Horlogerie

Mode et horlogerie : mariages de passion

by Hervé Dewintre
12.01.2017
Les grandes maisons de mode joignent leur créativité au savoir-faire des manufactures prestigieuses pour faire vibrer le temps au rythme de leur style.

Par Hervé Dewintre

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Christian Louboutin, premier invité d’honneur de Jaeger-LeCoultre.

Longtemps, le monde de la mode et le cercle fermé de la haute horlogerie ont suivi des chemins parallèles sans possibilité de croisements. Ce cloisonnement est terminé. C’est une excellente nouvelle car ces deux mondes ont beaucoup à s’apporter l’un à l’autre. La mode puisera dans l’horlogerie d’exception de très intéressants préceptes, comme calmer le tempo des collections, refuser la nouveauté pour la nouveauté – car il faut du temps pour nourrir l’imaginaire des dessinateurs et guider la main de l’artisan. Cette émulation sera réciproque, car la mode (l’horlogerie l’a enfin compris) est aussi un formidable exhausteur d’émotions.
 

Il faut rendre hommage à la maison Chanel qui sut, la première, investir le chemin du goût et de la technicité pour prodiguer des modèles de superbe facture, authentiquement horlogers, sans rien concéder à l’essence du style de la rue Cambon, pavant au passage le chemin de toute une industrie. On pense bien sûr au succès inouï de la “J12” qui fut dès l’origine bien plus qu’un simple accessoire de mode siglé mais la transposition d’une esthétique (celle des régates de classe J dont les élégants propriétaires s’affrontaient avec panache lors de la Coupe de l’America) à la grammaire stylistique d’une créatrice de légende.
Il fallut sept années au regretté Jacques Helleu pour concevoir cette montre sportive qui s’inscrivait parfaitement dans les codes Chanel tout en satisfaisant aux us et coutume de l’horlogerie la plus exigeante. “Boy.friend”, le tout nouveau modèle de la maison aux deux C, est de cette veine, avec sa présence qui se mesure à l’essentiel, sublime en or beige, une teinte or 18 carats obtenue par un alliage exclusif.

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Montre "Faubourg Manchette Joaillerie," boîtier en or rose, cadran en malachite serti de diamants, mouvement à quartz, bracelet en alligator, Hermès.
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Montre "Polychromie" en ors blanc et jaune, diamants avec inserts de pierre dure et de nacre, Delfina Delettrez pour Fendi.
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Montre "La Mini D de Dior Satine" en acier, diamants et nacre rose, bracelet en acier, mouvement à quartz, Dior Horlogerie.

NOUVELLES ASSOCIATIONS

Cette réussite a inspiré de nombreuses maisons et favorisé de nouvelles associations. Et il faut bien constater que le monde de l’horlogerie semble plus que jamais ouvert, prêt à se nourrir d’idées et d’échanges. Au Salon international de la haute horlogerie (SIHH) de Genève, en janvier dernier, Jaeger-LeCoultre faisait non seule- ment sensation en célébrant les 85 ans de la fabuleuse “Reverso” à travers une nouvelle lecture qui instaure trois expressions stylistiques (“Reverso Classic”, “Reverso Tribute”, “Reverso One”), mais aussi en dévoilant un partenariat inattendu et terriblement excitant avec Christian Louboutin. L’immense créateur est le premier invité d’honneur à participer à l’Atelier Reverso qui débute ce printemps dans les boutiques Jaeger-LeCoultre, devenues pour l’occasion une extension galvanisante de la manufacture du Sentier. Cet atelier offre la possibilité de personnaliser sa “Reverso Classic” aux aficionados des versions “Duoface” et “Duetto”, qu’il s’agisse de choisir le design du cadran verso, d’exprimer ses envies au travers d’une palette de cadrans, en pierres ou à motif lierre par exemple, d’intensifier le cadran grâce à des index sertis. Ou, bien entendu, de choisir le bracelet. En se faisant l’auteur du millésime 2016, Christian Louboutin conçoit une palette de propositions qui s’ajoutera, de façon éphémère et pour un an seulement, à celles déjà existantes. Toujours au SIHH, la remarquable maison Roger Dubuis exprimait, grâce au modèle “Velvet by Massaro”, sa vision de la féminité en transposant l’art de la chaussure haute couture au poignet. Mais c’est au salon Baselworld de Bâle que l’inéluctabilité des nouveaux liens tissés entre la mode, le luxe et l’horlogerie a été ratifiée. Hermès y attestait, sur un stand prodigieux (une sorte de cage composée de 600 croisillons de bois) conçu par l’architecte japonais Toyo Ito, toute l’importance et la minutie que le sellier accorde aux garde-temps en dévoilant la montre “Faubourg Manchette Joaillerie”. Une sublimation du travail du cuir associé à l’art du sertissage.

