Hommes

Rudy Gobert : élevé pour tout déchirer

by Bruno Godard
22.02.2017
À 24 ans, le pivot des Utah Jazz et de l’équipe de France n’en finit plus de grandir. Entre deux contres venus d’ailleurs, le géant de 2,16 mètres nous a reçus chez lui, à Salt Lake City, pour un entretien exclusif. Sportif français le mieux payé du monde, loin devant les footballeurs, Rudy Gobert est l’antithèse du millionnaire du ballon, que l’on imagine volontiers décérébré et superficiel. Doté d’un mental d’acier et d’une ambition sans limites, il sait que le plus dur est devant lui. Le meilleur aussi, puisqu’il se bat jour après jour pour un unique but : gagner.

Propos recueillis par Bruno Godard
Photos par Sam Kweskin / Magnum

Rudy Gobert

- Né le 26 juin 1992 à Saint-Quentin (Aisne)
- 2,16 m, 112 kg
- Surnom : Gobzilla - Clubs successifs : Cholet (2011-2013) et Utah Jazz (depuis 2013)
- 39 sélections en équipe de France 

Palmarès en équipe de France
Médaille de Bronze en Coupe du monde 2014 Médaille de Bronze au championnat d’Europe 2015 

Sa note dans le jeu vidéo NBA 2K17
81/99, soit 8 points de plus que dans NBA 2K15 

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La vie de Rudy!

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102 M $
le montant de son contrat avec les Utah Jazz

2,36 m
son envergure (la moyenne est de 2,01 m) ; 53 sa pointure 

L’Optimum : Après une saison 2015/2016 délicate, vous êtes devenu une des stars de NBA. Comment expliquez-vous cette métamorphose ?
Rudy Gobert :
En NBA, il n’y a pas de miracle ! C’est le boulot réalisé depuis des mois qui me permet d’être au top en ce moment. J’ai travaillé très dur physiquement cet été, pour en finir avec les blessures qui m’ont handicapé la saison dernière (entorse au genou à l’entraînement en décembre 2015 et entorse à la cheville pendant un match en avril 2016, ndlr). J’ai également enchaîné les séances techniques avec ballon, bref, je me suis battu pour retrouver mon meilleur niveau. En ce moment, je joue le meilleur basket de ma carrière, c’est une certitude. Je suis attendu à chaque match et j’aime ça, car je sais que je peux donner encore davantage. J’ai encore une marge de progression, physiquement et techniquement, en particulier au niveau du shoot. Il n’y a pas de secret, il n’y a que le travail qui paie... 

La signature de votre contrat avec les Utah Jazz (102 millions de dollars sur quatre ans, ndlr), le 31 octobre dernier, aurait pu vous inhiber, on a l’impression au contraire qu’elle vous a libéré !
C’est exactement ça. Je me sens plus en confiance, j’ai senti que tout le club était derrière moi et, finalement, tout est plus simple maintenant. Avant la signature, j’avais peur de me blesser gravement et de réduire à néant tous mes efforts pour arriver jusque-là. Après la signature, j’ai gagné en confiance, en sérénité. Avec les dirigeants, c’est comme si nous avions fait un pacte. Ils sont derrière moi et je veux tout donner pour leur prouver qu’ils ont raison de le faire. Je n’ai pas eu de pression négative car, pour moi, la signature de ce contrat n’est pas un aboutissement. C’est génial, bien sûr, mais c’est avant tout le début d’une nouvelle aventure. Avec le Jazz, je ne pense qu’à une chose : gagner. Je veux remporter le titre NBA, être sélectionné pour le All-Star Game. Avec les Bleus, c’est pareil, je veux tout gagner. Depuis que je suis enfant, je veux vivre ces rêves et je sais que je vais les atteindre. C’est ma pression, et elle est positive puisqu’elle me pousse sans cesse à me surpasser. Le contrat est une bonne chose, mais ce n’est pas une fin en soi. J’ai conscience d’être un privilégié et maintenant à l’abri financièrement, mais ma soif de victoire est toujours plus importante... 

Physiquement, vous semblez avoir franchi encore un palier...
C’est vrai que je me sens de mieux en mieux.
Je n’ai pas cherché forcément à prendre du poids mais surtout à me renforcer au niveau du bas du corps. Ça ne se voit pas trop à l’œil nu, mais avec toutes les séances de gainage que j’effectue, je sens que mon corps répond mieux... 

Comment vous préparez-vous au quotidien ?
Pendant la saison, je ne travaille qu’avec les préparateurs physiques du club. Ce sont de vrais pros, ils savent m’épauler dans mon travail physique. Après la saison, je travaille seul ou avec des coachs persos car il ne faut jamais relâcher la pression. Au niveau physique, la régularité est la base de la réussite. Avec ma morphologie, je ne dois surtout pas rater un repas car je perds rapidement du poids. Je dois aussi faire attention à ce que je mange. J’ai définitivement abandonné les fast-foods. De temps en temps, je me fais un petit plaisir, je bois un petit soda ! (Rires.) À Salt Lake City (ville où évolue les Utah Jazz , ndlr), le temps est très sec alors il faut énormément s’hydrater, mais l’eau plate est bien meilleure. Au niveau physique, je ne laisse rien au hasard. J’accepte l’idée de me faire mal en match, sur un fait de jeu, mais me blesser à cause d’une mauvaise hygiène de vie, c’est impossible ! 

