Pop Culture

A quoi ressemble la vie des gardes du corps ?

by Bruno Godard
27.02.2017
Les gardes du corps ne sont pas toujours des super-héros.Entre atermoiements, dangers du métier et salaires pas toujours à la hauteur, rencontre avec des "surhommes" en plein doute.

Texte par Bruno Godard

1 350 policiers

les effectifs du Service de la protection de la police nationale en 2015

 

2 500 à 3 000 €

le salaire mensuel moyen d’un bodyguard en France

Depuis Bodyguard, le film dans lequel Kevin Costner s’occupait de la garde très rapprochée des courbes d’une Whitney Houston encore sublime, le métier de garde du corps est l’objet de tous les fantasmes. On les imagine invincibles, durs comme l’acier et vivant à 100 à l’heure aux côtés de personnalités passionnantes. Mais leur quotidien n’est pas si rose. "Franchement, on ne s’occupe pas que de filles sublimes dans des endroits de rêve", explique Marc*, un agent de sécurité rapprochée qui souhaite conserver l’anonymat. "La plupart du temps, on porte des paquets, on s’ennuie à mourir dans des journées épuisantes nerveusement car on doit rester en permanence en alerte !", poursuit son collègue Carl*. Le salaire de base, qui tourne autour de 2 500 euros par mois pour un professionnel confirmé, ne parvient pas à faire oublier les difficultés du métier. Même si les meilleurs, comme ceux qui assurent la sécurité de stars hollywoodiennes ou de magnats russes et chinois, peuvent gagner plus de 15 000 euros par mois. Des exceptions dans un milieu où l’ordinaire est heureusement amélioré par des pourboires conséquents. "Quand je m’occupe d’un homme d’affaires pendant ses vacances sur la Côte, explique Marc, je peux recevoir une enveloppe avec 1 500/2000 euros en liquide à la fin du séjour. Mais pour cela, il faut avoir été irréprochable et disponible 24 heures sur 24 !"

20 000 €

le salaire mensuel du bodyguard attitré d’une star mondiale

 

700 personnalités

protégées par Bodyguard Group of Beverly Hills, la société de Kris Herzog 

Hausse de 30 % des demandes de protection

Depuis les attaques terroristes, la demande en protection rapprochée a augmenté de plus de 30 %, selon les acteurs du secteur, mais les salaires n’ont pas suivi. Sans doute parce qu’en France, le marché est très morcelé, regroupant une multitude de petites structures indépendantes. Securitas, le géant suédois, numéro un mondial de la sécurité privée, dispose bien d’une offre de gardes du corps, au sein de Securitas Risk Management. Mais cette division ne représentait que 3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015, une paille dans les 630 millions d’euros réalisés par l’entreprise en France, principalement dans le gardiennage, la sécurité des entreprises et des aéroports. Selon certains professionnels, les multinationales du secteur hésitent à développer cette activité en France car la législation y est plutôt contraignante. en effet, dans l’Hexagone, pour exercer cette profession, il faut absolument obtenir la carte professionnelle d’agent de protection physique des personnes délivrée par le Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps). Elle doit être renouvelée tous les cinq ans. Le bodyguard est obligé de suivre des formations reconnues et, surtout, d’afficher un casier judiciaire vierge. Il ne dispose d’aucun pouvoir de police, contrairement aux agents que l’État fournit à certaines personnalités ayant fait l’objet de menaces. La police nationale dispose de son propre service de bodyguards avec des agents regroupés dans le fameux SDLP (Service de la protection, qui a remplacé en 2013 le Service de protection des hautes personnalités), tout comme la gendarmerie avec son Groupe de protection des personnalités. "Ce sont les seigneurs du métier, explique Marc. Mais ce sont des fonctionnaires de police et leurs salaires sont plafonnés. C’est sans doute pour cela que beaucoup ouvrent leur propre structure après quelques années de carrière."

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Paris, octobre 2016 : Kim Kardashian quitte le restaurant L’Avenue, avenue Montaigne, escortée par son bodyguard Pascal Duvier. Il sera limogé peu de temps après l’affaire des bijoux.