Fendi proposait de son côté le premier modèle entièrement imaginé par Delfina Delettrez Fendi qui avait déjà signé les bijoux en fourrure fantaisie de certains défilés de la maison romaine. Baptisée “Policromia”, la collection (qui arrivera en boutique en octobre prochain) comprend vingt modèles, dont les motifs à géométrie variable rendent hommage au Palazzo della Civiltà Italiana, le siège de Fendi à Rome. Pour donner vie à sa vision graphique du temps (le cadran ressemble à un vortex), la fille de Sylvia Fendi a avancé main dans la main avec les artisans, de la même façon que lorsqu’elle crée des bijoux, et a modelé avec virtuosité l’or, les pierres dures (notamment la malachite) et les pierres précieuses, en jouant sur les couleurs primaires. L’ensemble évoque un tourbillon et semble être un compromis singulier entre l’ordre et le chaos.

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Montre "Le Marche des Merveilles," boîtier en or jaune, cadran malachite, bracelet en cuir, Gucci.

VISION FRAÎCHE ET STIMULANTE

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Une robe Dior Haute Couture de l’hiver 2012.

Quelques stands plus loin, Gucci délivrait la première collection entièrement imaginée par Alessandro Michele qui applique désormais sa vision fraîche et stimulante sur l’ensemble des collections de la maison florentine, horlogerie y compris. Les références aux défilés sont nombreuses et ultra-désirables. Le directeur artistique a introduit des formes de boîtes dans les collections montres (le design carré légèrement arrondi de la collection “GG2570” qui doit son nom au chiffre porte-bonheur du créateur, le 25, ainsi qu’à la décennie emblématique de la marque, les années 1970) et mit à l’honneur des matériaux et des couleurs raffinées. Il paraît que Sarah Andelman, l’acheteuse de Colette, a d’ores et déjà craqué sur les tons vert malachite, bleu turquoise ou rouge corail de la nouvelle collection “Le Marché des merveilles”.

Enfin, terminons en citant l’une des plus remarquables réussites liées au mariage heureux entre l’univers de la mode et celui de l’horlogerie. Peu de maisons auront en effet réussi avec autant de grâce et d’allégresse à retranscrire leur héritage dans les mouvements d’une montre que ne l’a fait la maison Dior.
Les calibres inversés et les masses oscillantes ajourées qui animent les modèles “Grand Bal” sont maintenant célèbres. Mais c’est avec “La D de Dior Satine” que la maison de l’avenue Montaigne a créé la surprise et l’admiration cette année. Victoire de Castellane s’est inspirée des rubans de satin afin de dessiner cette nouvelle ligne dont les bracelets en maille milanaise (bracelets en acier et en ors jaune et rose) rappellent la souplesse et la brillance d’un tissu de métal. L’ensemble évoque un ruban qui donne l’heure et exprime le savoir-faire insensé des ateliers maison qui, afin de parvenir à retranscrire en langage horloger la souplesse et la brillance d’un ruban, ont dû utiliser une machine à tricoter le métal.

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