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Le haut niveau demande beaucoup de sacri ces ?
Depuis le début de ma carrière, j’ai toujours voulu mettre tous les atouts de mon côté. Le basket est ma priorité numéro un et toute ma vie est tournée vers mon sport. Je passe à côté de certains trucs, je me prive un peu, mais je sais que c’est la condition pour réussir. Avec la maturité, je progresse chaque jour, dans tous les domaines. J’avais la réputation par exemple de ne pas toujours être très ponctuel, mais maintenant, c’est fini, j’arrive même toujours un peu en avance à mes rendez-vous ! Je suis plus adulte, j’ai pris conscience que pour être au sommet, il fallait être toujours plus professionnel, à la fois en basket, mais aussi sur les à-côtés. 

Il n’y a donc pas que le terrain qui compte
Le plus important est, bien entendu, d’être bon sur le parquet, mais la communication est également partie prenante du basket, surtout en NBA. J’ai appris à gérer la médiatisation car je sais que cela fait partie de mon job. Avec les médias, je mets des limites car je ne veux pas me laisser envahir. Je ne réponds pas favorablement à toutes les sollicitations, je protège ma vie privée, mais je sais qu’il faut donner un peu de son temps pour les fans. 

Le fait d’être devenu le sportif français le mieux payé au monde a dû multiplier les demandes d’interviews ?
Ah oui, on peut dire que j’ai été demandé ! (Rires.) Je comprends parfaitement ces sollicitations. Après la signature de mon contrat, il était tout à fait logique que les médias aient envie d’en savoir plus sur moi. Le grand public, en particulier en France, veut savoir qui je suis. Il faut simplement contrôler ce que l’on donne pour ne pas se laisser submerger. Avant tout, je suis un basketteur. Je dois tout à ce sport et je dois rester concentré sur ça. Le reste fait partie de mon métier, mais ce ne sera jamais le plus important. 

Vous faites preuve d’une vraie maturité...
Pour moi, c’est plus facile car c’est monté crescendo. J’ai passé les paliers un à un, sans griller les étapes. Je suis passé par un centre de formation, puis par un club pro en France avant d’être "drafté". Quand je suis arrivé chez les Utah Jazz , j’ai été obligé de me battre pour gagner ma place. Ce que j’ai aujourd’hui, je l’ai obtenu grâce à mon travail. Pour moi, les choses ne sont pas arrivées par hasard. Et puis j’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur mon entourage. Ma famille, mes agents, mes proches sont sains et je sais que je peux compter sur eux car ils m’aiment pour ce que je suis, pas parce que je suis le sportif français le mieux payé. Le statut de star du basket, l’argent, c’est bien, mais ce qui compte avant tout pour moi et pour mon entourage, c’est ce
que je suis en tant qu’être humain. J’ai eu la chance de recevoir une excellente éducation. Dans ma famille, on a la tête sur les épaules, on ne s’en amme jamais.

Cet équilibre personnel doit être primordial pour supporter la concurrence du haut niveau...
C’est vrai qu’il faut être bien entouré pour gérer
le quotidien en NBA. Dans toutes les équipes, il y a des hiérarchies, il faut se battre pour gagner sa place, mais aussi pour la conserver. Quand je suis arrivé en NBA, il y avait des gens au-dessus de moi et aujourd’hui, il y en a qui veulent prendre ma place. À ce niveau, c’est logique, mais cela ne m’empêche pas d’être très proche de mes coéquipiers. La concurrence est saine car elle crée une émulation qui permet à tout le monde d’être meilleur. On doit se battre tous les jours pour conserver sa place, mais il ne faut pas oublier que le basket est un sport collectif. On s’épaule car l’important c’est de gagner le match. Et puis il ne faut pas exagérer, à ce niveau-là, aucun partenaire ne va chercher à te blesser volontairement pour piquer ta place. C’est une règle non écrite, tous les équipiers savent que l’encadrement technique ne peut pas tolérer ce genre d’attitude. Quand un joueur ne pense pas d’abord à l’équipe, il est toujours écarté. 

Dans ce milieu, la tête doit être aussi forte
que le corps...

Quand on atteint le très haut niveau, c’est le mental qui fait la différence. Tout au long de ma carrière, j’ai croisé des mecs qui étaient sans doute meilleurs techniquement ou physiquement. Et si je suis sorti du lot à chaque fois, c’est que j’ai fait la différence grâce au mental. Pour réussir, il faut être dur dans sa tête, savoir oublier la souffrance physique et supporter la pression qui est omniprésente. Moi, je n’ai pas besoin qu’on me la mette, je me la mets tout seul ! (Rires.) Je ne me satisfais pas longtemps d’un bon match et je ne suis pas déprimé par une performance moins brillante car je remets tout en cause avant chaque rencontre. Chaque match est un challenge où j’ai envie d’être le meilleur.

Avec les Bleus, la pression est-elle la même ?
Pour moi, c’est exactement pareil. On vient tous en équipe de France pour avoir l’honneur de représenter son pays, faire vibrer les fans et écrire une histoire avec une bande de potes. On ne vient pas pour toucher de l’argent mais pour garnir son palmarès, prendre et donner du plaisir. Mais on vient surtout pour gagner des matchs. Car dans le sport, il n’y a que la victoire qui est belle. 

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