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La biennale Desert X, une aventure esthétique dans le désert de Coachella

Dans le désert de Coachella, dressées entre les oasis et la mer artificielle de Salton, les installations de la biennale Desert X entraînent les visiteurs dans une aventure esthétique et historique en plein soleil.
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Ce fut jadis la terre des Indiens Cahuilla. À l’âge d’or de Hollywood, le désert de Coachella, à moins de deux heures de Los Angeles, se transforme en villégiature scintillante pour les stars. L’on y érige maisons modernistes et palmeraies majestueuses ; une économie touristique se développe. Avec le lancement du festival Coachella, l’ouverture de l’Ace Hotel et de plusieurs adresses festives ceintes par les arides montagnes, une nouvelle faune, plus jeune, redécouvre Palm Springs et ses étranges paysages. La deuxième édition de la biennale Desert X, juste avant le festival de musique, invite dix-neuf artistes à imaginer des installations de land art, entre la Salton Sea et la réserve naturelle de Whitewater. 

À l’ère de l’activisme culturel et de la diversité dans le monde des arts, l’intrépide équipe de commissaires d’exposition a choisi des artistes mixtes et engagés. Le directeur artistique Neville Wakefield, connu pour ses projets avec Calvin Klein, Nike et la biennale Elevation 1049 à Gstaad, a opté pour des œuvres radicales, en fusion avec l’environnement. Ses collègues, les jeunes Amanda Hunt, Matthew Schum et Jenny Gil, ont fait appel à de jeunes artistes d’un peu partout pour créer des installations in situ sur une zone de plus de 85 kilomètres. 

“Le land art des années 1960 et 70 reposait sur les idées de destins singuliers, explique Wakefield. On fétichisait ce qui était unique et isolé, les œuvres étaient exécutées surtout par des hommes blancs d’âge moyen qui, grâce à des outils colossaux, marquaient la surface de la terre comme on trace un territoire. Un demi-siècle plus tard, on est davantage conscients de l’histoire ancienne des terres indigènes et des colonisateurs qui volèrent ces territoires pour le réinvestir. Desert X imagine ce que le land art pourrait devenir aujourd’hui en réaction à l’exploitation culturelle, sociale et minérale.” 

Au bord d’une autoroute, l’énorme monolithe orange fluo du sculpteur Sterling Ruby émerge d’une dune, comme tombé du ciel (en photo). Plus loin, une série d’images de l’artiste indigène Cara Romero immortalise les Indiens de la région. Nancy Baker Cahill a imaginé une incroyable application AR/ VR (réalité augmentée/réalité virtuelle) qui transforme les éléments symboliques du paysage – champ d’éoliennes, mer agonisante de Salton – en animations oniriques sur l’écran. L’objectif : éliminer toute trace humaine sur l’environnement à l’ère de la crise climatique. 

“Des pancartes de Cara Romero au Western Flag de John Gerrard en passant par l’installation de Superflex, qui expose les problèmes de réchauffement climatique et de l’éventuelle submersion du désert, les problèmes de l’environnement sont omniprésents dans cette biennale, explique Wakefield. Mais c’est Nancy Baker Cahill, avec son expérience AR/VR, qui aborde le plus clairement l’idée de l’art sans trace. Comme les ‘hyperobjets’ de Timothy Morton, les installations sont vastes, impossibles à saisir. Elles sont à la fois virtuelles et immuables. Ce sont des expériences qui appartiennent à la terre sans forcer son occupation.” 

Si certaines œuvres incitent à la réflexion, à la méditation, d’autres, candides, invitent au jeu. Lover’s Rainbow, l’arc-en-ciel en acier de la jeune Mexicaine Pia Camil, est une ode joyeuse aux liens multiculturels, un affront à la politique et au mur de Donald Trump. Le tout aussi jeune artiste colombien Ivan Argote a sculpté une série d’escaliers en béton qui donnent sur la mer artificielle de Salton, évoquant les structures pyramidales des civilisations précolombiennes. Sur un réservoir d’eau aban- donné non loin, le peintre Armando Lerma a imprimé d’énormes hiéroglyphes aux couleurs vives : un singe, un loup, un coquillage et autres figures mythiques des peuples originels de l’Amérique. 

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