Armes de poing et fusils d’assaut

Aux États-Unis, les anciens agents du FBI ou de la CIA intègrent aussi des structures privées qui sont de taille bien plus importante comme Praetorian Bodyguard ou World Protection Group. S’ils veulent travailler avec des people, ils rejoignent Kris Herzog, le pape des bodyguards. Patron du Bodyguard Group of Beverly Hills, avec ses éternelles lunettes noires et sa bedaine de buveur de bière, l’homme ne ressemble pas vraiment à Kevin Costner. Sauf que toutes les stars d’Hollywood ne jurent que par lui et ses équipes de molosses armés jusqu’aux dents payés jusqu’à 20 000 euros par mois. Car aux États-Unis, les bodyguards gagnent très bien leur vie et ont souvent des armes de poing sous leurs costumes et des fusils d’assaut dans le coffre de leurs 4 x 4. "Ce sont des cowboys, on ne fait pas le même métier, précise Carl. Ils se prennent pour des vedettes alors que sans leurs guns, ils ne sont rien..." aux États-Unis, les gardes du corps peuvent parfois devenir des people comme les autres. 
Pascal Duvier, le bodyguard de la très distinguée Kim Kardashian, est de ceux-là. 1,94 m, 120 kg de muscles, cet expert ès arts martiaux d’origine allemande a protégé pendant des années la starlette de téléréalité et son mari, le rappeur Kanye West. En septembre dernier, il a prouvé toute sa vivacité en parvenant à maîtriser Vitalii Sediuk, un illuminé qui tente par tous les moyens d’embrasser les fesses des stars en public. La vidéo de l’intervention musclée a fait le tour du monde et Pascal Duvier est devenu une star. Mais quelques heures plus tard, absent lorsque Kim Kardashian s’est fait dérober pour plus de 9 millions d’euros de bijoux dans un hôtel parisien, il est tombé de son piédestal. Et a ni par être renvoyé, début novembre. "Au moindre problème, c’est toujours le garde du corps qui trinque, précise Carl. Alors que tout le problème vient du choix de l’hôtel et surtout de l’inconscience de se promener avec autant de bijoux !" Selon les professionnels que nous avons rencontrés, un bodyguard vit toujours sur un fil, dans un monde toujours plus violent et où les paparazzi sont finalement aussi dangereux que les agresseurs. Le garde du corps doit protéger son client des agressions, des photos, mais aussi de lui-même, puisqu’il est censé tout connaître de sa vie. "Les équipes de nos clients les plus célèbres ou les plus riches nous font signer des clauses de confidentialité très contraignantes, précise Marc. La discrétion est la règle numéro un de notre métier, car nous apprenons tellement de choses sur la vie privée de nos clients que certains pourraient être tentés de monnayer des infos." L’homme sait des choses, mais ne dira jamais rien. Pour des raisons juridiques, bien entendu, mais aussi et surtout parce qu’il sait que le secret est au cœur de son métier. Pour qu’un garde du corps soit efficace, il faut que son client lui fasse une confiance absolue. Il ne doit rien lui cacher et ne pas craindre de lui montrer toutes les facettes de sa personnalité, même les plus sombres. "Mais il faut arrêter de fantasmer, précise-t-il. Dans l’immense majorité des cas, nous protégeons des personnes qui ont une vie privée tout à fait banale !"

"Pour des raisons juridiques, bien entendu, mais aussi et surtout parce que [le bodyguard] sait que le secret est au cœur de son métier. Pour qu’un garde du corps soit efficace, il faut que son client lui fasse une confiance absolue. Il ne doit rien lui cacher et ne pas craindre de lui montrer toutes les facettes de sa personnalité, même les plus sombres."

Romances et rapprochements

Pourtant, dans les colonnes des journaux people, les dérapages de gardes du corps ou les romances qu’ils vivent parfois avec leurs clients alimentent souvent la chronique. "Au quotidien, il y a une proximité qui va souvent jusqu’à la promiscuité, poursuit le garde du corps. Nous sommes toujours aux côtés de nos clients, la nuit, au petit matin, dans les bons comme dans les mauvais moments. C’est normal qu’il y ait parfois des rapprochementsments..." Chez les bodyguards, on se raconte souvent l’histoire de la princesse Diana qui aurait eu, en 1985, une aventure avec son garde du corps, Barry Mannakee, sergent de la Royal Protection Unit de Scotland yard. Folle de lui, elle aurait pensé à quitter le prince Charles mais les services secrets seront plus rapides. Le garde du corps a été remplacé, puis a trouvé la mort, quelque temps plus tard, dans des circonstances étranges.
Daniel Ducruet, lui, n’a pas été assassiné, mais neutralisé médiatiquement. Garde du corps attitré de la princesse Stéphanie de Monaco, il l’a séduite, lui a fait deux enfants et l’a épousée en 1995. Mais, quelques mois plus tard, il a été "tué publiquement" à la suite de la parution dans la presse italienne d’une série de clichés où on le voyait en pleins ébats avec une stripteaseuse belge au bord d’une piscine.
Jeffrey Wenninger, lui non plus, n’a pas été assassiné, ni pour de vrai ni médiatiquement. Mais en mars 2016, il a connu son quart d’heure de gloire en portant plainte contre Elton John, son ancien employeur. Selon lui, le chanteur l’aurait harcelé sexuellement pendant des années. "Quand nous vous disions que la vie d’un bodyguard n’est pas toujours simple...", plaisantent nos deux gardes du corps français.

* Les prénoms ont été changés. 

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Le Secret Service, le groupe chargé de la sécurité du président des États-Unis, compte 3 000 agents.
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100 000 € les gains du paparazzi pour la vente de ses photos à la presse italienne et espagnole où l’on voit Daniel Ducruet en pleins ébats avec une stripteaseuse.

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