n’a pas encore de grandes poussées françaises. Il y a des entreprises de taille moyenne, comme Parrot et Withings, mais pas encore de très grandes entreprises. Ça ne devrait pas tarder. Je pense que, dans deux à cinq ans, il va y avoir de belles éclosions, notamment dans les domaines de la santé.” Le groupe de Karim Oumnia pourrait en faire partie. Il affirme que “les experts estiment que, dans trois ou quatre ans, 5% des 23 milliards de chaussures fabriquées dans le monde seront connectées.” Lucas Dosso, directeur marketing associé chez Aëdle, revient sur l’histoire du projet: “Notre société a été créée en 2011 par Baptiste Sancho, à la sortie de l’école. Il trouvait que les accessoires audio avaient des designs très tristes, souvent noirs et gris. Il a voulu faire des casques audio qui s’apparentent à des montres de luxe.” Voilà un autre facteurs clé du succès de la French tech : la capacité à soigner le design des produits comme le font les maisons de couture. D’ailleurs, l’entreprise de Karim Oumnia a récemment équipé les bottes de la marque de luxe britannique Jimmy Choo “pour garder vos pieds au chaud en contrôlant la température d’un simple clic et en mesurant l’activité de celui qui les porte via son smartphone”.

Éric Carreel considère, lui aussi, que c’est ce mix entre technologie et art de vivre qui montre la voie : “Le côté français est attractif. La Californie, le berceau de la technologie, regarde de plus en plus vers New York. Et New York se tourne de plus en plus vers l’Europe ! Ce qui leur plaît, c’est qu’en Europe, on mélange beaucoup la mode, le luxe et la tech.” D’ailleurs, Jean-Louis Fréchin, fondateur et directeur de l’agence française Nodesign (qui travaille notamment pour des marques audio comme Parrot ou Sisley) remarque que “90% des designers d’Apple sont des Européens. Trois d’entre eux sont des Français qui ont été mes élèves”. Fréchin poursuit : “La culture du design de la vieille Europe a une grande valeur d’attractivité. Après la Seconde Guerre mondiale, avec le plan Marshall, les Américains ont apporté le design consumériste en Europe.”

Selon Pierre Garner, designer et PDG de l’agence Eliumstudio, “le style français est plus sensible, plus émotionnel. On va au-delà du simple usage. Les Anglo-Saxons ont une approche plus pragmatique.” Jean- Louis Fréchin rappelle que “parmi les produits qui font rêver le monde du design, il y a plusieurs inventions européennes. Comme la télévision du fabricant français Téléavia, qui était produite dans des usines d’aviation en France, à Nantes et à Saint-Nazaire, dans les années 70. Avec son plein écran en Plexiglas noir, elle a posé les standards de la télévision contemporaine. On pense aussi aux ordinateurs de la marque française Goupil. Et au célèbre Minitel, designé par l’agence française Enfi, qui a inspiré le design du Macintosh 128K d’Apple.” La French tech s’inscrit finalement dans une longue tradition nationale de découvertes et d’excellence, qui a toujours charmé au-delà de nos frontières.

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